Hébreux   9.11  à  10.18

11. Mais Christ, étant venu comme souverain sacrificateur des biens à venir, à travers le tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a point été fait de main d'homme, c'est-à-dire, qui n'est point de cette création, 12. ce n'est pas non plus avec le sang de boucs et de veaux, mais avec son propre sang, qu'il est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint, ayant obtenu une rédemption éternelle. 13. Car si le sang de boucs et de taureaux, et la cendre d'une génisse, dont on fait aspersion sur ceux qui sont souillés, sanctifient pour la pureté de la chair, 14. combien plus le sang de Christ, qui par l'Esprit éternel s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant !

15. Et c'est pourquoi il est médiateur d'une nouvelle Alliance, afin que, la mort étant intervenue pour la rédemption des péchés commis sous la première Alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis. 16. Car où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur soit annoncée, 17. car un testament a son effet après la mort, puisqu'il n'a aucune force tant que vit le testateur.

18. C'est pourquoi la première Alliance même ne fut point inaugurée sans effusion de sang. 19. Car Moïse, après avoir prononcé à tout le peuple tous les commandements de la loi, prit le sang des veaux et des boucs, avec de l'eau et de la laine écarlate et de l'hysope, et fit aspersion sur le livre même et sur tout le peuple, 20. en disant : Ceci est le sang de l'Alliance que Dieu a ordonnée pour vous. 21. Et il fit de même aspersion avec le sang sur le tabernacle et sur tous les ustensiles du culte. 22. Et, en général, toutes choses, selon la loi, sont purifiées avec du sang, et sans effusion de sang il n'y a point de rémission. 23. Il est donc nécessaire, puisque les images des choses qui sont dans les cieux sont purifiées de cette manière, que les choses célestes elles-mêmes le soient par des sacrifices plus excellents que ceux-là. 24. Car ce n'est point dans un sanctuaire fait de main d'homme, imitation du véritable, que Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de comparaître maintenant pour nous devant la face de Dieu.

25. Et ce n'est pas afin qu'il s'offre plusieurs fois lui-même, comme le souverain sacrificateur entre dans le lieu très saint chaque année, avec du sang étranger ; 26. autrement il aurait fallu qu'il eût souffert plusieurs fois depuis la fondation du monde ; mais maintenant, dans la consommation des siècles, il a paru une seule fois pour l'abolition du péché par le sacrifice de lui-même. 27. Et comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement, 28. de même aussi Christ, ayant été offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, paraîtra une seconde fois, sans péché, à ceux qui l'attendent pour leur salut.

1. Car la loi n'ayant qu'une ombre des biens à venir, et non l'image même des choses, ne peut jamais, par les mêmes sacrifices qu'on offre chaque année à perpétuité, rendre parfaits ceux qui y prennent part. 2. Autrement n'aurait-on pas cessé de les offrir, puisque ceux qui rendent ce culte, étant une fois purifiés, n'auraient plus eu aucune conscience de leurs péchés ? 3. Mais dans ces sacrifices il se fait chaque année une commémoration des péchés. 4. Car il est impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés. 5. C'est pourquoi, entrant dans le monde, il dit : Tu n'as point voulu de sacrifice ni d'offrande, mais tu m'as formé un corps. 6. Tu n'as point pris plaisir aux holocaustes ni aux sacrifices pour le péché. 7. Alors j'ai dit : Voici, je viens (dans le rouleau du livre il est écrit de moi), pour faire, ô Dieu ! ta volonté. 8. Disant auparavant : Sacrifices et offrandes, holocaustes et oblations pour le péché (choses qui sont offertes selon la loi), tu n'en as pas voulu et n'y as point pris plaisir, 9. il a dit alors : Voici, je viens pour faire ta volonté. Il abolit le premier pour établir le second. 10. C'est par cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes.

11. Et tandis que tout sacrificateur se tient chaque jour debout, faisant le service, et offrant souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés, 12. lui, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu, 13. attendant désormais jusqu'à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds. 14. Car par une seule offrande il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. 15. Or l'Esprit-Saint aussi nous en rend témoignage ; car après avoir dit : 16. Voici l'Alliance que je ferai avec eux après ces jours-là, le Seigneur dit : Je mettrai mes lois dans leur cœur, et je les écrirai dans leur entendement ; 17. et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités. 18. Or, là où il y a rémission des péchés et des iniquités, il n'y a plus d'offrande pour le péché.

PLAN

C. Le service de Christ dans le sanctuaire céleste. Son sacrifice unique et efficace

  1. Christ, entrant dans le vrai tabernacle, avec son propre sang, est l'auteur de notre rédemption
    Bien différent des sacrificateurs lévitiques, Christ est venu nous assurer la vie éternelle. Il a traversé les cieux, s'est approché de Dieu définitivement avec son propre sang, et nous a procuré une rédemption éternelle. En effet, si les sacrifices et les cérémonies de l'ancienne Alliance avaient une vertu purificatrice, à plus forte raison le sang de Christ, qui s'est offert lui-même sans tache à Dieu, par un esprit éternel, purifiera-t-il vos consciences des œuvres mortes et vous rendra-t-il capables de servir le Dieu vivant. (11-14.)
  2. Nécessité de la mort de Christ
    a) La mort du testateur. Christ est, en vertu de sa mort, médiateur d'une nouvelle Alliance. Par sa mort, il a opéré la rédemption des péchés commis sous la première Alliance, afin de mettre en possession de l'héritage éternel ceux à qui il était promis. Pour que des héritiers obtiennent leur héritage, la mort du testateur doit intervenir, puisqu'alors seulement le testament devient exécutoire. (13-17.)
    b) L'Alliance inaugurée par l'aspersion avec le sang. Les considérations qui précèdent expliquent pourquoi même la première Alliance fut inaugurée avec du sang : après avoir proclamé la loi, Moïse fit aspersion avec le sang de l'Alliance sur le livre de la loi, sur tout le peuple, puis, de même, sur le tabernacle et ses ustensiles ; d'après la loi, presque tout est purifié avec du sang, sans l'effusion duquel il n'y a pas de pardon. Il était donc nécessaire que le sanctuaire céleste fût purifié par un sacrifice plus excellent, car c'est dans le ciel même que Christ est entré, afin de comparaître pour nous devant Dieu. (18-24.)
  3. Christ s'est offert lui-même une seule fois
    Christ n'est pas entré dans le sanctuaire céleste pour s'offrir plusieurs fois, comme le souverain sacrificateur entre chaque année dans le lieu très saint ; car, dans ce cas, il eût fallu qu'il souffrît à plusieurs reprises ; non, il a paru une seule fois, à la fin de l'économie présente, pour abolir le péché par son sacrifice. Et comme il n'y a pour les hommes qu'une mort, suivie du jugement, il s'est sacrifié une seule fois, chargé des péchés de plusieurs, et il apparaîtra une seconde fois, sans ces péchés, à ceux qui l'attendent pour leur salut. (25-28.)
  4. Inefficacité des sacrifices annuels ; efficacité de l'obéissance de Christ
    La loi, qui n'a que l'ombre des biens à venir ne peut, par les sacrifices offerts chaque année, rendre parfaits ceux qui y participent ; autrement, on aurait cessé de les offrir ; mais ils ne font que commémorer les péchés, car le sang des victimes ne peut les ôter. C'est pourquoi Christ, dans les paroles du Psaume 40, se présente pour faire la volonté de Dieu. Il substitue ainsi son obéissance aux sacrifices, et nous sommes sanctifiés par cette obéissance, par l'offrande unique de son corps. (1-10.)
  5. Les péchés ôtés par l'oblation de Christ ; les sacrifices abolis
    Ce que les sacrificateurs ne pouvaient faire en se présentant chaque jour devant Dieu, Christ l'a accompli par son unique sacrifice ; puis il s'est assis à la droite de Dieu, attendant l'assujettissement de ses ennemis ; car, par une seule offrande, il a élevé pour toujours à la perfection ceux qui sont sanctifiés. Cela est confirmé par la promesse du Saint-Esprit, relative à la nouvelle Alliance, qui annonce une loi écrite dans les esprits et l'oubli de tous les péchés. Or, la rémission des péchés entraîne la suppression des offrandes pour les péchés. (11-18.)
NOTES
9.11 Mais Christ, étant venu comme souverain sacrificateur des biens à venir, à travers le tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a point été fait de main d'homme, c'est-à-dire, qui n'est point de cette création,
  9 :11 à 10 :18 Le service de Christ dans le sanctuaire céleste. Son acrifice unique et efficace.

