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Soit dans l'administration des sacrements, soit dans la prédication, Christ doit être tout, et l'homme rien, sinon un instrument. Mais il est certain que la personnalité de l'homme a plus de part dans la dernière fonction que dans la première. Là, c'est le Seigneur lui-même qui agit, après avoir donné l'ordre et la promesse ; ici, au contraire, dans la prédication, il faut au serviteur de Dieu, non seulement une mesure de son Esprit qui le rende propre à cette uvre, mais encore des dons particuliers et indispensables. Malgré cela, les paroles de l'apôtre n'ont point pour but de rabaisser le baptême, ni de rien changer à l'ordre donné par le Seigneur ; (Matthieu 28.19 ; Marc 16.16) mais seulement de préciser la position qui lui a été assignée par le Maître, conformément aux dons qu'il avait reçus de lui.
Grec : "Non en sagesse de parole," ou de discours. L'apôtre, en indiquant négativement comment il prêchait l'Evangile, oppose une sagesse de parole à la croix de Christ et arrive ainsi tout naturellement au grand sujet qu'il veut développer.
Sa prédication, aussi simple que forte, avait eu à Corinthe de grands effets pour la conversion des âmes ; mais, lorsqu'au milieu de ce peuple mobile de la Grèce, peuple si sensible à la beauté de la forme, parut Apollos, avec sa culture d'Alexandrie et son éloquence naturelle, une partie de l'Eglise crut trouver en lui une exposition plus haute et plus belle de la vérité.
Sans doute, ni Apollos, ni ses sectateurs, ni ceux qui se réclamaient exclusivement du nom de Christ et qui prétendaient à une connaissance plus immédiate et plus profonde, n'entendaient professer une autre doctrine que celle que Paul avait prêchée ; aussi n'est-ce point à eux seuls que s'adresse sa sévère polémique contre une sagesse de parole, une "sagesse en discours persuasifs," une "sagesse humaine ;" (1Corinthiens 2.4-13) mais, comme leurs prétentions à une science autre que la "sagesse de Dieu," comme leur besoin d'une exposition de l'Evangile distinguée par la recherche de l'idée et par la beauté de la forme oratoire pouvaient facilement les éloigner de la simplicité, disons plus, de la folie de la croix, Paul jette un regard pénétrant sur tout ce que les Grecs admiraient comme philosophie et comme culte du beau. (verset 22)
Cette philosophie humaine qui, comme doctrine, n'a jamais posé en principe l'incapacité de l'homme pour le bien, ni la nécessité d'une réconciliation avec Dieu, parce qu'elle nie le péché, prend dans l'homme même un point de départ toujours faux, et ne peut, dans les meilleurs de ses représentants, que bâtir la vérité sur l'erreur.
Or, dans la pensée de Paul, se rapprocher de cette philosophie, ne fût-ce que pour lui emprunter ses formes d'exposition, c'est déjà élever l'homme, en flattant son orgueil et ses goûts, au lieu de commencer par l'humilier ; et comme, en toute science, mais surtout en philosophie, il est bien difficile de séparer la forme du fond, ce dernier se trouve insensiblement modifié par la première, jusqu'à ce qu'il n'y reste plus que les apparences de la pensée d'où l'on était parti.
- De là, la crainte de l'apôtre que la croix de Christ ne soit rendue vaine. (Grec : "vide.") La croix de Christ, "la parole de la croix," (verset 18) "Christ crucifié," (verset 23) voilà ce que saint Paul oppose à la sagesse humaine.
C'est la doctrine du salut de l'homme par le sacrifice expiatoire du Sauveur que l'apôtre pose ainsi comme le point central et vivant de l'Evangile, d'où émane tout le reste. Or, cette doctrine, qui abaisse l'homme avant de le relever, qui le tue avant de le vivifier, est irréconciliable avec la sagesse humaine, elle lui est une folie ; (verset 18) donc, il est impossible d'admettre celle-ci, dans aucun de ses éléments, sans s'exposer à rendre vide la croix.
- L'argumentation de l'apôtre, au point de vue où il devait se placer pour répondre aux besoins de ses lecteurs, est encore entièrement applicable à notre temps ; puisque, d'une part, l'esprit humain, de l'autre, la parole de la croix restent toujours identiques à eux-mêmes.
Toutefois, ce serait mal le comprendre que de vouloir, par ses paroles, condamner toute application des méthodes philosophiques à la vérité chrétienne, et tout travail de l'esprit pour présenter l'Evangile dans l'ordre le plus accessible à l'intelligence, à la conscience et au cur. D'éclatants exemples prouvent que l'esprit philosophique peut être mis au service de la foi, et que le soin de la forme, lorsque celle-ci n'est que l'expression la plus élevée et la plus pure de la vie intérieure, ne rend pas vaine la croix de Christ.
Toute la question est de savoir sur quel terrain on se trouve, à quelles sources on puise : "sagesse humaine," "sagesse de Dieu," voilà les contraires qui ne se concilient pas. (Voy. Etudes évang. de Vinet, La philosophie et la tradition, p. 157 et suivants) |