| Il ne faut rien retrancher de la richesse de ces expressions : Tous, non seulement les apôtres, comme on l'a souvent dit, mais tous les disciples assemblés, furent remplis de l'Esprit saint.
Ils en furent pénétrés dans toutes les facultés de leur âme, ils reçurent toute la plénitude de ses dons, lumière, vérité, vie, amour, principe de toute sainteté ; car il s'agit de l'Esprit saint.
- Il ne faudrait pourtant pas penser que cet Esprit vint sur eux et resta en eux d'une manière magique, sans participation de leur volonté et de leur foi. Ils s'y étaient préparés par la prière, (Actes 1.14) et nul d'entre eux ne conserva cet Esprit sans se placer constamment sous son influence. Aussi lisons-nous que, dans des circonstances solennelles, tel des disciples fut, tout de nouveau, "rempli de l'Esprit saint." (Actes 6.5 ; 11.24)
Parler en d'autres langues, et non parler les langues étrangères, selon nos versions ordinaires. En effet, cette manière de traduire, contraire au texte original, tranche l'une des questions exégétiques les plus difficiles du Nouveau Testament.
Que faut-il entendre par ces autres langues ?
La plus ancienne réponse qui ait été faite à notre question est celle-ci : ce don extraordinaire de l'Esprit consistait pour les disciples dans la faculté de parler sans les avoir apprises les langues les plus diverses et de se faire comprendre de tous les peuples. (versets 8,1)
Quelques Pères de l'Eglise, Irénée, Tertullien, pensaient que ce don resta permanent et que les apôtres s'en servirent pour annoncer l'Evangile à toutes les nations.
Sans retenir cette dernière opinion, qui n'a pas le moindre fondement dans l'histoire, plusieurs exégètes modernes (Baumgarten, Lange, Ebrard, Lechler, Barde) admettent la même interprétation, mais envisagent cet effet de l'Esprit comme un don momentané, magnifique symbole de l'union nouvelle de tous les peuples, divisés autrefois par la confusion des langues. (Genèse 11.7-9)
Meyer aussi estime que, dans l'idée de l'auteur des Actes, ceux qui avaient reçu le Saint-Esprit se mirent à parler des idiomes qui leur étaient jusque-là étrangers, et dont la connaissance et l'usage leur furent communiqués par l'Esprit même. Mais il voit dans notre récit, ainsi compris, un embellissement légendaire.
Le phénomène qui se produisit réellement serait celui que Paul décrit 1Corinthiens 14.1 : un langage particulier, proféré en état d'extase, et qui devait être interprété pour devenir intelligible aux auditeurs.
Cette explication était déjà celle de De Wette. M. Holtzmann la défend encore aujourd'hui ; il trouve une analogie entre ce "miracle philologique" et la légende, rapportée par Philon, d'après laquelle la loi, au moment de sa promulgation sur le Sinaï, fut communiquée à tous les peuples dans leur langue maternelle.
A cette interprétation de notre récit, qui fait parler les disciples en langues étrangères, on peut faire les objections suivantes :
1° versets 6-11 ne nous montrent pas les disciples parlant chacun une langue différente et la multitude les écoutant divisée en groupes suivant les nationalités. Ils nous les présentent plutôt célébrant dans une commune prière, dans une sorte de chant peut-être, "les choses magnifiques de Dieu ;" ou parlant les uns après les autres, mais s'adressant chacun à la foule entière. Le miracle consiste dans le fait que chacun de leurs auditeurs les entend tous s'exprimer dans sa langue maternelle.
2° Ce qui prouve que l'auteur ne prête pas aux disciples la faculté de parler diverses langues étrangères, mais leur attribue plutôt un seul et même langage nouveau et extraordinaire, c'est qu'il mentionne (verset 9) parmi les auditeurs étonnés de les comprendre, comme s'ils s'exprimaient dans leurs propre dialecte, "les habitants de la Judée."
