1. C'est pourquoi, frères saints, participants de la vocation céleste, considérez l'apôtre et souverain sacrificateur que nous confessons, Jésus, 2. qui est fidèle à celui qui l'a établi dans sa maison, comme Moïse aussi le fut. 3. Car il a été jugé digne d'une gloire d'autant supérieure à celle de Moïse, que celui qui a construit la maison a plus d'honneur que la maison. 4. Car toute maison est construite par quelqu'un ; mais celui qui a construit toutes choses, c'est Dieu. 5. Et tandis que Moïse a été fidèle dans toute sa maison, comme serviteur, pour rendre témoignage des choses qui devaient être annoncées, 6. Christ l'est comme Fils sur sa maison ; et c'est nous qui sommes sa maison, si nous retenons ferme jusqu'à la fin l'assurance et l'espérance qui est notre sujet de gloire.
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NOTES
| 3.1 |
C'est pourquoi, frères saints, participants de la vocation céleste, considérez l'apôtre et souverain sacrificateur que nous confessons, Jésus, |
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Chapitre 3.
1 à 6 Exorde. - Jésus et Moïse dans la maison de Dieu.
Comme conclusion de ce qui précède sur l'incarnation, les souffrances et la sacrificature de Christ, l'auteur exhorte ses frères à considérer la fidélité du Médiateur de la nouvelle Alliance, qui est plus grand que Moïse dans la maison de Dieu.
Les versets Hébreux 3.1-6 ne sont pas un développement doctrinal, destiné à établir la supériorité de Jésus sur Moïse, comme Hébreux 1.1-14 établissait sa supériorité sur les anges. Celle-ci emportait logiquement celle-là, qui n'avait plus besoin d'être démontrée, la première étant prouvée. Si, dans l'exorde de sa parénèse, l'auteur insiste sur la supériorité de Christ, comparé à Moïse, c'est pour donner plus de force à son exhortation : tenez ferme votre espérance fondée sur lui. (Hébreux 3.6)
Comparer Hébreux 2.11 ; Romains 1.7 ; 1Corinthiens 1.2 ; 2Corinthiens 1.1, notes.
Vous qui avez part avec nous à le vocation céleste. Elle est céleste, parce qu'elle nous est adressée du ciel, d'où Dieu nous envoie son Fils, et parce qu'elle nous invite à diriger nos pas vers le ciel. Comparer Hébreux 12.25 ; Romains 1.7 ; Philippiens 3.14, notes.
Grec : De notre confession.
Plusieurs entendent ce mot du contenu de la foi chrétienne, des enseignements et des croyances qui se rapportent à Christ ; la confession chrétienne serait ici opposée à la confession mosaïque des Juifs. Mais le mot employé désigne dans le Nouveau Testament, et dans notre épître en particulier, l'acte de confesser sa foi. C'est pourquoi nous traduisons avec Luther et la plupart des interprètes modernes : "Considérez l'apôtre et le souverain Sacrificateur que nous confessons." (Comparer Hébreux 4.14 ; 10.23 ; 2Corinthiens 9.13 ; 1Timothée 6.12,13)
- L'auteur donne ici à Jésus le titre inusité d'apôtre. Ce nom, il l'entend dans sa signification première d'envoyé. Jésus est l'envoyé de Dieu, comme ses douze disciples furent ses envoyés. (Jean 20.21)
Quand il déclare si souvent que "le Père l'a envoyé," (Jean 5.36 ; 10.36) il se sert du verbe d'où dérive le mot apôtre. Ce titre résume les déclarations précédentes, que Dieu a parlé par son Fils, (Hébreux 1.1,2) qui est supérieur aux anges "envoyer pour servir en faveur de ceux qui doivent hériter du salut," (Hébreux 1.14) et par lequel l'Evangile a d'abord été annoncé (Hébreux 2.3)
De plus, en qualifiant Jésus d'apôtre, l'auteur introduit la comparaison qui va suivre entre Christ et Moïse. Moïse fut l'envoyé de Dieu dans l'ancienne Alliance, Christ l'est dans la nouvelle ; il est celui que Moïse avait annoncé à son peuple par ces mots : "L'Eternel te suscitera un prophète semblable à moi." (Deutéronome 18.15)
- Mais Christ a un autre office, que Moïse ne remplissait pas, et dont Aaron était chargé : celui de souverain sacrificateur. Ce nom déjà donné à Jésus, (Hébreux 2.17) rappelle ce qui a été dit de son uvre dans Hébreux 2.6-18, et prépare ce qui sera abondamment développé dans la suite. (Hébreux 4.14-5.10 ; 8.1-10.18)
Les deux fonctions d'apôtre et de souverain sacrificateur sont étroitement unies (un seul article régit les deux titres) ; elles présentent les deux faces de l'uvre de Jésus. L'auteur les rappelle pour relever l'importance de la "fidélité" dont Jésus a fait preuve (Hébreux 3.2) et qu'il invite ses lecteurs à considérer.
