Jean   14.12  à  14.24

12. En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci, parce que je vais au Père, 13. et, quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. 14. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. 15. Si vous m'aimez, gardez mes commandements. 16. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre aide, afin qu'il soit éternellement avec vous, 17. l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure avec vous, et qu'il sera en vous. 18. Je ne vous laisserai point orphelins, je viendrai à vous. 19. Encore, un peu de temps, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez : parce que je vis, vous aussi, vous vivrez. 20. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, et que vous êtes en moi et moi en vous. 21. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et moi je l'aimerai et je me manifesterai à lui.

22. Judas, non pas l'Iscariot, lui dit : Seigneur, et qu'est-il arrivé pour que tu doives te manifester à nous, et non pas au monde ? 23. Jésus répondit et lui dit : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ; et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. 24. Celui qui ne m'aime pas, ne garde point mes paroles ; et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais du Père qui m'a envoyé.

PLAN
  1. Agir et prier
    Jésus déclare que celui qui croit en lui fera des œuvres semblables aux siennes, et même de plus grandes, et cela en vertu du retour de Jésus auprès du Père. Jésus accomplira tout ce que les disciples demanderont en son nom, afin que le Père soit glorifié en lui. (12-14.)
  2. La promesse de l'Esprit
    Qu'ils obéissent à ses commandements, et, à sa requête, le Père leur donnera un aide permanent, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, qui est avec eux et sera en eux. (15-17.)
  3. La communion avec Jésus et avec le Père
    Il ne les laissera pas orphelins. Dans un peu de temps, devenu invisible au monde, il se fera voir d'eux et leur communiquera la vie qu'il possède. Ils seront alors convaincus qu'il est dans son Père et qu'ils sont unis avec lui. Celui qui lui obéit témoigne qu'il l'aime, et il est assuré de l'amour du Père et de celui du Fils ; Jésus se manifestera à lui. Sur une question de Judas : pourquoi cette manifestation sera accordée aux seuls disciples et refusée au monde, Jésus répète que l'obéissance à sa parole est la condition pour avoir part à l'amour du Père et à la communion du Père et du Fils. Celui qui n'obéit pas montre qu'il ne l'aime pas. Sa parole est celle de Dieu. (18-24.)
NOTES
14.12 En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci, parce que je vais au Père,
  12 à 24 Nouvelles sources de consolation : les œuvres et la prière, l'Esprit Saint, la communion avec Jésus et avec Dieu.

Jésus revient ici au discours plein de consolation qu'il adresse à ses disciples au sujet de son départ, (verset 1 et suivants) et dans lequel il a été interrompu par Thomas (verset 5) et par Philippe. (verset 8) Et comme il leur a montré, en répondant à la requête de celui-ci, que le Père se manifestait pleinement en lui dans ses paroles et dans ses œuvres, (versets 9-11) il leur fait maintenant une magnifique promesse qui, en se réalisant, leur donnera de sa divinité et de la pleine révélation de Dieu en lui une preuve propre à créer une intime conviction : c'est que celui qui croit en lui fera lui aussi les mêmes œuvres et en fera de plus grandes encore.

Il promet avec une autorité solennelle : En vérité, en vérité, la communication de l'Esprit et des grâces qui en résulteront pour les disciples. (versets 12-24) Cette promesse, en même temps, ajoute à la perspective encore éloignée de la réunion dans la maison du Père, (versets 1-3) celle d'une prochaine réunion en esprit : les disciples reverront bientôt le Sauveur qui va les quitter pour s'en aller au Père. (versets 18,19)

Que faut-il entendre par ces œuvres semblables à celles du Sauveur, et plus grandes encore, qu'accompliront ceux qui auront cru en lui ?

Ce ne sont sûrement pas des œuvres extérieures, des miracles matériels, plus étonnants encore que les siens comme l'ont cru quelques exégètes ; mais bien des miracles spirituels, que les apôtres feront, quand leur parole, animée de l'Esprit de Dieu, régénérera les âmes, fondera l'Eglise et portera la lumière et la vie au milieu de toutes les nations.