3° Un langage extatique explique mieux que des discours en idiomes étrangers, la remarque des moqueurs. (verset 13)
4° Les auditeurs classés par nationalités (versets 9-11) étaient tous "des Juifs et des prosélytes," (verset 11) venus à Jérusalem pour la fête ; les contrées énumérées sont celles de leur domicile, pour quelques-uns le lieu de leur naissance, (verset 8) mais non leur pays d'origine. Ils savaient par conséquent tous l'hébreu ou le grec. Il eut été sans utilité de leur faire ouïr des langues diverses. Ce qui cause leur surprise, c'est d'entendre les disciples s'exprimer dans leur dialecte particulier et avec l'accent propre à leur terroir.
5° Ce "parler en langues" est mentionné à deux reprises encore dans le livre des Actes.
A Actes 10.44-48, lorsque l'Esprit descend sur la famille de Corneille ; et dans ce récit Pierre relève expressément l'identité de cette manifestation de l'Esprit avec celle qui se produisit le jour de la Pentecôte. (Actes 10.47 ; 11.15)
AAc 19 :6, quand Paul impose les mains aux disciples de Jean-Baptiste.
Dans ces deux cas, il ne peut être question de langues étrangères. Or, ne doit-on pas supposer que l'auteur du livre des Actes a écrit avec assez de soin pour ne pas rapporter en termes semblables des faits sans analogies.
On ne pourrait expliquer ce manque de concordance qu'en admettant, avec plusieurs critiques récents, des sources différentes juxtaposées par un rédacteur peu attentif. M. Wendt, qui oppose à l'interprétation de Meyer la plupart de ces objections, insiste sur le fait qu'à verset 3 les "langues de feu" figurent les organes de la parole.
Le don de l'Esprit eut pour effet de renouveler ceux-ci, et ensuite de ce renouvellement les disciples parlèrent un langage nouveau, différent de leur parler habituel comme de toutes les langues connues.
Ce langage miraculeux avait cette propriété spéciale que tous ceux qui l'entendaient, l'entendaient comme leur langue maternelle.
Le texte, en effet, ne porte pas que les disciples parlaient le dialecte des Parthes, etc., mais que les Parthes, etc., les entendaient chacun parler dans leur propre dialecte. (versets 6,8,11)
Le miracle ne consista pas dans le fait que les auditeurs crurent entendre leur propre langue, tandis que les disciples parlaient celle qui leur était habituelle, l'araméen ou le grec, comme le supposait déjà Grégoire de Naziance.
Les disciples parlaient un langage nouveau et surnaturel, mais ce langage, par un autre miracle, était intelligible à tous.
"Il y avait dans ce langage exceptionnel une puissance extraordinaire, allant de l'âme à l'âme et triomphant des diversités d'idiomes." (De Pressensé, Hist. les trois premiers siècles de l'Eglise, tome I, p. 356.)
Le terme : en d'autres langues doit donc être interprété : "en un langage nouveau."
Les mots qui suivent : selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer, confirment ce sens, car ils montrent que ce langage nouveau, produit par l'action immédiate de l'Esprit, était parlé dans un état d'âme élevé jusqu'à l'enthousiasme et à l'extase.
Si nous rapprochons le fait qui marqua l'effusion de l'Esprit à la Pentecôte de celui qui se produisait dans l'Eglise de Corinthe, et dont il est question dans 1Corinthiens 14.1, la ressemblance des deux phénomènes nous paraîtra frappante : dans l'un et l'autre cas, ce langage extraordinaire est un don de l'Esprit, don distinct de celui de l'enseignement et même de la prophétie ; (1Corinthiens 12.10 ; 14.2) ce langage sert à exprimer, dans la prière et l'action de grâces, des émotions intenses de l'âme. (1Corinthiens 14.14 et suivants) Ceux qui le parlent paraissent aux étrangers être hors de sens. (1Corinthiens 14.23)
La seule différence est que, à Corinthe, celui qui parle en langues doit être interprété pour être compris, même des fidèles, (1Corinthiens 14.2-19) tandis qu'à la Pentecôte les auditeurs bien disposés comprirent immédiatement les disciples comme s'ils parlaient leur langue maternelle.
On peut en conclure que sous l'influence première de l'Esprit, le langage que celui-ci s'était créé possédait une force de pénétration qu'il perdit dans la suite, par la faute, sans doute, des croyants qui tirèrent vanité de ce don merveilleux et ne se préoccupèrent pas assez de l'édification des autres. (1Corinthiens 14.4,6,9,12,19) |