1. Et je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes un nom de blasphème. 2. Et la bête que je vis était semblable à un léopard, et ses pieds étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule comme la gueule d'un lion. Et le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité. 3. Et je vis l'une de ses têtes comme blessée à mort ; et sa plaie mortelle fut guérie, et la terre entière, saisie d'admiration, suivit la bête. 4. Et ils adorèrent le dragon, parce qu'il avait donné le pouvoir à la bête ; et ils adorèrent la bête en disant : Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle ? 5. Et il lui fut donné une bouche qui prononçait des paroles arrogantes et des blasphèmes ; et il lui fut donné le pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois. 6. Et elle ouvrit la bouche en blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom et son tabernacle, ceux qui habitent dans le ciel. 7. Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre. Et il lui fut donné pouvoir sur toute tribu et peuple et langue et nation. 8. Et tous les habitants de la terre l'adoreront, tous ceux dont le nom n'a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l'Agneau qui a été immolé. 9. Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende. 10. Si quelqu'un, mène en captivité, il s'en va en captivité ; si quelqu'un tue par l'épée, il faut qu'il soit lui-même tué par l'épée. C'est ici la patience et la foi des saints.
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NOTES
| 13.1 |
Et je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes un nom de blasphème. |
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Les deux bêtes.
Chapitre 13.
1 à 10 La bête qui monte de la mer.
La bête qui monte de la mer est en tout semblable au dragon. Cette ressemblance est voulue ; elle marque l'intime parenté des deux apparitions. La bête est une incarnation de Satan et de sa puissance. Elle représente le monde opposé à Dieu et soumis au "prince de ce monde." Ce pouvoir hostile existait au temps de Jean, et dans l'horizon historique qu'embrassait son regard sous la forme de l'empire romain.
La bête monte de la mer : pour un Oriental, un habitant de la Palestine ou de l'Asie Mineure, les armées et les gouverneurs envoyés par Rome venaient par la grande mer qui baigne ces contrées. D'autres, considérant que les quatre animaux de Daniel (Daniel 7) sortent également de la mer, voient dans la mer la multitude agitée des peuples, ce sens leur paraît indiqué aussi par l'interprétation que l'auteur donne (Apocalypse 17.15) des "eaux sur lesquelles la prostituée est assise."
L'appellation : la bête, relève le matérialisme, la grossièreté, le caractère bestial de la puissance désignée : tout ce qui est humain lui est étranger. Les divers attributs de la bête sont fournis par la vision des quatre bêtes à Daniel 7.
Les dix cornes sont celles de la quatrième bête de Daniel. Elles apparaissent avant les têtes parce que la bête sort de la mer et que ses cornes sont visibles les premières.
Le texte reçu met les sept têtes avant les dix cornes. C'est une correction destinée à conformer notre texte à celui de Apocalypse 12.3. Les dix cornes sont surmontées de dix diadèmes : le sens de ce symbole sera expliqué Apocalypse 17.12, note. Ici elles figurent, comme dans Daniel, la force de la bête, force qui se manifeste dans un pouvoir royal.
Les sept têtes restent dans notre chapitre une énigme qui sera éclaircie à Apocalypse 17.10. Le nombre sept peut être résulté de l'addition des têtes des quatre bêtes de Daniel. (Daniel 7.3-7) Il peut signifier aussi, selon la symbolique de l'Apocalypse, que la bête aspire à prendre la place de Dieu, à qui appartient le nombre sept, signe de la perfection.
Dans la description du dragon, (Apocalypse 12.3) les têtes étaient ornées de diadèmes. ici les diadèmes se trouvent sur les dix cornes de la bête, et ses sept têtes portent chacune un nom de blasphème. Le pluriel des noms (Sin, A, Q) ne change rien à l'image : sur chaque tête un nom.
Ce nom de blasphème écrit sur la tête (comparez Apocalypse 3.12) serait une allusion au titre de divin que l'on donnait à l'empereur, après sa mort, et au culte qu'on lui rendait déjà de son vivant. Le refus de brûler de l'encens sur les autels érigés en son honneur fut souvent pour les chrétiens l'occasion de persécutions sanglantes. |
| 13.2 |
Et la bête que je vis était semblable à un léopard, et ses pieds étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule comme la gueule d'un lion. Et le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité. |
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Cette description de la bête combine les traits des trois premières bêtes de Daniel, dont la première ressemblait à un lion, la seconde à un ours, la troisième à un léopard. Ces traits, ajoutés aux dix cornes, signe caractéristique de la quatrième bête de Daniel, indiquent que la bête de l'Apocalypse, c'est-à-dire l'empire romain qu'elle figure réunit tous les caractères des monarchies représentées par les trois premières bêtes de Daniel.
Le dragon donna sa puissance à la bête. Jésus avait refusé l'empire du monde quand Satan le lui avait offert. (Matthieu 4.8-10) Rome, dans son ambition de dominer toutes les nations, a fait alliance avec le prince de ce monde. C'est de lui qu'elle tient son pouvoir. Le dragon et la bête représentent les mêmes intérêts et reçoivent les mêmes hommages. (verset 4)
Ce trait sera expliqué à Apocalypse 17.11, où il est dit que les sept têtes représentent sept empereurs romains. On voit généralement dans la tête blessée à mort Néron, qui se tua le 9 juin 68, et qui, d'après un bruit répandu dans l'empire et particulièrement accrédité parmi les Juifs d'orient, n'aurait pas été vraiment mort, mais se serait réfugié chez les Parthes, d'où il devait revenir un jour pour marcher contre Rome et reconquérir les hommages de toute la terre.
