21. Après avoir dit ces choses, Jésus fut troublé en son esprit, et il rendit témoignage et dit : En vérité, en vérité, je vous dis que l'un de vous me livrera. 22. Les disciples se regardaient donc les uns les autres, ne sachant duquel il parlait. 23. Il y avait à table, couché sur le sein de Jésus, un de ses disciples, celui que Jésus aimait. 24. Simon Pierre lui fait donc signe de demander qui pouvait être celui dont il parlait. 25. Celui-ci, qui était ainsi à table couché sur le sein de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ? 26. Jésus répond : C'est celui pour qui je tremperai le morceau et à qui je le donnerai. Et ayant trempé le morceau, il le prend et le donne à Judas, fils de Simon, l'Iscariot. 27. Et après le morceau, alors, Satan entra en lui. Jésus donc lui dit : Ce que tu fais, fais-le promptement. 28. Mais aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela. 29. Car quelques-uns pensaient que, comme Judas avait la bourse, Jésus lui disait : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête ; ou, qu'il lui commandait de donner quelque chose aux pauvres. 30. Ayant donc pris le morceau, Judas sortit aussitôt. Or il était nuit.
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NOTES
| 13.21 |
Après avoir dit ces choses, Jésus fut troublé en son esprit, et il rendit témoignage et dit : En vérité, en vérité, je vous dis que l'un de vous me livrera. |
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21 à 30 Jésus éloigne le traître.
Après avoir dit ces choses, c'est-à-dire après la sérieuse instruction que Jésus venait de donner à ses disciples, (versets 12-20) sa pensée se reporte avec douleur sur Judas, il en est troublé en son esprit.
Deux fois déjà, il a fait allusion au crime de ce malheureux (verset 11 et 18) ; maintenant le moment est venu d'en avertir directement les disciples ; il le fait avec la plus grande solennité.
C'est un témoignage qu'il rend en ces termes si graves : En vérité, en vérité, puis il révèle ce fait inouï : l'un de vous me livrera.
Cette révélation, nécessaire aux disciples, (verset 19) est aussi rapportée par les trois premiers évangiles, dans les mêmes termes. (Matthieu 26.21 ; Marc 14.18 ; Luc 22.21)
Preuve évidente que Jean raconte le même souper que les synoptiques. (Comparer verset 36 et suivants.) |
| 13.22 |
Les disciples se regardaient donc les uns les autres, ne sachant duquel il parlait. |
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Grec : étant en perplexité pour savoir duquel il parlait.
L'impression douloureuse que les disciples reçurent de cette révélation est exprimée avec beaucoup plus de force dans les premiers évangiles : "Ils furent fort attristés, et ils se mirent chacun d'eux à dire : Seigneur, est-ce moi ?" (Matthieu 26.22) C'est le trouble où ils étaient qui leur inspire cette question. |
| 13.23 |
Il y avait à table, couché sur le sein de Jésus, un de ses disciples, celui que Jésus aimait. |
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Chez les Orientaux, on se mettait à table à demi couché sur le côté gauche et appuyé sur les coussins d'un divan.
Celui qui se trouvait à la droite de son voisin, était donc penché sur son sein. (Luc 7.38, note.)
- Jean, évitant de se nommer, se désigne par ces mots : celui que Jésus aimait. (Jean 19.26 ; 20.2 ; 21.7,20)
"Il lui paraît plus précieux d'être aimé du Sauveur, et de rester ignoré, que de devenir célèbre sous son propre nom." Gerlachap.
Jésus aimait tous ses disciples, (Jean 15.14) mais Jean était évidemment pour lui un ami particulier, auquel il dévoilait ses intimes pensées et qui les comprenait le mieux. |
| 13.24 |
Simon Pierre lui fait donc signe de demander qui pouvait être celui dont il parlait. |
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Pierre, profondément affligé de ce qu'il vient d'entendre, toujours ardent dans ses impressions, ne peut garder le silence.