"Le livre des Actes est le commentaire de cette parole." Meyer.

Ces œuvres plus grandes, Jésus lui-même ne pouvait les faire, parce que "l'Esprit n'était pas encore." (Jean 7.39) Mais bientôt elles seront possibles et se produiront réellement, dit Jésus, parce que je vais au Père.

Quand il aura repris possession de sa gloire et que "toute puissance lui sera donnée au ciel et sur la terre," (Matthieu 28.18) il accomplira lui-même dans ses disciples la parole qu'il prononce. Il le fera en répondant à toutes leurs prières (versets 13,14) et en répandant sur eux le Saint-Esprit de la Pentecôte. (versets 16,17)

14.13 et, quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils.
  Cette promesse est encore dans un rapport immédiat avec la parole précédente : "parce que je m'en vais au Père."

Aussi la plupart des interprètes modernes, peut-être avec raison, font-ils dépendre encore la seconde proposition du parce que ; ils traduisent : "et que tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai."

Les disciples restent avec Jésus dans un rapport plus intime et plus vivant que jamais. Eux, sur la terre, prient en son nom, et lui leur accorde toutes leurs demandes. (Grec : moi, je le ferai.)

Grâce à son action puissante, ils accomplissent ses œuvres, et même de plus grandes, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. (Voir Jean 13.32, note.)

Mais qu'on le remarque bien, Jésus donne ici à la prière un caractère tout spécial et tout nouveau pour ses disciples, il s'agit de la prière qui s'adresse à Dieu en son nom, et il insistera encore sur cette parole. (Jean 15.16 ; 16.23)

Quel en est le sens ? En son nom, ne signifie pas seulement : sur son ordre, en son autorité, par ses mérites ; dans le style des Ecritures le nom désigne l'être, révélé dans son essence et toutes ses propriétés.

Prier au nom de Jésus, c'est donc, comme le dit Keil, dont M. Godet adopte l'interprétation, prier "en nous replongeant avec foi dans la connaissance que nous avons reçue de lui comme Fils de Dieu abaissé et glorifié," ou, mieux encore (car cette connaissance n'est point purement intellectuelle, mais implique une relation de vie) c'est prier en Jésus lui-même, le seul médiateur qui nous ouvre l'accès au trône de la grâce, c'est prier dans une communion intime avec lui, selon sa volonté, par son Esprit, qui seul nous communique la puissance d'accomplir cet acte religieux.

Quand celui qui prie ainsi se sent devenu un avec le Sauveur, il est certain d'être exaucé (Comp Romains 8.26)

Le vrai commentaire de cette parole nous est donné par Jésus luimême : "Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez et il vous sera fait."

Sin., B et quelques majuscules portent : Si vous me demandez quelque chose en mon nom. Cette leçon ne présente aucun sens acceptable.

14.15 Si vous m'aimez, gardez mes commandements.
  Jésus vient de faire à ses disciples une précieuse promesse ; (versets 13,14) il va leur en faire une plus précieuse encore ; (verset 16) dans ce moment il leur présente la condition morale qu'ils doivent remplir pour recevoir ce qu'il leur promet, il les invite à demeurer avec lui dans une vraie communion d'amour et d'obéissance, c'est par là que leur cœur sera ouvert à l'action du Saint-Esprit qu'il va leur annoncer.

- Aimer Jésus et garder ses commandements doit être, dans le cœur de son disciple, une seule et même chose. (verset 21)

Par ses commandements, il ne faut point entendre seulement certains préceptes ou certains devoirs prescrits mais tout ce qu'il a enseigné sa révélation complète. C'est ce qu'il appelle ailleurs garder sa parole, (Jean 8.51) la conserver précieusement dans le cœur et la mettre en pratique dans la vie.

B et quelques autres témoins ont le futur : vous garderez.

14.16 Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre aide, afin qu'il soit éternellement avec vous,
  La liaison de ces deux versets est bien remarquable : "Si vous m'aimez, gardez mes commandements et moi je prierai le Père, qui fera lui-même abonder en vous l'amour et l'obéissance."

