Jean   1.19  à  1.34

19. Et c'est ici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites pour lui demander : Toi, qui es-tu ? 20. Il déclara, et ne nia point, il déclara : Moi, je ne suis point le Christ. 21. Et ils lui demandèrent : Quoi donc ? Es-tu Elie ? Et il dit : Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non. 22. Ils lui dirent donc : Qui es-tu ? afin que nous rendions réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même ? 23. Il dit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Dressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Esaïe. 24. Et ceux qui avaient été envoyés étaient d'entre les pharisiens. 25. Et ils l'interrogèrent encore et lui dirent : Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es point le Christ, ni Elie, ni le prophète ? 26. Jean leur répondit en disant : Moi, je baptise d'eau ; mais au milieu de vous se trouve Celui que vous ne connaissez point, 27. Celui qui vient après moi, qui m'a précédé ; et moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. 28. Ces choses se passèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.

29. Le lendemain, il voit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. 30. C'est celui dont j'ai dit : Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi. 31. Et moi je ne le connaissais pas ; mais c'est afin qu'il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d'eau. 32. Et Jean rendit témoignage en disant : J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il est demeuré sur lui. 33. Et moi je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau, celui-là m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui qui baptise de l'Esprit-Saint. 34. Et moi je l'ai vu, et j'ai rendu témoignage que celui-là est le Fils de Dieu.

PLAN
  1. Jean répond aux délégués du sanhédrin
    a) Il dit ce qu'il est : L'évangéliste rapporte le témoignage que Jean rendit en présence d'une députation du sanhédrin venue pour l'interroger. Jean déclare n'être point le Christ ni Elie ni le prophète ; il est la voix de Celui qui crie dans le désert, selon la parole d'Esaïe. (19-23.)
    b) Il justifie son baptême et dénonce la présence du Messie : Questionné par les pharisiens au sujet du rite qu'il pratique, il dit que son baptême d'eau n'est qu'un symbole préparatoire, mais que Celui qu'il annonce est déjà là au milieu d'eux. Cet entretien eut lieu à Béthanie. (24-28.)
  2. Jean désigne Jésus
    Le lendemain, Jésus venant à lui, Jean le désigne comme l'Agneau de Dieu. Il affirme que Jésus était avant lui, qu'il a vu l'Esprit descendre et s'arrêter sur lui, et que, de cette manière, Dieu le lui a fait connaître. Sur la foi de ce signe, il atteste que Jésus est le Fils de Dieu. (29-34.)
NOTES
1.19 Et c'est ici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites pour lui demander : Toi, qui es-tu ?
  PREMIERE PARTIE 1 :19 à 4 :54

LE FILS DE DIEU.

Le Fils de Dieu désigné par Jean-Baptiste et reconnu par les premiers disciples. 1 :19 à 2 :11

Jean-Baptiste présente Jésus comme le Fils de Dieu.

19 à 34 Deux témoins de Jean.

Le prologue étant clos, l'évangéliste commence sa narration en rapportant le témoignage de Jean-Baptiste. Les synoptiques, de même, placent en tète de la leur le ministère du Précurseur. Mais tandis qu'ils rapportent la prédication que Jean adressait au peuple pour lui annoncer la venue prochaine du royaume de Dieu et l'émouvoir à la repentance, notre évangéliste ne nous a conservé que les paroles par lesquelles Jean a présenté Jésus à Israël et l'a désigné à ses disciples comme le Fils de Dieu. Il introduit son récit simplement par la particule et, s'en référant au verset 15, où ce témoignage de Jean a été invoqué comme un argument pour la foi. Il va dire à quel moment et dans quelles circonstances ce témoignage avait été rendu.

- L'occasion du premier témoignage de Jean-Baptiste fut une députation de membres du sanhédrin, envoyés auprès de lui pour s'enquérir de son autorité Nous rencontrons ici pour la première fois cette expression : les Juifs, qui revient fréquemment dans le quatrième évangile. Désignant primitivement les membres de la tribu de Juda, ce terme avait été étendu, depuis l'exil, à tout ce qui restait du peuple de Dieu. Jean l'emploie tantôt dans ce sens général, comme synonyme d'Israélite, (Jean 2.6,13 ; 3.1 ; 7.2) tantôt en lui attribuant une signification religieuse, en l'appliquant au peuple incrédule et rebelle à la prédication de l'Evangile, spécialement aux autorités de Jérusalem, dans lesquelles se concentrait cette résistance (Jean 2.18 ; 5.10,15,16 ; 6.41,52 ; 7.11,13 ; 11.45, etc.)