- Il faut remarquer que, dans tout ce parallèle entre Jésus-Christ et Moïse ou les souverains sacrificateurs israélites, la comparaison ne porte nullement sur les personnes (il n'y aurait là aucune comparaison possible), mais sur leurs offices respectifs. |
| 3.2 |
qui est fidèle à celui qui l'a établi dans sa maison, comme Moïse aussi le fut. |
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On traduit ordinairement : "fidèle à celui qui l'a établi, comme Moïse aussi l'était dans toute sa maison," et l'on voit dans notre verset une citation de Nombres 12.7, où la version des Septante porte : "mon serviteur Moïse, dans toute ma maison, il est fidèle."
Ce passage est certainement cité à Hébreux 3.5. mais nous doutons qu'il le soit déjà dans notre verset. En effet, l'adjectif toute, devant maison, manque dans B. des versions et des Pères. Si, avec des éditeurs et des interprètes récents, on le tient pour inauthentique, il vaut mieux construire la phrase, comme suit : faire de "dans la maison de lui," le complément des mots : Jésus qui est fidèle.
Quelque construction qu'on adopte, la maison dont il est parlé ne peut être la maison de Moïse, ni celle de Jésus, mais celle de Dieu, qui a établi Jésus. Il faut traduire qui l'a établi, quoiqu'il y ait dans le grec : qui l'a fait.
Le sens est : qui l'a constitué Apôtre et souverain Sacrificateur. Ce sens ressort de Hébreux 3.1, et du complément : dans sa maison, qui suggère l'ides d'un intendant. Comparer Actes 2.36 "Dieu a fait Seigneur et Christ, ce Jésus..." Le même verbe est employé par les Septante dans 1Samuel 12.6, où il désigne l'investiture de Moïse et d'Aaron. (Comparer Marc 3.14)
On ne saurait entendre ce mot de la génération éternelle du Fils par le Père ; encore moins faut-il traduire comme Rilliet : "à celui qui l'a créé," car ce serait attribuer à l'auteur l'hérésie d'Arius, qui est contredite par les affirmations de Hébreux 1.3. |
| 3.3 |
Car il a été jugé digne d'une gloire d'autant supérieure à celle de Moïse, que celui qui a construit la maison a plus d'honneur que la maison. |
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Le mot maison, dans toutes les langues, et en particulier dans l'écriture, désigne non seulement un bâtiment, mais aussi ceux qui l'habitant, la famille ; et par extension, ce terme est appliqué à la famille de Dieu, au peuple qu'il s'est choisi, à son royaume. Moïse n'était lui-même qu'un membre de ce peuple de Dieu, quoique l'un des plus considérables.
Combien plus grand est le Fils de Dieu, qui a construit la maison, qui est le vrai fondateur de la famille et du règne de Dieu sur la terre ! Il ne fait partie de la famille, lui, que parce qu'il a bien voulu devenir notre frère aîné. (Hébreux 2.11)
Si Moïse peut être comparé à Jésus sous le rapport de la fidélité, il lui est bien inférieur pour l'honneur qui lui revient. C'est ce que relève ce verset, en même temps qu'il donne un nouveau motif (car) de "considérer Jésus." (Hébreux 3.1) Il a été jugé digne d'une gloire supérieure.