Ce que le Sauveur demandera à Dieu, c'est qu'il donne aux disciples son SaintEsprit qui deviendra leur vie et celle de l'Eglise.

C'est ici la première fois que paraît le terme de Paraklètos, (comparez Jean 14.26 ; 15.26 ; 16.7) qui ne se trouve que dans les écrits de Jean (comparez 1Jean 2.1) et que, d'après Origine et Chrysostome, nos réformateurs (Luther, Calvin) ont rendu par Consolateur.

Ce nom serait très beau et bien en harmonie avec le but de ces discours de Jésus. Mais le mot grec n'a pas le sens actif, il est passif et signifie littéralement : appelé auprès de ; c'est exactement le sens du latin advocatus, et de notre mot avocat, défenseur d'un accusé devant un tribunal.

Les auteurs classiques lui donnent toujours cette signification et c'est aussi celle qu'admettent la plupart des exégètes modernes.

Si nous n'adoptons pas ce terme : avocat dans la traduction, c'est qu'il éveille l'idée d'un procès, qui est tout à fait étrangère au contexte.

Nous nous en tenons au mot : aide qui conserve le caractère indéterminé de l'expression originale.

"Ce que Jésus demandera au Père, en leur faveur, c'est donc un autre soutien, toujours à leur portée, toujours prêt à venir à leur aide, au premier appel, dans leur lutte avec le monde. De cette signification fondamentale découlent aisément les applications suivantes : soutien dans les moments de faiblesse ; conseiller dans les difficultés de la vie ; consolateur dans la souffrance. Par là il fera pour eux ce qu'avait fait pendant ces dernières années le Maître bienaimé qui les quittait. En disant : un autre, Jésus se donne implicitement à lui même le titre de Paraclet" Godet.

Cet aide ne sera pas avec les disciples pour un peu de temps seulement, comme l'a été le Sauveur dans sa vie ici-bas, il sera pour toujours, éternellement avec eux.

14.17 l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure avec vous, et qu'il sera en vous.
  Les mots : l'Esprit de vérité, indiquent quel est l'aide que Jésus annonce à ses disciples.

Le Saint-Esprit est ainsi désigné (ici et ailleurs, Jean 15.26 ; 16.13), parce que, comme Esprit de Dieu, il est lumière et vie, c'est-à-dire vérité complète. Et cette vérité, il la communique à l'âme au moyen de la Parole divine.

Toute vérité révélée n'est pour nous la vérité que lorsque par l'Esprit de Dieu nous en avons fait une expérience vivante. C'est lui qui, en nous mettant en communion avec Dieu nous le révèle tel qu'il est dans sa sainteté et son amour, c'est lui qui glorifie Christ en nous, c'est-à-dire nous met en possession de lui. C'est lui enfin qui rétablit dans le vrai tout ce qui est faussé en nous, qui, en un mot, éclaire, régénère sanctifie l'âme.

- Le monde, éloigné de Dieu et incrédule, ne peut recevoir cet Esprit, dit le Sauveur, parce qu'il ne le voit point, c'est-à-dire ne sait le discerner dans aucune de ses manifestations, il ne le connaît point par une expérience intime, parce qu'il reste étranger et fermé à son influence. (1Corinthiens 2.14)

Bien différents étaient, alors déjà, les disciples, auxquels Jésus pouvait dire : vous le connaissez, parce qu'il demeure avec vous.

En effet, ils avaient, dans une certaine mesure, respiré cet Esprit en vivant avec Jésus, en étant les témoins de ses actes, de sa sainte vie, en écoutant ses paroles, en se soumettant aux directions par lesquelles le Maître s'était efforcé de faire leur éducation. En Jésus, et par son intermédiaire, l'Esprit agissait constamment sur eux, et ce n'est que par cet Esprit qu'ils avaient cru en lui et confessé son nom. (Matthieu 16.17)

A l'inverse des disciples, le monde, c'est-à-dire les Juifs incrédules en méconnaissant toutes ces manifestations de l'Esprit en Jésus, en attribuant ses miracles à Béelzébul, (Matthieu 12.24 et suivants) avaient refusé de voir l'Esprit, et s'étaient mis dans l'impossibilité de le recevoir.