On a allégué l'emploi de cette expression les Juifs, et le sens défavorable qui s'y trouve attaché, pour prouver que l'auteur n'était pas lui même d'origine juive. Mais à l'époque où Jean écrivait, après la ruine de Jérusalem et la dispersion des Juifs, ceux-ci ne formaient plus une nation.

L'appellation de Juifs avait pris une signification plus religieuse que politique. Il était naturel que Jean l'appliquât à une communauté à laquelle il n'appartenait plus, de laquelle au contraire, Il était séparé profondément par sa qualité de disciple de JésusChrist. (Comparer Apocalypse 2.9 ; 3.9 ; 1Thessaloniciens 2.14-16)

La députation se composait de sacrificateurs, membres du sanhédrin, appartenant à la secte des pharisiens, (verset 24) et de Lévites, qui leur servaient d'acolytes et de secrétaires.

C'était donc une délégation officielle et solennelle qui venait poser au Précurseur cette question : Toi, qui es-tu ? L'autorité théocratique avait pour mission de veiller à tous les intérêts religieux de la nation. (Matthieu 21.23)

Or Jean baptisait en vue du royaume messianique ; (verset 25) il excitait une grande attention parmi le peuple (Matthieu 3.5) qui allait le reconnaître pour le Messie ; (Luc 3.15) le sanhédrin ne manquait donc pas de raisons pour lui demander officiellement qui il était, et pour rechercher, en particulier, s'il n'aurait pas peut-être la prétention d'être le Christ.

1.20 Il déclara, et ne nia point, il déclara : Moi, je ne suis point le Christ.
  Il n'est pas rare que l'évangéliste, voulant accentuer fortement une pensée, l'exprime à la fois sous forme négative et positive.

C'est ce qu'il fait ici, pour dire que le Précurseur déclara sans hésiter et nettement qu'il n'était pas le Christ.

Selon le texte reçu, il faudrait traduire : "je ne suis point le Christ."

Une variante de Sin., B, A, C, Itala présente ainsi l'ordre des mots : moi, je ne suis point le Christ, ou : ce n'est pas moi qui le suis. C'était dire aux membres de la députation qu'un autre l'était et que cet autre était présent au milieu d'eux.

1.21 Et ils lui demandèrent : Quoi donc ? Es-tu Elie ? Et il dit : Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non.
  Dans ce rapide dialogue, les questions sont dictées par l'attente, alors générale, d'un envoyé de Dieu. Cette attente, qui avait été excitée par l'apparition de Jean-Baptiste, se reportera plus tard sur Jésus lui-même. (Matthieu 16.14)

- Quoi donc ? demandent-ils, qu'est ce à dire ? que se passe-t-il donc ? (B porte : qu'es-tu donc ?)

Il y a, dans cette question, quelque impatience.

- Jean-Baptiste nie qu'il soit Elie. Il est vrai qu'il le représentait spirituellement (Malachie 4.5 ; comparez Luc 1.17 ; Matthieu 11.14 ; 17.11,12) ; mais comme les délégués du sanhédrin, dans leurs vues charnelles pensaient à un retour personnel d'Elie, il pouvait répondre négativement, car il n'était pas Elie dans le sens qu'ils donnaient a ce mot.

- Leur dernière question : Es-tu le prophète ? (non "un prophète"), était inspirée par Deutéronome 18.15.

Dans ce prophète que Dieu promettait par la bouche de Moïse, les uns voyaient le Christ lui même ; (Jean 1.46 ; 6.14 ; Actes 3.22 ; 7.37) d'autres, seulement l'un de ses précurseurs. (Jean 7.40,41) Cette dernière opinion était celle des députés du sanhédrin.

Jean-Baptiste répond encore non, parce que, dans son humilité, il ne veut pas se proclamer lui-même un prophète "semblable à Moïse."

- "Il repousse loin de lui-même tous les hommages, afin de confesser Christ et de conduire à Christ ceux qui l'interrogent." Bengel.

1.23 Il dit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Dressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Esaïe.
  Esaïe 40.3, d'après les Septante, sauf qu'on trouve ici dressez, au lieu de préparez le chemin.

Les mots : dans le désert peuvent se rapporter, en grec comme en hébreu, soit à la phrase qui précède : voix de celui qui crie, soit au verbe qui suit : dresser.

(Voir sur cette prophétie Matthieu 3.3 ; Marc 1.2 ; Luc 3.4, notes.)