Celui qui l'a jugé digne, c'est Dieu. Son jugement a une valeur permanente (verbe au parfait). Il s'est manifesté par l'élévation de Jésus dans la gloire céleste. (Hébreux 2.7-9)
- Le mot traduit par construire, ici et au verset suivant, n'exprime pas seulement l'acte de bâtir une maison, mais celui de l'arranger, de l'organiser, de la munir des meubles et des serviteurs qu'elle doit avoir pour répondre à son but. (1Pierre 3.20)
La comparaison entre celui qui construit la maison et la maison elle-même est tout à fait générale. C'est trop presser les termes, et prêter à l'auteur des idées qu'il n'exprime pas formellement, que de dire avec Weiss : la maison, c'est l'institution de l'ancienne Alliance : celui qui l'a construite, c'est Christ ; donc l'auteur attribue au Christ préexistant un rôle dans la fondation et la conduite de l'Alliance préparatoire, comme il lui en avait attribué un dans la création du monde. (Hébreux 1.2)
Non, l'auteur ne dit pas quelle maison Christ a construite ; il dit seulement qu'il est en qualité de Fils le constructeur de sa maison, qui peut être aussi bien, et qui est probablement d'après Hébreux 3.6, l'institution de la nouvelle Alliance, tandis que Moïse fait seulement partie de la maison de l'ancienne Alliance étant l'un des serviteurs qui la constituent. (Hébreux 3.5) |
| 3.4 |
Car toute maison est construite par quelqu'un ; mais celui qui a construit toutes choses, c'est Dieu. |
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L'auteur vient d'attribuer à Christ le rôle de constructeur de la maison ; (Hébreux 3.3) mais ce rôle n'appartient-il pas exclusivement à Dieu ? n'est-ce pas Dieu qui a parlé à Moïse et qui a institué l'Alliance du Sinaï ? n'est-ce pas Dieu qui a seul qualité pour fonder une nouvelle Alliance ?
Ecrivant à des "Hébreux" qui, dans leur strict monothéisme, étaient jaloux de toutes les prérogatives de Dieu, l'auteur avait intérêt à écarter cette objection, avant de poursuivre sa comparaison. Il le fait par l'incidente de Hébreux 3.4. Il se justifie d'abord d'avoir désigné Christ (Hébreux 3.3) comme constructeur de sa maison : il était naturel qu'il se demandât qui a construit la maison de Christ, car toute maison est construite par quelqu'un ; puis il montre qu'en attribuant ce rôle à Christ, il ne porte pas atteinte à la suprématie de Dieu.
Ce n'en est pas moins Dieu qui a construit toutes choses (non : l'univers, mais, d'après la leçon de Sin., B. A, C, D, toutes les maisons, avec ce qui les remplit), il demeure le constructeur invisible et toutpuissant, dont les constructeurs visibles ne sont que les instruments.
Appeler Jésus le fondateur de l'Alliance, c'est bien, en un sens, lui donner un rôle qui appartient à Dieu, mais comme le Fils n'est que le représentant du Père auquel il est subordonné, Dieu demeure Celui qui a construit toutes choses.
Paul exprime des pensées analogues, en disant de Jésus : "Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui ;" (Colossiens 1.19) "il a tout mis sous ses pieds, et l'a donné pour chef suprême à l'Eglise, qui est son corps." (Ephésiens 1.22) Et Jésus lui-même dit : "Comme le Père a la vie en lui même, il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même." (Jean 5.26) Et il ajoute : "le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu'il ne le voie faire au Père." (Jean 5.19)
Cette explication de notre verset, indiquée par Calvin, est reproduite, avec des nuances, par la plupart des commentateurs. Elle nous paraît la plus conforme à la marche de la pensée.Nos précédentes éditions préféraient une interprétation émise par les Pères grecs, qui a compté de tous temps des partisans. Elle consiste à faire du mot Dieu,non le sujet, mais l'attribut de la seconde proposition du verset, et à traduire celle-ci : "Or celui qui a construit toutes choses est Dieu."