C'est donc une erreur de ne voir dans ces verbes au présent, comme le font plusieurs interprètes, qu'une anticipation de ce qui ne sera réalisé qu'après la Pentecôte. Il y a sans doute une promesse relative à la Pentecôte, mais elle est seulement dans ce verbe au futur : il sera en vous.

Jusqu'ici, veut dire Jésus, pendant que je vis en votre société, l'aide est avec vous ; alors cet aide sera en vous. Ils posséderont dans leurs cœurs l'Esprit, qui ne sera autre que Jésus lui-même sous une autre forme. (verset 18 et suivants)

Cette nuance est méconnue par B, D qui ont ce dernier verbe au présent comme les précédents : il est en vous.

14.18 Je ne vous laisserai point orphelins, je viendrai à vous.
  Ceux que Jésus avait appelés avec tendresse petits enfants, il les aime trop pour les abandonner comme des orphelins qui vont perdre en lui plus qu'un père.

La riche promesse qu'il vient de leur faire est le garant qu'il n'en sera point ainsi : Je viendrai à vous, leur dit-il.

C'est donc par son Esprit qu'il viendra à eux et non, comme le pensent divers exégètes, par sa résurrection ou même par son retour au dernier jour. Le contexte s'oppose à ces explications. (versets 21,23)

14.19 Encore, un peu de temps, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez : parce que je vis, vous aussi, vous vivrez.
  Il restait peu, bien peu de temps, puisque Jésus devait mourir le lendemain et disparaître aux yeux du monde, qui ne le verra plus. Malgré cela, les siens le verront.

Et, comme si ce moment était déjà là, il est exprimé en grec par des verbes au présent : Le monde ne me voit plus, mais vous, vous me voyez.

Quand et comment ? Quand Jésus leur apparaîtra ressuscité ? C'est ainsi que quelques interprètes entendent ces paroles.

Mais il s'agit ici d'une vue spirituelle et permanente (verbe au présent, comparez 2Corinthiens 3.18), qui se réalise par une communion toute nouvelle avec lui. C'est ce que prouvent les derniers mots de ce verset et tout le contexte. (versets 20,21,23) Il y a une grande force dans la raison que Jésus allègue à l'appui de la promesse de vie qu'il fait à ses disciples : vous vivrez, parce que je vis. Jésus ne dit pas : Je ressusciterai, je vivrai, mais je vis. (Voir la note précédente.)

Celui qui "a la vie en lui-même" sait que la mort qu'il va subir n'aura pas le pouvoir de détruire cette vie. Et la conséquence magnifique qu'il en tire pour les siens est celle-ci : Vous aussi, vous vivrez. Sa vie est leur vie et dans le temps et dans l'éternité. Ainsi parlait l'apôtre Paul, d'après sa propre expérience. (Galates 2.20 ; Philippiens 1.21 ; Colossiens 3.3,4)

La relation entre la vie du Christ et celle du croyant est moins nettement exprimée quand on traduit avec MM. Luthardt et Weiss : "Vous me verrez, parce que je vis et que vous vivrez."

L'antithèse du futur : vous vivrez et du présent : je vis recommande plutôt la construction que nous avons adoptée.

14.20 En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, et que vous êtes en moi et moi en vous.
  En ce jour-là, date précise qu'il ne faut pas rendre incertaine et vaine par de fausses interprétations, c'est le jour de l'effusion de l'Esprit de lumière et de vie, la Pentecôte.

En ce jour, les disciples connaîtront, par cet Esprit et par leur expérience personnelle, d'abord, l'unité de Christ avec son Père, qu'il leur a si souvent affirmée ; (Jean 14.10,10.38) ensuite, ils feront l'expérience toujours plus intime de leur communion avec le Sauveur en qui ils vivent et qui vit en eux.