1.24 Et ceux qui avaient été envoyés étaient d'entre les pharisiens.
  L'évangéliste relève maintenant seulement le fait que les délégués étaient des pharisiens, parce que leur attitude hostile va s'accuser dans la question suivante.

Sin., B, A, C présentent une variante qui pourrait se traduire : et ils avaient été envoyés de la part des pharisiens.

Cette variante paraît provenir d'une erreur de copiste. Même en l'admettant, on peut voir dans le texte un hébraïsme qu'il faudrait rendre par : "des pharisiens avaient été envoyés." (Comparer Jean 16.17)

1.25 Et ils l'interrogèrent encore et lui dirent : Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es point le Christ, ni Elie, ni le prophète ?
  Les pharisiens ne se contentent pas de la réponse de Jean, (verset 23) qu'ils trouvent sans doute trop vague pour lui donner des titres à sa mission.

Rigoureux observateurs de la loi et des traditions reçues, ils sont indignés que Jean se permette une innovation comme celle du baptême, puisqu'il déclare lui-même qu'il n'est, ni le Christ, ni Elie, ni le prophète. Pourquoi donc baptises-tu ?

Par cette question, ils pensent le convaincre d'une usurpation de pouvoirs.

1.27 Celui qui vient après moi, qui m'a précédé ; et moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure.
  Par ces mots : Moi je baptise d'eau, Jean oppose à son humble personne le Messie qui va se manifester ; il se hâte de diriger l'attention de ses interlocuteurs sur Celui qui déjà se trouve au milieu d'eux, qu'ils ne connaissent point.

Lui substituera au baptême d'eau, pratiqué par Jean et qui n'a qu'un caractère préparatoire, le vrai baptême, le baptême de l'Esprit-Saint, (verset 33) ou, comme il est appelé dans Matthieu 3.11, (4e note) le baptême "d'Esprit Saint et de feu."

Ainsi le Précurseur se place sous l'autorité du Christ dont la présence justifiait et rendait nécessaire son baptême d'eau ; car celui ci, comme baptême de repentance, devait préparer les âmes à la foi.

- Quant au paroles qui suivent, voir verset 15, 2e note. Les mots : qui m'a précédé, (grec qui a été là avant moi), manquent dans Sin., B, C, mais au verset 30, Jean reproduit ce témoignage et il est naturel de supposer qu'il le fait dans des termes identiques à ceux qu'il avait employés : or les mots incriminés se lisent au verset 30.

- Après avoir précisé sa mission, le Précurseur s'humilie profondément devant Celui qu'il annonce ; il n'est pas même digne de lui rendre le service d'un esclave, en déliant la courroie de sa chaussure. (Marc 1.7 ; Luc 3.16)

1.28 Ces choses se passèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.
  Les témoignages sont presque unanimes en faveur du nom de Béthanie et contraires à celui de Béthabara, qui se lit dans le texte reçu.

Origène rapporte qu'il ne trouva point de Béthanie au delà du Jourdain mais bien un lieu nommé Béthabara, que la tradition désignait comme celui où Jean baptisait.

Mais il reconnaît que presque tous les manuscrits de son temps portaient Béthanie. Il est probable que sous l'influence de ce Père la leçon Béthabara fut substituée à la leçon primitive Béthanie.

Au temps de Jean-Baptiste, il a pu se trouver dans cette contrée une localité obscure nommée Béthanie, qui aura été détruite, comme tant d'autres villes et villages, pendant la guerre romaine.

En tout cas, il est impossible de supposer que l'évangéliste ait pu confondre ce Béthanie avec le village de Marthe et Marie, qu'il connaissait si bien, (Jean 11) et qui était situé loin du Jourdain, à une petite distance de Jérusalem et du mont des Oliviers.

- Quelques critiques ont contesté le caractère historique de ce récit. Ils n'y ont vu qu'une amplification de celui de Luc 3.15 et suivants ; (comparez Marc 1.7,8) Mais l'indication précise du lieu, (verset 28) et des députés du sanhédrin (versets 19,24) conduisent a distinguer les deux scènes.