Des interprètes, qui ne peuvent admettre que Jean ait cru cette absurde fable, pensent pourtant qu'il y fait allusion pour lui substituer sa prophétie de l'avènement de l'Antéchrist. Tandis que les peuples crédules et superstitieux attendaient le retour de Néron en personne, Jean enseignerait aux chrétiens qu'un empereur devait s'élever, qui serait comme une réincarnation de Néron, ce monstre persécuteur qui a été, pour ses contemporains, un type de ce que sera a la fin des temps le grand adversaire, l'Antéchrist.
D'autres enfin font remarquer que, si l'une des sept têtes est comme blessée à mort, la blessure est infligée à la bête elle-même.
Les mots : sa plaie mortelle fut guérie, doivent, d'après le grec, être rapportés à la bête et non à la tête. Ils en concluent que le fait qui excite l'admiration de toute la terre, ce n'est pas le retour à la vie ou au pouvoir de l'empereur représenté par la tête blessée, mais la restauration de l'empire lui-même figuré par la bête.
Jean ferait allusion à l'ébranlement causé dans l'empire par le suicide de Néron. Avec lui disparaissait le dernier empereur de la famille de Jules César. Pendant un interrègne de plusieurs mois ; Galba, Othon et Vitellius, revêtirent la pourpre. On pouvait croire que l'empire romain allait s'effondrer. Grande fut l'admiration de toute la terre quand on le vit, sous la ferme et sage direction de Vespasien, se relever dans toute sa force. (Comparer verset 18, 2e note, Apocalypse 17.8 et suivants, notes.)
La tête blessée à mort (grec comme égorgée à mort), qui représente l'Antéchrist rappelle l'Agneau qui apparaît lui aussi (Apocalypse 5.6) "comme immolé." (Même terme en grec.) Comparer ci-dessous verset 8. |
| 13.4 |
Et ils adorèrent le dragon, parce qu'il avait donné le pouvoir à la bête ; et ils adorèrent la bête en disant : Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle ? |
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Ce qui provoque l'admiration et l'adoration de toute la terre, c'est un pouvoir spirituel (le dragon, Satan) qui s'incarne en quelque sorte dans une puissance politique (la bête).
Une telle association a été de tout temps admirée des hommes, et trop souvent ambitionnée par l'Église elle-même. Les hommages des adorateurs de la bête s'expriment dans des termes qui rappellent ceux du cantique de Moïse. (Exode 15.11) |
| 13.5 |
Et il lui fut donné une bouche qui prononçait des paroles arrogantes et des blasphèmes ; et il lui fut donné le pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois. |
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Il lui fut donné par Dieu et non par Satan, comme le prouve le temps limité assigné à son activité.
Le trait : une bouche qui prononçait des paroles arrogantes, est pris dans Daniel 7.8.
Pour les quarante-deux mois, comparez Apocalypse 11.2, note.
Le texte le plus autorisé porte : il lui fut donné d'agir, grec de faire. Le texte reçu (Q) porte : de faire la guerre.
Au lieu de : agir pendant quarante-deux mois, on peut traduire : passer ou durer quarante-deux mois comparez Actes 20.3 |
| 13.7 |
Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre. Et il lui fut donné pouvoir sur toute tribu et peuple et langue et nation. |
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La description de versets 6,7 rappelle Daniel 7.21,25.
Le tabernacle de Dieu est dans le ciel ; il ne représente pas le temple de Jérusalem, ce terme est expliqué par les mots mis en apposition : ceux qui habitent dans le ciel. Dans le texte reçu (Q. versions), ces mots sont précédés de la conjonction et, qui les coordonne simplement au nom et au tabernacle.
Les habitants du ciel sont les anges ou les fidèles glorifiés, distincts des saints, (verset 7) auxquels la bête a licence de faire la guerre.
Ces saints sont "le reste des enfants de la femme" (Apocalypse 12.17)
La guerre, et la victoire remportée par la bête, n'est ni le massacre des chrétiens par Néron en 64, ni la prise de Jérusalem par les Romains en 70, mais une grande persécution qu'exercera l'Antéchrist à venir. (Comparer Apocalypse 11.7) |
| 13.8 |
Et tous les habitants de la terre l'adoreront, tous ceux dont le nom n'a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l'Agneau qui a été immolé. |
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Grec : Tous les habitants de la terre duquel le nom...Ce pronom relatif au singulier (d'après C), quand il aurait fallu le pluriel, marque le caractère individuel de l'exclusion : chacun de ceux dont le nom n'avait pas été inscrit.
Dès la fondation du monde se rapporte à écrit dans le livre, d'après Apocalypse 17.8, plutôt qu'à immolé. (1Pierre 1.20)
Le livre de vie appartient à l'Agneau immolé, parce que c'est le Christ rédempteur qui procure le salut. Ceux qui ne le confessent pas sont des adorateurs de la bête.
Comparer Matthieu 13.9 et les exhortations aux sept Eglises. (Apocalypse 2.7, etc.) |
| 13.10 |
Si quelqu'un, mène en captivité, il s'en va en captivité ; si quelqu'un tue par l'épée, il faut qu'il soit lui-même tué par l'épée. C'est ici la patience et la foi des saints. |
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Le texte de la première phrase du verset est assez incertain.
La plupart des éditeurs adoptent le texte de A, dans lequel le verbe mène est sous-entendu.
Les mots : en captivité, après s'en va, manquent dans Sin., C, Q. etc.
- Ces paroles annoncent la ruine certaine des persécuteurs, pour l'encouragement des persécutés. (Comparer Esaïe 33.1 ; Genèse 9.6)
En même temps, ces derniers y trouvent un sérieux avertissement à ne pas employer les mêmes armes charnelles ; (comparez Matthieu 26.52) leurs seules armes légitimes sont indiquées ici : la foi et la patience. Celles ci se fondent sur la certitude du triomphe de la justice divine. |