Cette relation nouvelle dans laquelle ils seront avec Jésus leur fera comprendre la relation de Jésus avec le Père, ils comprendront, ce qu'ils n'avaient pu saisir encore, (versets 9-11) que le Père est dans le Fils.

Dans ce double rapport si intime et si profond que Jésus exprime avec tant de simplicité : moi en mon Père, vous en moi et moi en vous, les disciples ont toute la révélation de l'immense amour de Dieu manifesté en Jésus. (verset 21)

14.21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et moi je l'aimerai et je me manifesterai à lui.
  Ce verset développe le précédent et en précise le sens.

Qui sont ceux à qui Jésus a dit : Vous connaîtrez ? Il répond : Celui qui a dans son cœur mes commandements et qui les garde avec fidélité dans sa vie ; (verset 15, note) car c'est lui seul qui m'aime.

Son cœur est alors ouvert à tous les trésors de l'amour divin : il sera aimé du Père, qui le contemple en son Fils, objet suprême de son amour ; Jésus aussi l'aimera et lui en donnera des preuves toujours plus intimes en se manifestant à lui dans sa vie intérieure ; le verbe grec signifie se manifester au dedans.

Ces magnifiques promesses s'accompliront par l'Esprit de vérité, (verset 17) dont Jésus décrit l'action dans la suite du discours. (Comparer verset 26)

14.22 Judas, non pas l'Iscariot, lui dit : Seigneur, et qu'est-il arrivé pour que tu doives te manifester à nous, et non pas au monde ?
  Ce Judas, nommé aussi Lebbée et Thaddée, (Matthieu 10.3) était fils d'un homme appelé Jacques. (Luc 6.16 ; comparez Actes 1.13)

La remarque par laquelle l'évangéliste le distingue de Judas Iscariot, superflue après Jean 13.30, trahit 1'horreur que lui inspirait son homonyme.

- La question de ce disciple montre qu'il attendait encore un Messie qui serait le roi terrestre d'Israël, le juge des nations. Or, il ne pouvait comprendre que, comme tel, Jésus ne dût se manifester qu'au petit nombre de ceux qui l'aimaient et non à tout le monde.

Le et par lequel s'ouvre la question a été omis dans B, A, D, Itala. Il marque bien l'étonnement de Judas.

14.23 Jésus répondit et lui dit : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ; et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure.
  Jésus ne répond pas directement à la question, et pourtant il la résout de la manière la plus profonde. Pour la troisième fois, (versets 15,21) il dévoile, dans le cœur même de ceux qui l'aiment, les causes morales pour lesquelles il se manifeste à eux. C'était déjà dire clairement pourquoi il ne pouvait pas se révéler au monde qui le haïssait ; puis il annonce plus explicitement, au verset 24, la raison de sa manière d'agir.

- Mais ici, aux grandes promesses qu'il venait de faire aux siens, (versets 20,21) Jésus ajoute la déclaration expresse que la communion de l'âme avec Dieu résulte de son union avec lui, Jésus : Nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui.

Dieu avait établi sa demeure visible au milieu d'Israël, (Lévitique 26.11,12 ; Ezéchiel 37.26-28) il avait habité au milieu de son peuple par la Parole faite chair, (Jean 1.14) maintenant il promet de faire de chaque fidèle sa demeure (même mot qu'au verset 2), son tabernacle, son temple. (1Corinthiens 3.16 ; 6.19)

"Ce n'est plus la manifestation extérieure de la majesté divine, mais la révélation intime de la Grâce. Ce gui sera un jour le privilège de L'Eglise sauvée (Apocalypse 21.3) doit être dès maintenant réalisé par l'Esprit dans l'âme de chaque croyant." Luthardt.

14.24 Celui qui ne m'aime pas, ne garde point mes paroles ; et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais du Père qui m'a envoyé.
  Les paroles de Jésus sont les paroles de Dieu même. Or, comment le Sauveur pourrait-il se manifester à celui qui ne l'aime pas et qui rejette ses paroles ?

Cette conclusion devait être évidente pour le disciple qui avait posé la question.