Dans Luc 3.15, le Précurseur annonce, en termes vagues, l'avènement prochain du Messie. Cette déclaration est antérieure au baptême de Jésus. (Luc 3.21)

Le récit de Jean (versets 19-28), où le Précurseur désigne Jésus personnellement, nous transporte à une époque postérieure au baptême et probablement aux quarante jours de la Tentation dans le désert. (Marc 1.12)

C'est ce qui ressort des versets 31-33, où Jean-Baptiste déclare qu'il ne connaissait pas Jésus avant que celui-ci vint lui demander le baptême. Ces mêmes versets détruisent l'opinion de ceux qui ont prétendu que le quatrième évangile ignore le baptême de Jésus, car ils renferment une évidente allusion au récit que les synoptiques font de ce baptême.

1.29 Le lendemain, il voit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.
  Au moment de rapporter un second témoignage que le Précurseur rendit en présence e ses disciples, l'évangéliste en marque le temps précis : le lendemain.

Il donnera de semblables indications aux versets. 37 ; et 44. Le souvenir de ces trois journées consécutives est resté ineffaçable dans le cœur de Jean, car ce furent les jours de sa première rencontre avec Jésus et, par là même, de sa naissance à la foi et à une vie nouvelle.

- Jean voit Jésus qui vient à lui, non point pour être baptisé, le baptême a eu lieu ; mais bien, comme nous l'apprendra la suite de ce chapitre, pour chercher et trouver parmi les disciples de Jean ses premiers disciples. L'évangéliste ne dit pas d'où il venait : il revenait probablement du désert et de sa première lutte avec la puissance des ténèbres (note précédente).

Ces termes, si profonds et si vrais par lesquels Jean-Baptiste présente le Sauveur à ses disciples, peuvent, au premier abord, nous étonner, mais ils n'avaient rien d'inusité pour des Israélites. Et d'abord, cette image : l'Agneau (avec l'article qui dessine un agneau spécial) était bien connue de tout lecteur de l'Ancien Testament. Esaïe (Esaïe 53.7) avait annoncé le serviteur de l'Eternel comme un "agneau qu'on mène à la boucherie, une brebis muette devant ceux qui la tondent ;" et tous les écrivains du Nouveau Testament ont appliqué cette prophétie au Sauveur, comme l'avaient fait, avant eux, plusieurs interprètes juifs.

En ajoutant que c'est là l'Agneau de Dieu, le Précurseur fait comprendre que ce n'est pas l'homme qui s'est donné un Sauveur mais qu'il lui vient de la miséricorde éternelle de Dieu. Peut-être même faut-il remonter plus haut qu'Esaïe pour retrouver l'image sous laquelle il peignait le Libérateur futur de son peuple. C'était par le sang d'un agneau que ce peuple avait été sauvé de la destruction en Egypte ; (Exode 12.13) et dès lors, chaque année, Israël célébrait la Pâque en immolant un anneau, en souvenir de cette délivrance.

Cette idée de l'agneau pascal n'est point étrangère au Nouveau Testament ; (Jean 19.36 ; 1Pierre 1.19) pourquoi le serait-elle au passage qui nous occupe, comme le prétendent plusieurs interprètes qui préfèrent s'en tenir exclusivement à la prophétie d'Esaïe ? Les deux opinions se concilient parfaitement.

- Quoi qu'il en soit, si le Précurseur désigne le Sauveur par cette image d'un agneau, ce n'est point seulement pour indiquer l'innocence et la douceur qui le distinguent, mais afin d'exprimer ce grand fait qui est le but essentiel de sa mission : il ôte le péché du monde. Le verbe que nous traduisons ainsi signifie également porter (Matthieu 11.29 ; 16.24) et ôter (Jean 11.39 ; 17.15 ; 1Jean 3.5)

Ce dernier sens doit être préféré, car si Jean-Baptiste avait désigne seulement le Messie comme portant le péché, l'évangéliste, pour traduire sa parole, se fût servi du verbe employé par les Septante dans Esaïe 53.

Les deux idées, loin de s'exclure, se supposent du reste l'une l'autre. La sainte victime ôte le péché, parce que d'abord elle l'a porté : elle en a fait l'expiation en présence de la justice divine. C'est la grande vérité qui se retrouve clairement enseignée dans la prophétie de, (Esaïe 53.4,5,6,10,11,12) comme dans tout le Nouveau Testament. (Matthieu 8.17 ; Luc 22.37 ; Actes 8.32 ; 1Pierre 1.19 ; 2.24 ; 1Jean 2.2 ; 3.5)

- Le péché (non les péchés) exprime la maladie morale et la culpabilité de l'homme, dans son ensemble, dans son unité réelle et profonde. (Jean 8.21 ; Romains 6.1, etc.)