Mais (cette particule marque le grand contraste de la réalité avec les symboles) Christ est venu, il est le vrai souverain Sacrificateur ! tel est le glorieux fait que l'auteur annonce avant d'en exposer les détails.

- Le texte reçu, avec Sin., A, majuscules, porte : Sacrificateur des biens à venir. Ces mots signifient que les biens de la nouvelle Alliance, le pardon des péchés, la délivrance, la paix, la communion avec Dieu, quoique réalisés en Jésus-Christ, et déjà accordés en partie à ceux qui croient en lui, sont pourtant encore des biens futurs jusqu'à leur pleine possession, à moins qu'on admette que l'auteur présente ces biens comme à venir en tant qu'ils appartiennent à la nouvelle alliance. (Hébreux 2.5 ; 6.5)

Mais une variante dans B. D, Itala, porte : "biens présents" ou "biens arrivés," ce texte serait mieux approprié au contraste qu'établit ici l'auteur entre les deux alliances, dont l'une n'avait que la promesse, l'autre la réalisation actuelle. Lachmann, Westcott et Hort, Nestle, Weiss adoptent cette leçon.

9.12 ce n'est pas non plus avec le sang de boucs et de veaux, mais avec son propre sang, qu'il est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint, ayant obtenu une rédemption éternelle.
  Voir, sur cette grande pensée de l'entrée de Christ dans le vrai sanctuaire céleste, à laquelle l'auteur attache une si haute importance, Hébreux 4.14, note. (Comparer Hébreux 8.2 ; 9.24 ; 10.12-14) - Le tabernacle plus grand plus parfait où Christ poursuit maintenant son œuvre comme souverain Sacrificateur, n'a point été fait par la main des hommes, ainsi que le tabernacle mosaïque, et même, il n'est point de cette création terrestre. Ce sont les cieux, (Hébreux 9.24) à travers lesquels Christ a passé pour pénétrer jusqu'au séjour de la gloire de Dieu, élevé au-dessus de toute la création.

On retrouve ici (comme Hébreux 4.14) une allusion au fait que le sacrificateur traversait le lieu saint pour parvenir jusqu'au delà du voile, jusqu'au lieu très saint, symbole de la demeure de Dieu.

-Une autre interprétation de ces paroles, présentée par des Pères et encore par Calvin et Bengel, mais généralement abandonnée aujourd'hui, voit dans le tabernacle plus grand et plus parfait que Christ a traversé, non pas le ciel, mais son corps, sa propre humanité, par laquelle il a passé au travers des souffrances, du sacrifice et de la mort, pour parvenir ainsi jusqu'à la gloire et à la communion immédiate avec Dieu.

Cette idée est vraie en elle-même, elle est exprimée à Hébreux 10.20 (Voir la note) Mais ici il est inadmissible que l'auteur veuille exprimer cette pensée ; ce qui le montre, c'est Hébreux 9.24, où il dit en termes simples et clairs que le sanctuaire où Christ est entré, c'est le ciel. (Comparer Hébreux 4.14, note.)

- Il y est entré (grec) "non par le sang des boucs et des veaux, mais par son propre sang," c'est-à-dire en vertu et par l'efficace de son propre sang. Le souverain sacrificateur ne pouvait entrer dans le lieu très saint qu'en vertu du sang de l'expiation qu'il prenait sur l'autel situé dans le parvis extérieur ; (Lévitique 16.11,14) de même c'est en vertu de son propre sang "répandu pour la rémission des péchés" que Christ a comparu devant Dieu pour son peuple.

Là était l'image, ici la réalité ; car, par ce sacrifice de son amour, Jésus Christ a réellement obtenu une rédemption éternelle.

Obtenu, car il a dû la poursuivre par tous ses efforts et l'acquérir au prix d'indicibles souffrances ; une rédemption, c'est-à-dire un rachat, et par là une délivrance réelle (Romains 3.24, 2e note) pour ceux dont il a payé la rançon ; une rédemption éternelle, dont la valeur, l'efficace dure à toujours, et dont les bienheureuses conséquences s'étendront sur l'éternité tout entière.

Parce que son sacrifice a cette vertu perpétuelle, le Sauveur a pu l'offrir une fois pour toutes ; c'est cette vertu perpétuelle que voudrait représenter, mais que méconnaît ou dénature le sacrifice de la messe sans cesse renouvelé.

- Voir sur l'efficace de la mort de Jésus-Christ, comme sacrifice expiatoire, Hébreux 9.14, note, et Romains 3.25, note.

