18. Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. 19. Si, vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartient ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, mais que moi je vous ai choisis en vous tirant du monde, à cause de cela le monde vous hait. 20. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. 21. Mais toutes ces choses, ils vous les feront à cause de mon nom ; parce qu'ils ne connaissent point Celui qui m'a envoyé. 22. Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils n'ont point d'excuse pour leur péché. 23. Celui qui me hait, hait aussi mon Père. 24. Si je n'eusse pas fait au milieu d'eux les uvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu, et ils ont haï et moi et mon Père ; 25. mais c'est afin que soit accomplie la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m'ont haï sans cause. 26. Mais lorsque l'aide sera venu, lequel je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité, qui procède du Père, c'est lui qui rendra témoignage de moi ; 27. et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que vous êtes dès le commencement avec moi.
1. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez point scandalisés. 2. Ils vous excluront des synagogues ; même l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. 3. Et ils feront ces choses, parce qu'ils n'ont connu ni le Père ni moi. 4. Mais je vous ai dit ces choses, afin que, quand l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. Or, je ne vous les ai pas dites dès le commencement, parce que j'étais avec vous.
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NOTES
| 15.18 |
Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. |
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15 :18 à 16 :4 La haine du monde.
Quel douloureux contraste !
A tant d'amour de la part du Sauveur, le monde répond par la haine qu'il nourrit contre lui et contre ses disciples. Jésus le constate avec tristesse, à diverses reprises. (Jean 7.7 ; 15.24 ; 17.14)
Et il veut que ses disciples le sachent, afin que, quand ils auront à souffrir de cette haine du monde, ils se rappellent qu'elle a été le partage de Celui dont la charité égalait la sainteté, et qu'ainsi ils soient préservés du découragement et du doute. (Comparer 1Jean 3.13 ; 4.5,6) |
| 15.19 |
Si, vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartient ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, mais que moi je vous ai choisis en vous tirant du monde, à cause de cela le monde vous hait. |
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Jésus indique ici à ses disciples la raison toute naturelle de cet étrange phénomène dont il leur parle.
Si vous étiez du monde, si vous en aviez les principes et l'esprit, il vous aimerait, parce que vous seriez à lui, mais, parce que (grec) je vous ai choisis hors du monde, tirés de son sein et soustraits à sa domination, pour vous attirer à moi et faire de vous ma propriété, il vous hait.
C'était, pour les disciples, une consolation de savoir qu'ils n'appartenaient plus à ce monde qui allait crucifier le Saint et le Juste, mais tout entiers à ce Sauveur bien-aimé.
- Ce mot de monde, répété cinq fois dans ce seul verset, a quelque chose de très solennel et le tableau que Jésus retrace ici (jusqu'au verset 25) de 1'opposition et de l'inimitié du monde, fait de ces versets une peinture classique du caractère que toute l'Ecriture attribue aux adversaires de la vérité divine. |
| 15.20 |
Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. |
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Il leur avait dit cette parole (Jean 13.16) pour les exhorter à l'humilité ; il la leur rappelle ici pour les encourager à souffrir avec patience. (Comparer Matthieu 10.24)
Puisque le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur, les disciples ne doivent pas s'attendre à éviter les persécutions que leur Maître a endurées, il les en prévient, afin qu'ils ne soient pas découragés quand elles se produiront. (Jean 16.1-4)
Mais quel est le sens de ces derniers mots : s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre ?
Au premier abord, il paraît tout simple de considérer comme sujet de la proposition les individus bien disposés qui se sont séparés de la masse hostile : si, même au milieu de son peuple qui le rejetait, Jésus eut le bonheur de voir un petit nombre d'âmes recevoir sa parole et s'attacher à lui, il en sera de même pour les disciples. Telle est l'interprétation d'Olshausen, Lange, M. Godet.
Mais on objecte à cette interprétation que le sujet de la seconde partie du verset 20 doit être le même que celui de la première partie à savoir les Juifs persécuteurs, auxquels se rapportent du reste tous les verbes de ce discours. (versets 20,21,22 et jusqu'à verset 25)
Il ne faut pas avec Grotius et Stier voir dans la seconde proposition une douloureuse ironie : ils ne garderont pas plus votre parole qu'ils n'ont gardé la mienne ! L'ironie ne convient pas au sérieux et à la sérénité de ce discours ; et cette déclaration amère ne serait pas exacte, car l'insuccès de Jésus n'avait pas été complet.
Il faut laisser à la parole de Jésus son sens général. L'accueil qu'il a reçu de la part du monde présage aux disciples l'accueil auquel ils doivent s'attendre eux-mêmes : les uns les persécuteront, d'autres garderont leur parole ; des troisièmes, comme Saul de Tarse, passeront des rangs des persécuteurs à ceux des fidèles.
