Comme il en va d'une personne, le passé d'une nation définit en grande partie son identité, l'aimer c'est forcément s'intéresser à son histoire. La grande passion de François Guizot (1787-1874), plusieurs fois ministre sous la monarchie de juillet, promoteur de l'instruction publique, a précisément été cela : l'Histoire de France. Devenu octogénaire, il a voulu transmettre à ses petits-enfants une partie des souvenirs, impressions et réflexions, qui lui restaient de ses immenses études historiques. Sans doute les ouvrages sur le sujet ne manquent pas, mais celui de Guizot possède une double particularité. En premier, s'adressant à des adolescents, ou du moins à un public de non-spécialistes, il « monte sur les hauteurs » pour apercevoir les grands traits principaux du vaste paysage qu'il veut décrire, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la Révolution de 1789. « Les grands évènements et les grands hommes, sont les points fixes et les sommets de l'Histoire», écrit-il dans la préface. En second, l'auteur est un chrétien, un protestant convaincu qu'au-dessus « des causes fatales et des causes libres » qui déterminent le cours de l'Histoire, plane la souveraineté de Dieu, qui, si on ne saurait ni l'analyser ni la comprendre, nous assure que chaque acteur, chaque évènement, bon ou mauvais, marche vers son juste jugement. L'Histoire de France racontée par François Guizot ne se borne donc pas une simple suite de faits, mais le narrateur porte sur chacun d'eux une appréciation morale. Jeune ou mûre, l'âme humaine réclamera toujours un sens à l'histoire des peuples et des nations, une conclusion définitive, juste et glorieuse : Dieu lui-même a créé en nous ce besoin.