9.14 combien plus le sang de Christ, qui par l'Esprit éternel s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant !
  Ces deux versets (Hébreux 9.13,14) doivent confirmer (car), par un raisonnement a fortiori et par une application vivante à la conscience la grande vérité de l'expiation du péché par le sang de Christ, exprimée à Hébreux 9.12.

Tout Israélite savait que le sang de boucs et de taureaux (Lévitique 16.6-11 ; 14.15, etc.) et l'aspersion faite avec l'eau où l'on avait mêlé la cendre d'une génisse (Nombres 19, voir surtout Hébreux 9.13,20), purifiaient d'une souillure légale, par exemple de l'attouchement d'un mort, et rendaient à celui qui venait d'offrir ce sacrifice la pureté de la chair, indispensable pour qu'il jouît des privilèges d'un membre du peuple.

Mais tout cela n'était qu'un symbole, la souillure légale n'était que l'image du péché, qu'elle rappelait sans cesse ; la purification cérémonielle, l'image de la vraie purification, qu'elle faisait désirer. C'est la conscience qui devait être purifiée des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant, deux choses qui sont également impossibles à l'homme.

Les œuvres mortes, (comparez Hébreux 6.1) en effet, ne sont pas les cérémonies par lesquelles l'israélite cherchait la purification devant Dieu ; ce sont tous les péchés qui pèsent sur la conscience du pécheur et ne lui permettent pas de s'approcher de Dieu pour lui rendre son culte (tel est le sens du verbe : servir Dieu), ce sont, d'une manière plus générale, toutes les œuvres qui procèdent de l'homme irrégénéré, car il est lui-même mort, (Ephésiens 2.1) et la mort ne saurait produire la vie.

Ses œuvres sont mortes, tant qu'elles ne sont pas en lui le produit d'une vie nouvelle, créée par l'Esprit de Dieu et par laquelle seulement nous sommes capables de servir le Dieu vivant. Quel contraste entre un tel service et cette mort morale de l'homme naturel, qui frappe de stérilité toute son activité.

Servir, dans l'original, c'est remplir une fonction sacerdotale célébrer un culte. (Hébreux 9.9 ; 12.28) Le chrétien doit être dans toute sa vie un sacrificateur du Dieu vivant, (Hébreux 3.12) s'offrir lui-même en sacrifice, et faire de chaque acte de sa vie un culte en esprit et en vérité.

Comment s'élever des œuvres mortes, qui souillent la conscience, à cet idéal de sainteté ? L'auteur en indique le moyen : le sang de Christ. Il montre en quoi a consisté le sacrifice du Sauveur, dans quelles conditions celui-ci l'a accompli : Qui, par l'Esprit éternel, s'est offert lui-même sans tache à Dieu.

Toutes les expressions employées font ressortir la pensée que le sacrifice de Christ est un acte moral, dans le sens le plus élevé, le plus absolu de ce mot. C'est ce qui le distingue profondément des sacrifices symboliques rappelés à Hébreux 9.13, dans lesquels les victimes étaient passives. Il s'offre lui-même, donc c'est le sacrifice volontaire du dévouement et de l'amour sans tache. (Lévitique 22.21 ; 1Pierre 1.19)

Ainsi c'est un sacrifice digne du Dieu saint et juste (car c'est à Dieu qu'il s'offre). Mais surtout il s'offre par l'Esprit éternel, c'est-à-dire animé, porté, consacré pour cet acte par l'Esprit de Dieu qui était en lui sans mesure dans une harmonie ineffable avec Dieu, qui s'associe à son œuvre par son Esprit, qui l'approuve, qui reçoit le sacrifice de sa volonté, de sa vie humaine, solidaire de notre humanité tout entière. Mais l'auteur dit plus encore.

Il aurait pu employer le terme ordinaire de "Saint-Esprit," que lui prête, en effet, une variante peu autorisée ; mais non, il se sert de ce terme inusité : "l'Esprit éternel." Son intention est de marquer que cet Esprit, qui communiquait à la personne du Christ "une puissance de vie impérissable," (Hébreux 7.16) confère à son sacrifice une valeur éternelle : c'est l'œuvre de Dieu accomplie pour l'éternité.

La plupart des commentateurs modernes, il est vrai, se fondant sur le fait que l'article manque en grec et qu'il y a proprement : par un esprit éternel, se refusent à voir dans cette expression l'Esprit de Dieu ; elle caractériserait soit la nature divine, soit la constitution morale du Christ, et serait destinée à expliquer comment il peut encore remplir son office de souverain sacrificateur céleste après s'être livré lui-même à la mort.

- Telle est la source intarissable "ouverte pour la purification du péché et de la souillure." Mais comment la conscience en estelle purifiée de ses œuvres mortes ?

Dès l'Ancien Testament, le symbole devait indiquer la réalité. Il y avait en tout sacrifice deux choses distinctes : l'immolation de la victime et l'aspersion de son sang sur le pécheur qui l'offrait. (Hébreux 9.13) Par ce dernier acte qu'il subissait, l'Israélite confessait solennellement que c'était de lui qu'il s'agissait, lui qui avait péché, qui était souillé, qui avait mérité la mort, qui devait, après avoir obtenu son pardon, s'offrir en sacrifice vivant et saint, mourir réellement au péché, en un mot, s'approprier personnellement tout le sens de son sacrifice.

De même et à plus forte raison sous la nouvelle Alliance, c'est en devenant un avec Christ par une foi réelle que le pécheur est justifié ; c'est en Christ que sa conscience reprend vie, se détache de la souillure par la puissance divine de la croix ; c'est en Christ, et avec lui, qu'il meurt par degrés au péché, au monde, à lui-même, c'est en lui qu'il ressuscite pour une vie nouvelle et sainte.

(Voir, sur ce côté si profond de la mort de Christ appliquée à l'homme pécheur, Romains 6.1-11, notes.)

9.15 Et c'est pourquoi il est médiateur d'une nouvelle Alliance, afin que, la mort étant intervenue pour la rédemption des péchés commis sous la première Alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis.
  L'auteur a déjà auparavant désigné Jésus-Christ comme un médiateur ; (Hébreux 8.6) ici il déclare comment, pourquoi il est médiateur. Il s'est offert lui-même, (Hébreux 9.14) c'est pourquoi il est médiateur, et il a fallu que la mort du médiateur intervint.

L'auteur introduit ainsi le développement, dans lequel il examine sous ses diverses faces grand fait qu'il vient d'énoncer.