Il fait donc signe à Jean de demander à Jésus duquel d'entre eux il parlait.
- Une variante de B, C, Itala porte : "Pierre lui fait signe lui dit : Dis quel est celui dont il parle." Mais cela supposerait que Jean le savait, et d'ailleurs, puisque Pierre devait lui faire signe, cela prouve qu'il était trop éloigné de lui pour lui parler.
Le texte reçu, A, D, majusc, est donc préférable. |
| 13.26 |
Jésus répond : C'est celui pour qui je tremperai le morceau et à qui je le donnerai. Et ayant trempé le morceau, il le prend et le donne à Judas, fils de Simon, l'Iscariot. |
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Deux variantes sont à noter dans les versets 25,26 :
1° Sin., D, majuscules portent : Celui-ci donc s'étant penché.
Le texte que nous avons adopté avec Westcott et Hort, Nestle, Weiss, est celui de B, C.
2° Ces deux derniers manuscrits ont la leçon admise au verset 26 ; les autres portent : à qui je donnerai le morceau l'ayant trempé.
Dans le repas de la Pâque, le père de famille donnait aux convives des morceaux de pain trempés dans un brouet de fruits cuits. (Matthieu 26.23, note) En donnant ainsi le morceau à Judas, Jésus le désignait à Jean ; mais en même temps, il adressait un suprême appel à la conscience du traitée.
"Si, en le recevant, son cur se fût brisé, il pouvait encore obtenir grâce. Ce moment était donc décisif ; et c'est ce que Jean fait sentir par ce mot alors, (verset 27) mot d'une gravité tragique." Godet.
- Jésus parlait à voix basse, de manière à n'être entendu que de Jean, (verset 28) et cela par ménagement pour Judas. Dans les autres évangiles, de même, Jésus désigne le malheureux disciple en termes vagues. (Matthieu 26.23 ; Luc 22.21)
Mais il paraît que la scène se prolongea par les questions des disciples qui demandaient : "Est-ce moi, Seigneur ?" Et quand Judas poussa l'hypocrisie jusqu'à dire aussi : "Est-ce moi ?"Jésus lui répondit ouvertement : Tu l'as dit ! Mais même ce dialogue paraît n'avoir pas été entendu ou compris des autres disciples. (Matthieu 26.25, note.) |
| 13.27 |
Et après le morceau, alors, Satan entra en lui. Jésus donc lui dit : Ce que tu fais, fais-le promptement. |
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Alors, ce mot, effacé par la plupart de nos versions, (Sin., D l'omettent) marque, nous l'avons dit, le moment fatal.
Mais il ne faudrait pas voir dans le fait exprimé par ces mots : Satan entra en lui, une action magique du morceau de pain. Jean ne dit pas : avec le morceau, mais : après le morceau.
La prise de possession du cur de Judas par Satan s'explique, au contraire, d'une manière toute psychologique. Judas, en cédant à ses passions, à l'avarice, (Jean 12.6) avait ouvert son cur à l'influence du démon ; puis, se voyant déçu dans son ambition, irrité de ne pas trouver en suivant Jésus ce qu'il avait espéré, il n'éprouva plus pour lui qu'une sorte de répulsion et de haine.
Et c'est sous l'influence de l'esprit de ténèbres qu'il conçut l'idée horrible de sa trahison. (verset 2) Notre évangéliste marque donc les degrés de sa chute. Au moment où le malheureux se vit pénétré par son Maître, il veut dans sa conscience une crise qui pouvait le ramener encore.
"Son âme avait à choisir entre Jésus et Satan." Luthardt.
Mais il s'endurcit et se livra ainsi à la puissance de l'esprit du mal. C'est ce moment tragique que Jean décrit par ce mot : Satan entra en lui. Luc (Luc 22.3) exprime ce dénouement dans les mêmes termes. (Comparer sur la chute de ce disciple, Matthieu 26.15, note.)