Le monde ennemi de Dieu n'est jamais toute notre humanité ; son opposition violente contre l'Evangile ne se manifeste pas partout de la même manière absolue. Il reste toujours un vaste champ où les disciples peuvent répandre la parole de vie avec la certitude de rencontrer des âmes qui la garderont. Telle est l'interprétation de Wette, Meyer, Luthardt, Weiss, Keil, Astié. |
| 15.21 |
Mais toutes ces choses, ils vous les feront à cause de mon nom ; parce qu'ils ne connaissent point Celui qui m'a envoyé. |
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Cette inimitié du monde que Jésus annonce aux disciples pourra les étonner et les amener à se demander s'ils ne font pas fausse route.
Mais, ajoute Jésus, ne vous laissez point arrêter, cela est dans la nature des choses. Et il leur en donne deux raisons qui expliquent tout.
Ils vous feront tout cela à cause de mon nom, ce nom qu'ils haïssent, quoiqu'il soit l'expression de la vérité et de la sainteté de Dieu. (Comparer Actes 4.17 ; 9.14 ; 26.9 ; Matthieu 24.9)
Et cette haine, ils l'éprouveront parce qu'ils ne connaissent pas Celui qui m'a envoyé. S'ils le connaissaient, ils recevraient avec empressement son envoyé. (Jean 16.3)
- Cette explication que Jésus donne à ses disciples devait être, et fut en effet pour eux, dans la suite, une puissante consolation ; ils seront heureux de souffrir pour le nom de Jésus, (Actes 5.41 ; 21.13) ils se glorifieront de ces souffrances pour lui, (Romains 5.3 ; 2Corinthiens 12.10) parce qu'ils verront en elles un trait de leur ressemblance avec lui, un moyen de lui témoigner leur amour. |
| 15.23 |
Celui qui me hait, hait aussi mon Père. |
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En quoi consiste proprement le péché des Israélites, pour lequel ils n'ont point d'excuses ?
Dans le fait qu'ils n'ont pas reconnu en Jésus le Messie. L'incrédulité et les innombrables révoltes dont ils s'étaient rendus coupables au cours de leur histoire ne leur eussent pas été imputés comme péché, s'ils avaient fini par accueillir le Sauveur. Sans doute, ils en étaient responsables ; mais cette responsabilité disparaît, pour ainsi dire, devant le crime que Jésus leur reproche ici.
Il était venu à eux, ils avaient été témoins de sa vie sainte, de ses uvres ; (verset 24) il leur avait parlé de toute la miséricorde et de tout l'amour de son Père, et, en présence de cette manifestation divine, ils s'étaient endurcis dans une incrédulité qui allait jusqu'à la haine.
Or cette haine contre le Fils de Dieu remontait jusqu'à son Père, et elle allait s'assouvir par le meurtre du Saint et du Juste. Là était le péché pour lequel ils n'avaient point d'excuse (grec point de prétexte).
- La parole : Celui qui me hait, hait aussi mon Père, ne se justifie que si Jésus est le Fils de Dieu. (Comparer Jean 5.23 ; 12.44 ; 14.9) |
| 15.24 |
Si je n'eusse pas fait au milieu d'eux les uvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu, et ils ont haï et moi et mon Père ; |
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A ses paroles qu'ils ont entendues, (verset 22) Jésus a ajouté, et cela augmente leur culpabilité, des uvres qu'ils ont vues.
C'étaient des uvres qu'aucun autre n'a faites, car elles portaient le cachet de la divinité. (Jean 5.36,9.3,4 ; 10.37,38 ; 14.10)
Même les moins intelligents, qui auraient pu ne pas comprendre ses paroles, avaient au moins des yeux pour voir ses uvres. Et qu'est il arrivé ?
Grec : mais maintenant et ils ont vu et ils ont haï et moi et mon Père. Là est le péché sans excuse et la cause de la condamnation. |
| 15.25 |
mais c'est afin que soit accomplie la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m'ont haï sans cause. |
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Mais,...ce fait si étrange et si propre à scandaliser les disciples n'était point imprévu. Tout ce qui arrivait à Jésus était prédit dans les Ecritures. Leur loi, dit-il, comme ailleurs votre loi, (Jean 8.17,18 ; 10.34, notes) cette loi sur laquelle ils s'appuyaient et dont ils se vantaient, c'est elle qui les accusait.