1° Par son sacrifice, Christ est médiateur d'une nouvelle Alliance ; (Hébreux 9.16)

2° tout testament n'a sa force que par la mort du testateur ; (Hébreux 9.16,17)

3° la première Alliance fut confirmée par l'effusion du sang la nouvelle a dû l'être de même, (Hébreux 9.18-24)

4° mais avec cette grande différence, que le sacrifice de Christ ayant une efficace perpétuelle, il ne s'offre lui même qu'une seule fois. (Hébreux 9.25-28)

- On remarquera que si jusqu'ici l'auteur a opposé l'Alliance ancienne à la nouvelle, (Hébreux 7.22 ; 8.6-10 ; 9.1-4) dans Hébreux 9.16,17 il emploie le même mot grec dans le sens de testament.

Quelques exégètes ont voulu, il est vrai, revendiquer pour ce mot, même dans Hébreux 9.16,17, le sens d'alliance. Mais leurs efforts sont vains ; cette interprétation est inadmissible.

Le fait est que le terme grec désigne toute disposition authentique, qu'elle soit établie entre deux parties, engagées ainsi l'une envers l'autre (pacte, contrat, alliance), ou qu'elle provienne d'un seul, qui déclare ainsi sa volonté, ses intentions (disposition testamentaire, testament). Le mot ayant ces deux acceptions, l'auteur passe de l'une à l'autre pour les besoins de son argumentation.

Le procédé peut se justifier si l'on ne s'arrête pas à la logique formelle, mais si l'on considère la nature même de l'institution désignée par ce terme à double entente. Car si, d'une part, les rapports de Dieu avec son peuple, surtout dans l'économie ancienne, ont les caractères d'une alliance, avec ses conditions mutuelles (voir, par exemple, Hébreux 8.8-10), il n'est pas moins évident que, de plus en plus, ces rapports, fondés sur la grâce pure et gratuite de Dieu, sur son œuvre de miséricorde qu'il accomplit tout entière, deviennent, de sa part, une déclaration authentique de sa volonté miséricordieuse, un testament. (Voir aussi Hébreux 8.10,Galates 3.15-17 ; comparez Matthieu 26.28, et l'Introduction générale au Nouveau Testament, tome I)

Grec : reçoivent la promesse (accomplie) de l'héritage éternel. (Comparer Hébreux 6.13) Parce que les péchés commis sous la première Alliance n'étaient expiés qu'en figure et non en réalité, il a fallu que la mort du médiateur eût lieu, afin que la promesse s'accomplît, c'est a dire que l'héritage éternel (Hébreux 5.9 ; 1Pierre 1.4) fût vraiment acquis à ceux qui sont appelés. (Comparer Romains 3.25 ; Jean 16.7)

Et si le peuple de Dieu avait besoin de ce sacrifice pour ses péchés, à plus forte raison toutes les autres nations de la terre.

9.17 car un testament a son effet après la mort, puisqu'il n'a aucune force tant que vit le testateur.
  Les versets Hébreux 9.16,17 confirment (car) ce qui précède, en établissant la nécessité de la mort du médiateur pour amener l'accomplissement de la promesse.

La première Alliance, parce qu'elle était une alliance, a été violée par ceux avec qui elle avait été contractée ; (Hébreux 8.9) la seconde l'aurait infailliblement été de même, si elle n'eût revêtu tous les caractères d'un testament qui lègue l'héritage sans conditions.

L'image sur laquelle l'auteur insiste ici, en développant la signification du mot, a donc sa profonde vérité. Parmi les hommes, un testament ne devient exécutoire que par la mort du testateur, qui transmet aux héritiers tous ses droits.

Où il y a testament, il est nécessaire que la mort du testateur soit annoncée (grec apportée) à l'autorité judiciaire qui constate le décès et préside à la transmission de l'héritage, car un testament est (grec) valide sur des morts, puisqu'il n'a jamais de force lorsque vit le testateur. Ici le testateur, c'est Jésus-Christ, l'Homme-Dieu, à qui toutes choses appartiennent, car "le Père a remis toutes choses entre ses mains." (Jean 3.35)

L'héritage lui serait resté à lui seul, si, par sa mort, il ne l'avait légué à ses frères, à qui il voulait communiquer tous ses droits. Il s'est donc abaissé, rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix, dépouillé de tout, (Philippiens 2.6-8) et par cette mort, dont la nécessité morale a déjà été démontrée, (Hébreux 9.14) il a transmis à ses rachetés, avec ses droits, sa gloire éternelle, qui est leur héritage. (Comparer Luc 22.29, où Jésus lui-même emploie le verbe duquel est dérivé le mot testament.)

- Ce serait forcer et fausser la comparaison employée que d'objecter : le Sauveur, mort pour les siens, n'en est pas moins vivant aux siècles des siècles, et c'est même par sa vie, plus encore que par sa mort, qu'il communique à ses membres ? unis à lui comme le sarment au cep, les biens célestes de l'héritage. Sans doute la possession de la vie dépend de nos rapports avec le Sauveur ressuscité et vivant. Toutefois le Sauveur ne peut nous communiquer la vie divine que parce qu'il est mort pour nous. Et maintenant sa vie ne fait plus que réaliser en nous ce qu'il nous a virtuellement acquis sur la croix.

9.18 C'est pourquoi la première Alliance même ne fut point inaugurée sans effusion de sang.
  Par la conjonction c'est pourquoi, l'auteur ne rattache pas Hébreux 9.18 à Hébreux 9.15, de sorte que les versets Hébreux 9.16 et Hébreux 9.17 ne formeraient qu'une parenthèse.

Le verset Hébreux 9.18 est plutôt une conclusion tirée de la règle générale rappelée au Hébreux 9.16 : la première Alliance, quoiqu'elle n'eût pas encore le caractère d'un don fait par testament et que par conséquent la mort ne dût pas intervenir pour son institution a cependant été inaugurée avec du sang.

Cette relation est marquée par l'expression : (grec) "pas même la première Alliance n'a été inaugurée sans sang."

9.21 Et il fit de même aspersion avec le sang sur le tabernacle et sur tous les ustensiles du culte.
  L'auteur fait allusion à Exode 24.3-8 ; mais il amplifie le récit de l'Exode.

Celui ci ne parle pas d'aspersion sur le livre même et ne mentionne pas l'emploi de l'eau, de la laine écarlate et de l'hysope, qui étaient en usage dans diverses cérémonies de Purification. (Lévitique 14.4 et suivants ; Nombres 19.4 et suivants ; Lévitique 8.10 et suivants ; comparez Exode 12.22 ; Psaumes 51.9)

Quant au tabernacle, il ne put être l'objet d'une aspersion dans la circonstance rapportée Exode 24.3-8, puisqu'il n'existait pas encore. (Comparer Exode 25,40) D'après Exode 40.9 et suivants, (comparez Lévitique 8.10) le tabernacle et les ustensiles furent seulement oints d'huile.