On a donné de cet ordre de Jésus à Judas deux explications qui sont loin de s'exclure l'une l'autre.
Meyer pense que Jésus désire réellement d'accomplir le plus tôt possible son sacrifice, sachant que son heure était venue ; "sa décision résignée ne veut aucun délai," dit cet exégète.
D'autres interprètes cherchent l'explication de cet ordre dans le besoin pressant qu'avait Jésus de voir s'éloigner le traître pour rester seul avec ses disciples fidèles, dans ces dernières heures si importantes. "La soirée était déjà avancée, (verset 30) et Jésus avait besoin du peu de temps qui lui restait pour achever son uvre auprès des siens." Godet.
Il est certain que cette dernière pensée se fait jour au verset 31. Au reste, si Jésus avait eu le moindre espoir de voir Judas revenir à lui, il ne lui aurait pas donné cet ordre dont l'exégèse rationaliste s'est souvent scandalisée ; mais aux yeux de Celui oui sonde les curs, la destinée de Judas était accomplie, Satan était entré en lui. |
| 13.28 |
Mais aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela. |
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Aucun. M. Godet pense que Jean s'excepte tacitement lui-même.
M. Weiss n'est pas de cet avis. Il estime que Jean, aussi bien que les autres, ne dut pas comprendre la portée de l'ordre de Jésus, parce qu'il ne pouvait se douter que la trahison de Judas fut si proche, et que Jésus lui-même l'invitait à la consommer. |
| 13.29 |
Car quelques-uns pensaient que, comme Judas avait la bourse, Jésus lui disait : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête ; ou, qu'il lui commandait de donner quelque chose aux pauvres. |
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Jean donne cette double supposition de quelques-uns des disciples comme une preuve qu'ils n'avaient pas compris.
- C'est ici le second passage de notre évangile (comparez verset 1, note) d'où l'on tire un indice que ce repas ne pouvait avoir lieu le soir du 14 Nisan, selon la chronologie des synoptiques ; car comment acheter ce qu'il fallait pour la fête, puisque la fête était commencée par son acte le plus important, et que, dès lors, des achats ne devaient plus être permis ?
Les défenseurs de la date fournie par les synoptiques répondent qu'il s'agissait de provisions pour toute la durée de la fête. Ils citent le passage Exode 12.16 d'après lequel la foi autorisait les familles israélites, même le 15 nisan, à "préparer la nourriture de chaque personne," et en concluent qu'on pouvait même faire des achats ; conclusion quelque peu forcée.
Ils objectent, d'autre part, que si ce repas avait eu lieu le 13, les disciples ne penseraient pas qu'il fallût faire en toute hâte des approvisionnements pour la fête, puisque le lendemain restait pour cela tout entier. Mais ils peuvent avoir interprété ainsi l'ordre de Jésus sans avoir compris ses motifs. |
| 13.30 |
Ayant donc pris le morceau, Judas sortit aussitôt. Or il était nuit. |
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D'après Matthieu 26.21 et Marc 14.18, l'entretien touchant Judas, pendant lequel Jésus lui donna le morceau trempé, eut lieu avant l'institution de la cène, et comme ici on voit que ce disciple sortit aussitôt qu'il eut pris le morceau, il est clair qu'il ne participa pas à la cène qui, du reste, ne fut célébrée qu'après le repas de la Pâque.
Luc seul rapporte ces événements de manière à autoriser une conclusion différente, mais il est probable qu'il ne suit pas l'ordre chronologique. (Comparer Luc 22.21, note.)
Il était nuit ! Non seulement dans la nature, mais plus encore dans l'âme de Judas. On sent aussi dans cette remarque du témoin oculaire, que Jean avait conservé de ce moment une impression ineffaçable.
"Sa narration, comme l'observe M. Godet, est toute parsemée de pareils traits, qui ne s'expliquent que par la vivacité du souvenir personnel." (Jean 1.40 ; 6.59 ; 8.20 ; 10.23) |