- Le péché du monde, dit enfin Jean-Baptiste, et cette grande parole élève la pensée jusqu'à l'universalité de l'œuvre de la rédemption qu'accomplira le Sauveur, et qui ne sera révélée aux apôtres eux mêmes que beaucoup plus tard. (Actes 10. ; et 1Jean 2.2)

- Mais cette déclaration du Précurseur est trop lumineuse, trop évangélique, pour que bien des interprètes ne l'aient pas déclarée inadmissible dans sa bouche et n'aient pas soupçonné l'évangéliste de lui avoir prêté sa propre pensée.

Il suffirait peut-être, pour réfuter cette opinion d'observer que Jean-Baptiste était prophète, le plus grand des prophètes, qu'il était éclairé par l'Esprit de Dieu, et qu'il connaissait les Ecritures où se trouvait annoncée à l'avance toute l'œuvre divine du salut, (Esaïe 52.13-15 ; 53.11 ; 19.23-25 ; Genèse 12.3) mais nous préférons rappeler simplement avec Meyer que, comme il le déclare positivement lui même, (verset 33) il avait reçu de Dieu une révélation au sujet du Sauveur qu'il devait annoncer.

1.30 C'est celui dont j'ai dit : Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi.
  Jean-Baptiste répète solennellement, devant ses disciples, le témoignage qu'il avait prononcé en présence de la délégation du sanhédrin, (verset 26) et que l'évangéliste avait invoqué au verset 15. (Voir la 2e note.)
1.31 Et moi je ne le connaissais pas ; mais c'est afin qu'il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d'eau.
  Le Précurseur raconte (versets 31-34) comment il est arrivé à la certitude que Jésus est le Messie. Il justifie ainsi le beau témoignage qu'il venait de lui rendre ; (versets 29,30) ce témoignage reposait exclusivement sur l'ordre et la révélation de Dieu. (verset 33, comparez Luc 3.2)

C'est pour obéir à l'ordre de Dieu qu'il s'était mis à baptiser d'eau, expression qui embrasse tout son ministère comme précurseur. En commençant ce ministère, il savait seulement que le Messie allait être manifesté à Israël et que sa propre vocation consistait à lui préparer les voies.

- Cette déclaration : je ne le connaissais pas, que Jean répète au verset 33, signifie qu'il ne savait pas que Jésus fût le Messie ; pour en être assuré il eut besoin du signe qui lui avait été annonce et qui lui fut donné par Dieu. (versets 33,34)

M. Godet entend ces mots dans un sens absolu et pense que Jean-Baptiste, qui avait vécu dans les déserts, n'avait jamais rencontré Jésus et ne le connaissait même pas comme homme.

Cette supposition n'est pas inadmissible, mais peu probable puisque Jean était parent de Jésus et que leurs familles soutenaient des rapports intimes. (Luc 1.36,39 et suivants)

Mais même appliquée à la messianité de Jésus la déclaration du Précurseur paraît en contradiction avec le récit de, (Matthieu 3.14) où Jean refuse de baptiser Jésus et lui dit : "C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi !"

Comment expliquer ce refus, si Jean ignora que Jésus fut le Messie jusqu'au moment où Jésus, sortant de l'eau, reçut l'Esprit sous une forme visible ?

Meyer pense que Jean eut une sorte de pressentiment prophétique de la messianité de Jésus. M. Godet suppose que Jean eut un entretien intime avec Jésus, avant le baptême, comme il en avait généralement avec ceux qui venaient à lui et qui, à ce moment, confessaient leurs péchés.

Dans cet entretien, Jean-Baptiste fut frappé des dispositions uniques de ce pénitent d'un nouveau genre qui n'avait aucun péché sur la conscience. La vérité qu'il commença d'entrevoir, et qui lui arracha l'humble protestation conserver par Matthieu, lui fut pleinement confirmée par la manifestation divine qui suivit le baptême.

Telle est la manière la plus naturelle de concilier les deux récits. Selon Lücke, il y aurait eu transposition dans le récit de Matthieu : la parole du verset 14 n'aurait été prononcée qu'après le baptême de Jésus.

Cette hypothèse serait confirmée par l'évangile des Hébreux qui rapporte les faits dans cet ordre ; mais c'est là, il faut en convenir, un assez faible témoignage.

1.32 Et Jean rendit témoignage en disant : J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il est demeuré sur lui.
  Ces mots : Et Jean rendit témoignage, sont de l'évangéliste qui interrompt ainsi le discours du Précurseur afin d'introduire d'une manière solennelle son témoignage.