L'aspersion avec du sang ne figure que dans la tradition juive. (Josèphe, Antiq. III, 8, 6.)

9.22 Et, en général, toutes choses, selon la loi, sont purifiées avec du sang, et sans effusion de sang il n'y a point de rémission.
  Sans effusion de sang, c'est-à-dire sans sacrifice d'expiation pour le péché, point de rémission.

Telle est la vérité que l'auteur trouve écrite sur tous les objets qui servaient au culte mosaïque, sur tous les actes de l'institution de ce culte. Et cette effusion de sang, perpétuellement renouvelée pour la purification du peuple, ne pouvant elle-même "purifier la conscience des œuvres mortes," était une prédiction solennelle du sacrifice réel qui devait s'accomplir un jour.

Ce sacrifice s'est accompli, (Matthieu 26.28) et par cela seul que le sang de l'Agneau de Dieu a coulé sur la croix, cette croix répète d'une manière mille fois plus absolue encore que tous les autres sacrifices : "Sans effusion de sang, point de rémission."

La conscience de l'humanité s'est faite l'écho de cette voix divine ; et le chrétien, qui n'a trouvé la paix qu'au pied de la croix de Golgotha, mais qui l'y a trouvée, redit en s'humiliant et en bénissant son Sauveur : "Sans effusion de sang, point de rémission."

C'est là le point qui fait de l'Evangile une folie et un scandale aux yeux de la sagesse humaine. Mais l'Eglise garde cette vérité comme son trésor malgré les dénégations et les subtilités d'une science faussement ainsi nommée.

9.23 Il est donc nécessaire, puisque les images des choses qui sont dans les cieux sont purifiées de cette manière, que les choses célestes elles-mêmes le soient par des sacrifices plus excellents que ceux-là.
  Ce verset tire la conclusion (donc) de la déclaration qui précède, et se trouve lui-même expliqué par les paroles qui suivent. (Hébreux 9.24)

Encore ici, l'auteur veut élever la pensée de ses lecteurs des images aux réalités : Il est nécessaire, dit-il, que toutes ces images, tous les objets qui servaient au culte, (Hébreux 9.19-22) soient purifiées de cette manière, c'est-à-dire par le sang des victimes (Hébreux 9.22) qui rappellent sans cesse à l'homme sa souillure et sa culpabilité.

Mais toutes ces images, ces cérémonies symboliques du culte israélite figurent seulement les rapports tout spirituels du vrai sanctuaire, ces choses célestes doivent donc être purifiées elles mêmes par des sacrifices plus excellents, par le sacrifice de l'Agneau de Dieu qui réellement "ôte le péché du monde" et qui a "inauguré" pour nous l'Alliance nouvelle (Hébreux 9.18) en entrant dans le sanctuaire céleste. (Hébreux 9.24 ; 10.19-22)

Il va sans dire que l'idée de purifier le sanctuaire céleste n'indique pas une action matérielle ou locale, mais l'efficace tout intérieure, spirituelle et morale de l'œuvre de Christ, rouvrant à notre humanité sanctifiée l'accès à la communion de Dieu. Tous ses rachetés sont désormais des sacrificateurs qui peuvent le suivre là où il est entré avant eux et pour eux. (Hébreux 9.24)

9.24 Car ce n'est point dans un sanctuaire fait de main d'homme, imitation du véritable, que Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de comparaître maintenant pour nous devant la face de Dieu.
  Hébreux 9.11,12, notes.

Le sanctuaire terrestre a été fait comme une imitation (grec antitype) du véritable, car Moïse avait reçu l'ordre de "faire tout selon le modèle (grec type) qui lui avait été montré sur la montagne." (Hébreux 8.5)

Comparer, sur cette entrée du Christ dans les cieux comme sacrificateur et intercesseur, Hébreux 4.14, note ; Hébreux 7.25,26, note ; Hébreux 10.12,19,20.

Le mot maintenant oppose, suivant les uns, la comparution actuelle de Christ devant Dieu à son retour glorieux ; (Hébreux 9.28) suivant d'autres, l'intervention efficace du médiateur est opposée aux précédentes et imparfaites tentatives de réconcilier Dieu avec l'homme par les sacrifices. (Comparer Hébreux 9.26)

9.26 autrement il aurait fallu qu'il eût souffert plusieurs fois depuis la fondation du monde ; mais maintenant, dans la consommation des siècles, il a paru une seule fois pour l'abolition du péché par le sacrifice de lui-même.
  La répétition chaque année du sacrifice dans le lieu très saint, au grand jour des expiations, pouvait, à elle seule déjà, prouver aux Hébreux que ce sacrifice n'accomplissait pas par lui-même ce dont il était le symbole, l'expiation du péché la réconciliation du pécheur avec Dieu et sa consécration à l'Eternel ; il lui rappelait au contraire sans cesse son péché, sa culpabilité, (Hébreux 10.3) la nécessité de mourir à lui-même, pour revivre à Dieu.

S'il en était de même du sacrifice de Christ, le Sauveur aurait dû souffrir plusieurs fois, depuis la fondation du monde, c'est-à-dire depuis que le péché y est entré ; il devrait le faire maintenant encore, et l'idée catholique du sacrifice de la messe serait fondée.

Mais non ; au lieu du sang étranger et inefficace qu'offrait le sacrificateur, Christ s'est offert lui-même et il n'a besoin de le faire qu'une seule fois, (Hébreux 9.28 ; 10.12) car, par ce sacrifice, il a opéré l'abolition du péché.

Il reste au pécheur à s'approprier l'effet de ce sacrifice par une foi vivante qui l'unisse à Christ, le rende un avec lui dans ce sacrifice même, et capable de le suivre là où il est. (Hébreux 10.19 et suivants)

9.28 de même aussi Christ, ayant été offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, paraîtra une seconde fois, sans péché, à ceux qui l'attendent pour leur salut.
  La pensée que Christ a paru une seule fois pour l'abolition du péché par le sacrifice de lui-même (Hébreux 9.26) oblige l'auteur à parler de sa seconde apparition, pour bien marquer que, lors de celle-ci, n'y aura plus de sacrifice.

Il voit, entre cette double apparition de Christ et la destinée de tous les hommes auxquels il est réservé de mourir une fois, pour être jugés après cela, plus qu'une simple analogie. Ce dernier fait permet d'apprécier le premier et d'en estimer le caractère.