L'auteur alors affirmerait que Christ, qui a construit toutes choses, c'est-à-dire organisé toute l'économie mosaïque, est Dieu. La marche de la pensée serait alors la suivante : Toute maison a été construite par quelqu'un : la maison de Dieu, telle qu'elle parut au temps de Moïse, ne s'est pas élevée toute seule ; Moïse ne l'a pas fondée par sa propre sagesse et sa propre force. Si nous demandons qui l'a construite (et cette question s'impose à nous), nous ne lui trouvons d'autre auteur que le Fils, en qui habitait la plénitude de Dieu. Or celui qui exerce une telle prérogative est Dieu. On fait valoir en faveur de cette explication que Christ est le sujet dans les versets Hébreux 3.3,6, que c'est à lui, en le désignant comme constructeur de la maison, que l'auteur compare Moïse le serviteur, que par conséquent il doit être aussi à Hébreux 3.4, celui qui construit toutes choses.
Mais il n'est pas probable que l'auteur ait voulu désigner Christ par ces derniers mots, ils font penser tout naturellement à Dieu. Pour qu'on les rapportât à Christ, il faudrait que l'auteur eût dit qu'il considérait celui-ci comme le fondateur de l'alliance mosaïque, ce qu'il ne fait pas expressément. (Hébreux 3.3, note.) Aurait-il d'ailleurs énoncé cette grande affirmation, que Christ est Dieu, dans une simple incidente ?
Enfin la proposition générale : toute maison a été construite par quelqu'un, dont la raison d'être n'apparaît pas d'emblée, s'explique mieux dans le premier système d'interprétation que dans le second. |
| 3.6 |
Christ l'est comme Fils sur sa maison ; et c'est nous qui sommes sa maison, si nous retenons ferme jusqu'à la fin l'assurance et l'espérance qui est notre sujet de gloire. |
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Les versets Hébreux 3.5,6 (6a) expriment sans image (comparez Hébreux 3.3) quelle est la position respective de Moïse et de Christ dans leurs maisons et en quoi consiste la supériorité du second.
Moïse a été fidèle dans toute sa maison, la maison de Dieu, (Nombres 12.7) comme serviteur (grec) en témoignage des choses qui devaient être dites, c'est-à-dire comme un serviteur chargé de rendre témoignage des choses qui devaient être dites, suivant les uns : par Dieu à Moïse qui les répéterait au peuple, (comparez Nombres 12.8) suivant d'autres : par Christ, dont Moïse préparaît la venue.
Toutes les institutions mosaïques, en effet, avaient un sens prophétique et témoignaient par avance, en paroles et en types, des choses qui devaient être pleinement annoncées dans l'accomplissement des temps par Jésus-Christ, le vrai révélateur de Dieu.
De même que Moïse, Christ (et non Jésus, comme Hébreux 3.1, parce que le Sauveur est entré dans sa gloire, d'où il gouverne l'Eglise) est fidèle comme Fils sur sa maison. La phrase n'a point de verbe. Aussi plusieurs sous-entendent-ils : Christ a été établi comme Fils sur sa maison. Cette position de Fils qui commande à toute la maison est le dernier trait du parallèle d'où ressort la supériorité de l'office de Jésus-Christ sur celui de Moïse.
Par nous, l'auteur entend tous les vrais chrétiens, qui composent la maison spirituelle du Seigneur. (Comparer Ephésiens 2.19-22 ; 1Pierre 2.5) Ce qui leur donne ce privilège, ce n'est pas d'être nés au sein du peuple élu, mais la ferme assurance de la foi en Christ, fidèle Apôtre et souverain Sacrificateur, (Hébreux 3.1) et l'espérance dont ils font leur grand sujet de gloire (grec la glorification de l'espérance, qui appartient à l'espérance.)
L'important, maintenant, pour ceux qui ont cru, c'est de retenir jusqu'à la fin cette glorieuse espérance, pensée directement applicable aux premiers lecteurs de l'épître. De là encore la sérieuse exhortation des versets suivants.
De nombreux exégètes appliquent à Dieu le mot sa maison, aussi bien à Hébreux 3.5,6 qu'à Hébreux 3.2. Si cette relation est certaine à Hébreux 3.2,5. à cause de l'allusion à Nombres 12.7, elle est probable aussi à Hébreux 3.6. |
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