- Jean-Baptiste pouvait dire qu'il avait vu l'Esprit descendre du ciel, parce qu'il se présenta sous une forme visible, "comme une colombe."

Le témoignage de Jean, dans notre évangile, est donc en pleine harmonie avec le récit des synoptiques (Matthieu 3.16 ; Marc 1.9-11,Luc 3.22, voir les notes) et il exclut nettement l'idée de quelques interprètes (Tholuck, Meyer, Astié), que Jean-Baptiste n'aurait eu qu'une vision intérieure, produite par une action de l'Esprit de Dieu sur l'esprit du prophète et n'aurait pas contemplé un phénomène qui tombât sous les sens.

A quoi bon alors ce symbole de la colombe ? C'est sous cette "forme corporelle," (Luc 3.22) qui rappelle le phénomène des langues de feu descendant sur la première Eglise et se posant sur chacun des assistants, (Actes 2.3) que Jean vit l'Esprit descendre et demeurer sur Jésus.

1.33 Et moi je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau, celui-là m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui qui baptise de l'Esprit-Saint.
  Jean-Baptiste tient à répéter qu'il ne connaissait pas Jésus comme le Messie, (verset 31, note) que par conséquent son témoignage ne venait pas de lui, puis il fait remonter la certitude de ce témoignage jusqu'à Dieu lui-même, qui, en l'envoyant remplir sa mission, lui avait donné un signe lui ne devait laisser aucun doute dans son esprit. (verset 34)

- Quelques interprètes pensent que, selon le récit de notre évangéliste, Jésus n'aurait point reçu, lors de son baptême, un don nouveau et spécial du Saint-Esprit, puisqu'il avait toujours été, en tant que Parole faite chair, sous l'influence de cet Esprit.

Le but exclusif de la scène rapportée par Jean-Baptiste aurait été de donner à celui-ci la certitude que Jésus était le Messie.

Cette idée est en contradiction directe avec le récit des synoptiques, suivant lequel les manifestations divines qui se produisent au baptême de Jésus s'adressent à celui-ci en premier lieu (voir les notes), et elle ne saurait être attribuée à l'auteur du quatrième évangile, car elle méconnaît le fait de l'incarnation, point capital du Prologue. (verset 14)

Ce fait, envisagé dans toutes ses conséquences, nous oblige à admettre que Jésus a passé, dans son enfance et sa jeunesse, par un développement religieux et moral (Luc 2.40) il l'accomplit, sans doute, sous l'action constante du Saint-Esprit ; mais cela n'empêcha pas qu'il ne reçût une effusion toute spéciale de cet Esprit à l'heure décisive du baptême, qui marque pour lui une étape importante de sa vie intérieure en même temps que l'entrée dans la carrière messianique.

1.34 Et moi je l'ai vu, et j'ai rendu témoignage que celui-là est le Fils de Dieu.
  Il y a quelque chose de solennel dans les affirmations de ce récit où, trois fois de suite, le Précurseur commence ses déclarations par ce mot : Et moi. (versets 31,33,34)

C'est dans le même but qu'il emploie ici les verbes au parfait (j'ai vu j'ai rendu témoignage), affirmant ainsi un fait accompli, mais permanent dans sa réalité.

- Quant à ce grand nom de Fils de Dieu, il n'a point lieu de surprendre dans la bouche de Jean-Baptiste puisque celui-ci a déjà affirmé la préexistence de la Parole éternelle, (versets 15,30) et qu'il avait du reste entendu une voix des cieux dire de Jésus, au moment de son baptême : "Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je me complais." (Matthieu 3.17 ; Marc 1.11 ; Luc 3.22)

La variante du Sin. et de deux versions syr. : "l'Elu de Dieu," rend plus évidente encore la relation de ce témoignage de Jean avec la scène du baptême.

- Le témoignage du Précurseur eut un résultat immédiat, raconté dans la fin de ce chapitre, et il est resté dans l'Eglise, dont il a affermi la foi, en certifiant la mission divine du Sauveur.

- On s'est demandé comment le Précurseur, après avoir rendu à Jésus ces témoignages si lumineux et si fermes put traverser, dans le fond de sa prison, une heure d'épreuve intérieure telle que nous la racontent Matthieu (Matthieu 11.2 et suivants) et Luc. (Luc 7.18 et suivants, voir les notes)

Il faut connaître bien peu le cœur humain pour estimer qu'une telle contradiction ne saurait se produire dans la vie du même homme.