Pourquoi est-il réservé à tous les hommes de mourir ? A cause du péché et de la condamnation qu'il entraîne (Genèse 2.17 ; 3.19 ; Romains 5.12, note.) Cette mort a lieu une seule fois, c'est-à-dire une fois pour toutes. Elle clôt définitivement le temps de l'épreuve ; quand elle est intervenue nous n'avons plus qu'à "comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon qu'il aura fait soit bien soit mal, étant dans son corps." (2Corinthiens 5.10)

Notre texte, très concis, porte ces seuls mots : après cela, jugement.

De cette condition commune à tous les hommes, ressort avec évidence le but de la double apparition du Sauveur. Parce que la mort est réservée à tous, parce que tous doivent comparaître en jugement, lui, le représentant de notre humanité, le second Adam, le souverain sacrificateur, a voulu, dans son insondable amour, subir la mort, le jugement. Il a été offert une seule fois comme victime ; pourquoi ? pour porter les péchés de plusieurs. (Matthieu 20.28 ; 26.28)

Tous ces termes sont à dessein empruntés aux usages des sacrifices. En imposant les mains sur la tête de la victime, le sacrificateur y déposait les péchés du peuple ; (Lévitique 4.4,15,20,29,33) de là, l'expression si usitée dans l'Ancien Testament : porter le péché, l'iniquité, le châtiment. (Nombres 14.34 ; Ezéchiel 4.6 ; 18.19, etc.) Et c'est ce terme même que l'auteur applique ici à Jésus, exactement comme Esaïe 53.12 ; 1Pierre 2.24. Comparer Jean 1.29.

Christ a été offert une seule fois, parce que l'homme aussi ne meurt qu'une fois et que dans cette unique mort se concentre tout le châtiment du péché qui est tombé sur le Sauveur. Aussi, à sa seconde venue, Christ n'aura plus à mourir pour achever la rédemption de l'humanité. Il viendra pour exercer le jugement, ce jugement qui est tout ce qui attend l'homme après la mort, (Hébreux 9.27) c'est ce que l'auteur veut dire quand il déclare que Christ paraîtra une seconde fois sans péché, sans avoir encore à porter les péchés des hommes.

Qu'il ait été ici-bas sans péché personnel, c'est ce que l'auteur a hautement proclamé, (Hébreux 4.15) mais il n'était pas sans péché dans le sens qui vient d'être exposé, puisqu'il avait pris sur lui le péché de l'humanité, en vertu duquel il souffrit et mourut. Or à sa seconde venue, il n'aura plus ni péché à expier ni sacrifice à accomplir ; il apparaîtra comme le Roi glorieux à ceux qui l'attendent pour leur salut (grec à salut).

- On peut aussi rattacher les derniers mots au verbe principal : "paraîtra à salut, pour apporter le salut à ceux qui l'attendent."

A et quelques documents ajoutent : "par la foi."

10.1 Car la loi n'ayant qu'une ombre des biens à venir, et non l'image même des choses, ne peut jamais, par les mêmes sacrifices qu'on offre chaque année à perpétuité, rendre parfaits ceux qui y prennent part.
  Chapitre 10.

Les institutions de l'ancienne Alliance n'avaient qu'une ombre des biens à venir, le Nouveau Testament en offre en Christ la réalité.

Telle est évidemment la pensée de l'auteur, qu'il a déjà exprimée à plusieurs reprises, (Hébreux 8.5 ; 9.9,13,14,23) et qu'il tenait à rappeler encore avant de montrer comment et pourquoi l'œuvre du Sauveur est la réalité des biens célestes.

On aurait donc pu attendre qu'à l'ombre il opposerait le corps, comme Paul le fait dans Colossiens 2.17. Mais il emploie, comme second terme de l'antithèse, une expression qui offre quelque difficulté : l'image même des choses ; ce qui ne veut pas dire que l'ancienne Alliance avec ses sacrifices ne fût que l'image d'une image, et que la réalité des choses n'ait pas paru en Christ.

Mais, de même que Christ luimême est appelé l'image du Père, (Hébreux 1.3 ; Colossiens 1.15) bien qu'il en soit la révélation aussi réelle et aussi complète que nous pouvons la concevoir ici-bas, de même toute son œuvre, et en particulier son sacrifice, peut être aussi nommé une image des choses, des biens à venir. En effet, quoique les réalisant parfaitement, il n'en est encore pour nous qu'une révélation telle que nous pouvons la saisir, la pleine possession étant réservée à notre avenir éternel.

La liberté qu'a prise Luther de rendre cette expression par "l'essence des choses" est donc fondée, quoique le mot image soit plus rigoureusement juste.

Une explication un peu différente, qu'on a proposée de ces termes, est peut-être plus simple. L'auteur entendrait par biens à venir, l'expiation des péchés accomplie par Jésus, et le pardon, la sanctification, le perfectionnement qui en découlent pour le croyant de la nouvelle Alliance. Ces biens étaient à venir pour ceux qui vivaient sous l'ancienne Alliance. La loi n'en offrait qu'une ombre, c'est-à-dire une silhouette indistincte qui ne permettait guère de deviner comment s'accomplirait cette rédemption.

L'Evangile, au contraire, en retraçant la vie et la mort du Rédempteur, nous offre l'image même des choses, l'exacte représentation des faits sur lesquels repose notre salut ; il nous permet de les connaître entièrement et d'en éprouver tous les effets.

Il s'agit ici du sacrifice annuel, offert dans le lieu très saint au grand jour des expiations. (Hébreux 9.7) L'auteur y revient sans cesse dans cette épître, parce que ce sacrifice exprimait le mieux l'idée de tous les autres et était le symbole le plus complet du sacrifice de Golgotha.

Voir sur ce mot rendre parfait (grec consommer) Hébreux 5.9, note.

- Ceux qu'y prennent part, grec ceux qui s'approchent, sont ceux qui viennent à l'autel, et par là, à Dieu, au moyen de leurs sacrifices.

10.3 Mais dans ces sacrifices il se fait chaque année une commémoration des péchés.
  La conscience ne peut être purifiée que lorsque l'homme a l'assurance que ses péchés ne le séparent plus de Dieu, lorsqu'il est pleinement réconcilié avec lui.

Or, c'est là ce que les sacrifices cérémoniels ne pouvaient opérer par eux-mêmes ; (Hébreux 10.1-4 ; 9.14, note) autrement, si ceux qui les présentent étaient une fois purifiés, on aurait cessé de les offrir ; mais bien au contraire, ils étaient chaque année une commémoration des péchés et de la redoutable vérité que le péché mérite la mort. Ils devaient donc faire soupirer les âmes sérieuses après le pardon par la rédemption véritable.

- On pourrait objecter à ce raisonnement (Hébreux 10.2) que même si les sacrifices cérémonials avaient pu rendre parfaits ceux qui les offraient, il aurait pourtant fallu recourir toujours de nouveau à ce moyen de réconciliation, puisqu'il y avait toujours de nouveaux péchés à expier. Oui, mais cela encore montre l'entière insuffisance de ces sacrifices.

Le péché, dans sa nature, pris à sa racine, est un : il est un état de révolte de la volonté humaine contre Dieu ; les péchés d'action ne sont que les manifestations diverses de ce péché unique. Or, il fallait que ce péché initial fût expié et vaincu, pour que les autres péchés, dont il était la source, pussent être pardonnés et détruits. Tant que cela n'avait pas lieu, les sacrifices, loin d'ôter ces péchés, ne faisaient que rappeler leur présence et leur culpabilité. (Hébreux 10.3)

10.4 Car il est impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés.
  L'auteur, comme conclusion de ce qui précède, et pour préparer ce qui va suivre, exprime encore une fois, sans autre preuve, cette vérité évidente par elle même, et qui ressort du contraste des termes : le sang de taureaux et de boucs ! et ôter les péchés !

Où serait le lien de causalité entre ces deux choses ? Le péché est dans la volonté humaine, c'est là qu'il devait être guéri, or, l'auteur va présenter Celui qui peut le guérir. (Hébreux 10.5-7)

10.5 C'est pourquoi, entrant dans le monde, il dit : Tu n'as point voulu de sacrifice ni d'offrande, mais tu m'as formé un corps.
  Qui ? Dans le Psaume qui va être cité, c'est David, dans l'application qu'en fait notre auteur, c'est Christ. Christ dit ces paroles en entrant dans le monde, par où les uns entendent son incarnation, (1Timothée 1.15) d'autres, avec moins de vraisemblance, le moment où il entra dans son ministère.

Notre auteur veut simplement exprimer par sa citation le but pour lequel Christ est venu dans le monde : se dévouer par le sacrifice de lui même.

10.7 Alors j'ai dit : Voici, je viens (dans le rouleau du livre il est écrit de moi), pour faire, ô Dieu ! ta volonté.
  Christ, le vrai sacrificateur de lui même, est opposé à tous les sacrifices. Dans le Psaume cité, (Psaumes 40.7-9) parle un homme qui s'offre librement à Dieu pour faire la volonté de Dieu : Voici, je viens !

Le psalmiste lui-même reconnaît l'insuffisance de tous les sacrifices pour le péché : Tu n'y prends point plaisir, dit-il à Dieu, lorsqu'ils ne sont qu'un acte cérémoniel ; ce que tu veux, c'est l'obéissance, et c'est pourquoi "tu m'as ouvert les oreilles," tu m'as rendu attentif et obéissant. (Comparer Esaïe 50.5, où ces mots ont le même sens.)

D'autres traduisent : "tu m'as percé les oreilles," et voient dans ces mots une allusion à l'usage de percer l'oreille à l'esclave qui voulait, lieu d'accepter sa liberté, se consacrer pour toujours à son maître. (Exode 21 ; 5,6)

Le psalmiste en conclut qu'il doit consacrer à Dieu sa vie dans une sainte obéissance : Alors j'ai dit, voici je viens, je viens moi-même, et non en mettant des victimes à ma place, car c'est là ce que tu requiers en ta loi ; dans le rouleau du livre, c'est-à-dire dans la loi écrite sur des bandes de parchemin enroulées sur une baguette, (le terme grec désigne proprement le bouton qui terminait cette baguette et, par extension, le rouleau entier) il est écrit pour moi "il m'est prescrit," ou, comme l'entend ici notre auteur en appliquant la parole au Messie, il est écrit de moi, il est annoncé que tels seraient mon obéissance et mon dévouement, "mon Dieu, j'ai pris plaisir à faire ta volonté, et ta loi est au dedans de mes entrailles."

Cette vue toute spirituelle du sacrifice était celle des hommes éclairés de l'Ancien Testament. (Comparer Psaumes 50.7-15 ; Psaumes 51.18 et suivants ; Esaïe 1.11 ; Jérémie 6.20 ; 7.21-23 ; Osée 6.6 ; Amos 5.21 et suivants ; Michée 6.6-8 ; 1Samuel 15.22)

Mais de la part du psalmiste, comme de tout pécheur, le sacrifice de soi-même à Dieu est imparfait, entaché de souillures qui le rendent inacceptable aux yeux de Dieu et font qu'il ne peut s'effectuer complètement. Il devait être parfaitement accompli par un représentant de notre humanité, qui pratiquât toute la loi de Dieu et lui offrit le sacrifice entier de sa volonté.

Christ a réalisé cette obéissance sans défaut : c'est pour cela qu'il est entré dans le monde, dans sa bouche l'éternel principe moral, exprimé par le Psaume, a son entière vérité. Dès lors encore, ce principe peut devenir aussi une vérité pour tous ceux qui deviennent un avec Jésus-Christ par une foi vivante.

- La traduction grecque des Septante dont se servait l'auteur, au lieu des mots du Psaume : "Tu m'as ouvert les oreilles," porte ceux-ci : Tu m'as formé un corps.

Que ce soit le texte original des Septante, ou que ce soit une variante qui doive son origine à une faute de copiste (les critiques sont divisés sur cette question, parce qu'en effet quelques anciens manuscrits des Septante portent : "Tu m'as formé les oreilles"), notre auteur cite ici comme toujours la version qu'il avait sous les yeux, sans en corriger les fautes d'après l'hébreu. (Voir l'Introduction)

Calvin remarque à ce sujet : "Les apôtres n'ont pas été si scrupuleux à réciter les propres mots, moyennant qu'ils se gardassent de faussement abuser de l'Ecriture à leur profit."

10.9 il a dit alors : Voici, je viens pour faire ta volonté. Il abolit le premier pour établir le second.
  Les versets Hébreux 10.8,9 répètent, en l'abrégeant et en l'expliquant, la citation renfermée à Hébreux 10.5-7.

Le grand fait que proclament les paroles divines est si important aux yeux de l'auteur, qu'il éprouve le besoin d'y insister pour arriver à cette conclusion : il abolit le premier, c'est à dire les sacrifices et les offrandes, et il établit le second, savoir son propre sacrifice, (Hébreux 10.10) auquel l'écriture donne ici, comme partout, le caractère d'une parfaite obéissance. (Comparer Philippiens 2.8, note.)

10.10 C'est par cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes.
  La cause efficiente qui nous sanctifie, nous purifie du péché luimême et de toutes ses suites, c'est la volonté de Dieu (Hébreux 10.9) parfaitement accomplie par Jésus-Christ.

Mais le point culminant de cet accomplissement, le comble de l'obéissance du Sauveur, c'est l'offrande de son corps, son sacrifice sur la croix. Ce n'est pas pour lui-même, en effet, que Jésus Christ accomplit ainsi la volonté de Dieu ; il était venu dans le monde afin de l'accomplir au sein de notre humanité rebelle, et pour notre humanité.

Chaque individu de cette humanité qui s'unit à Christ par une foi vivante devient par là même participant des fruits de cette obéissance, comme s'il l'avait lui-même offerte à Dieu. Bien plus, il entre réellement dans cette obéissance en se consacrant à Dieu en Jésus-Christ. Membre du corps de Christ, il passe partout où a passé son Chef, pour parvenir là où il est. Aussi l'auteur dit il littéralement : "c'est dans cette volonté que nous sommes sanctifiés."

Rien de plus remarquable que l'insistance avec laquelle notre épître revient sur ce sacrifice unique du Sauveur, afin d'en bien établir la parfaite suffisance et d'exclure à jamais tout autre sacrifice pour le péché. (Hébreux 10.12,14 ; 7.27 ; 9.12,25,26,28, note.)

10.11 Et tandis que tout sacrificateur se tient chaque jour debout, faisant le service, et offrant souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés,
  Comparer Hébreux 10.1-4 ; 9.9,10.

Le verbe traduit par ôter le péché est composé d'une préposition qui lui donne le sens d'enlever complètement.

- Au lieu de sacrificateur, A, C, portent souverain sacrificateur.

- Se tient debout : à Hébreux 10.12, il est dit du Christ qu'il s'est assis pour toujours.

10.12 lui, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu,
  Comparer Hébreux 4.14, note ; Hébreux 9.12,24 ; 1.3 ; 8.1.
10.13 attendant désormais jusqu'à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds.
  Christ a tout accompli, son œuvre de médiateur (Hébreux 10.12) est achevée ; il attend, (Jacques 5.7) laissant Dieu agir jusqu'à ce que tous ses ennemis soient mis sous ses pieds.

L'auteur annonce ce dernier triomphe dans les termes du Psaumes 110.1. (Comparer Hébreux 1.13)

10.14 Car par une seule offrande il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés.
  Comparer sur cette oblation unique Hébreux 10.12, note, et les passages cités ; sur notre sanctification par le sacrifice du Sauveur, Hébreux 10.10, 1re note ; sur le mot amener à la perfection, consommer, Hébreux 5.9, note.
10.17 et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités.
  L'auteur a déjà cité ces paroles de Jérémie 8.8-12 pour en montrer l'accomplissement complet dans la nouvelle Alliance.

Mais ici, il en appelle aux paroles du prophète, comme à un témoignage du Saint-Esprit, (Hébreux 10.15) pour prouver que la rémission des péchés est assurée par le sacrifice de Jésus-Christ, et en conclure l'abolition des sacrifices. (Hébreux 10.18)

Les mots : le Seigneur dit (Hébreux 10.16) font partie du texte cité. (Jérémie 31.33, comparez Hébreux 8.10)

Aussi plusieurs, pour faire suite aux mots du Hébreux 10.15 : après avoir dit, sous-entendent-ils au commencement de Hébreux 10.17 : il ajoute.

L'ensemble de la citation est dès lors comme suit : "Car après avoir dit : Voici l'alliance que je ferai avec eux après ces jours-là, dit le Seigneur ; je mettrai mes lois dans leur cœur et je les écrirai dans leur entendement," il ajoute : "et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités." Cette dernière proposition est ainsi mise en relief, ce qui est conforme au but de la citation. (Comparer Hébreux 10.11,14)

Mais notre auteur écrit avec trop de soin pour avoir omis les mots : "il ajoute," qui étaient nécessaires pour répondre à l'expression de Hébreux 10.15 : après avoir dit. Il est donc plus probable qu'il a pris à son compte les termes de la citation : le Seigneur dit, et que c'est par eux qu'il achève sa phrase.

10.18 Or, là où il y a rémission des péchés et des iniquités, il n'y a plus d'offrande pour le péché.
  Grec : Rémission de ceux-ci, c'est à dire "des péchés et des iniquités." (Hébreux 10.17)

- Voilà où l'auteur voulait en venir en insistant sur le sacrifice unique du Sauveur. (Hébreux 10.12, note.) Ce sacrifice étant parfaitement suffisant pour l'expiation et le pardon du péché, il ne peut plus être question d'autres sacrifices.

L'auteur voulait ainsi convaincre ses lecteurs hébreux qu'ils avaient tout en Christ et en son œuvre, et qu'ils n'avaient point à regretter les institutions mosaïques et leurs sacrifices. Sa démonstration, qui remplit Hébreux 8,Hébreux 9 et Hébreux 10, est complète, très concluante et propre à confondre l'erreur qui consiste à nier la nécessité du sacrifice de Jésus, la valeur expiatoire de sa mort.

Enfin, il ressort de son enseignement que l'Eglise romaine est retournée au point de vue de l'Ancien Testament en instituant le sacrifice sans cesse répété de la messe. Elle s'est mise en opposition directe avec les paroles les plus claires de notre épître, elle laisse croire que le sacrifice offert une seule fois en Golgotha ne suffit pas pour assurer le salut des pécheurs ; elle nie la grande vérité que tous les péchés ne sont dans leur source qu'un seul péché, (Hébreux 10.3, note) et que ce péché a été expié et détruit par la croix de Christ.

Et comme dans cette erreur l'homme n'acquiert aucune connaissance profonde du péché, il ne parvient point non plus à la justification par la foi, ni à une sanctification véritable de tout son être ; mais, captif, sous ce nouveau judaïsme, il se sent poussé, par l'inquiétude et le trouble où le jette chaque faute isolée, vers l'institution sacerdotale qui offre à Dieu un sacrifice imaginaire, comme si le vrai sacrifice d'expiation n'avait jamais eu lieu. Cette erreur est toute semblable à celle que l'auteur combat ici chez ses lecteurs, et il n'est aucun de ses arguments qui n'en soit la plus évidente condamnation.