Le mot loi est pris ici dans un sens général, où il désigne tout l'Ancien Testament, car la citation est tirée du Psaumes 69.5. (Comparer Psaumes 35.19)
Là, le juste, exposé à la haine gratuite de ses ennemis, est bien le type de Celui qui s'est chargé de nos douleurs ; car de tout temps a existé l'inimitié du monde contre Dieu et contre ses serviteurs. |
| 15.27 |
et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que vous êtes dès le commencement avec moi. |
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Plus Jésus fait pressentir à ses disciples les difficultés et les luttes qu'ils auront à soutenir au milieu du monde plus il insiste sur la promesse de ce puissant aide, l'Esprit de vérité, dont ils auront un si pressant besoin. (Jean 14.16,17,26 ; Luc 24.49)
Ici, il interrompt sa description de l'hostilité du monde pour leur renouveler cette promesse, à laquelle il reviendra plus au long. (Jean 16.7-15)
Le mais, par lequel est introduite cette proposition, (verset 26) manque dans Sin., B. L'uvre que Jésus attribue à l'Esprit de vérité (Jean 14.17, note) est celle d'un témoignage : C'est lui qui rendra témoignage de moi. Comment ? Par la parole des apôtres : Et vous aussi, vous rendrez témoignage.
Il y a en grec le présent : vous rendez, et non le futur.
Jésus les considère comme transportés au moment où l'Esprit rendra témoignage. On pourrait aussi envisager ce verbe comme un impératif : Et vous aussi témoignez !
Le témoignage de l'Esprit et celui des apôtres sont-ils un seul et même témoignage ? Non, Jésus les distingue d'abord par ces mots : et vous aussi, puis, surtout par ceuxci : parce que vous êtes dès le commencement avec moi.
Le Sauveur a établi ses disciples pour être des témoins de son ministère tout entier ; (Actes 1.8) ils devaient en être parfaitement instruits (Actes 1.21) afin de constater les faits, que le Saint Esprit n'enseigne pas directement, mais dont il révèle le sens et la portée. En un mot, les disciples rendent témoignage au Christ historique en racontant sa vie, tandis que le Saint-Esprit, fécondant leurs récits et créant la foi dans les âmes, rend témoignage au Christ vivant. L'apôtre Pierre, dans un de ses discours, fait très nettement cette distinction. (Actes 5.32 ; comparez Romains 8.16)
- Le verset verset 26 (ainsi que Jean 14.16,17) a toujours été considéré dans l'Eglise chrétienne comme une révélation complète de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Mais cette doctrine est mise dans un rapport direct avec la vie pratique, le salut des âmes.
Ainsi elle répond aux profonds besoins de l'homme pécheur, auquel il faut un Père céleste qui l'assure de sa miséricorde, un Sauveur qui le rachète du péché et de la mort, et l'Esprit-Saint qui l'éclaire, le régénère et le sanctifie. (Comparer Matthieu 28.19 ; 2Corinthiens 13.13 ; 1Pierre 1.2, notes.) Mais, dès que l'esprit humain se jette, à ce sujet, dans des spéculations métaphysiques, il tombe dans l'incompréhensible et l'insondable.
On sait, par exemple, à quelles luttes acerbes et prolongées a donné lieu, entre L'Eglise grecque et L'Eglise latine, cette simple parole : Je vous enverrai l'Esprit qui procède du Père : la première soutenant que l'Esprit ne procède que du Père, la seconde ajoutant ce mot devenu si célèbre : et du Fils.
Ainsi une parole qui devait nous révéler la puissance divine et lumineuse du témoignage du Saint-Esprit est devenue l'objet de polémiques aussi irritantes que stériles !
La plupart des interprètes modernes estiment que les mots qui procède du Père se rapportent à l'envoi du Saint Esprit aux disciples, et qu'il faut par conséquent les traduire, comme le fait Rilliet : qui sort d'auprès du Père. Il y a en grec la même préposition que dans la phrase : Je vous l'enverrai de la part du Père.
Mais M. Godet pense qu'ainsi comprise la proposition : qui procède du Père ne serait qu'une répétition oiseuse de la précédente, et il l'applique, comme les anciens interprètes de L'Eglise grecque, aux relations éternelles et essentielles du Père et de l'Esprit. |
| 16.1 |
Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez point scandalisés. |
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Chapitre 16.
Ces choses, c'est le discours qui précède immédiatement (Jean 15.18-27) et que Jésus achève ici. (versets 1-4)
Il a parlé à ses disciples de la haine du monde, des difficultés et des luttes qu'ils rencontreront dans leur vocation, afin que, quand ils y seront engagés, ils ne soient pas scandalisés, c'est-à-dire, qu'ils ne trouvent pas dans leurs combats et leurs souffrances une occasion de chute pour leur foi et pour leur courage. (Voir, sur cette expression, Matthieu 11.6 ; 13.21 ; 24.10, notes.) |
| 16.2 |
Ils vous excluront des synagogues ; même l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. |
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Etre exclu ou banni de la synagogue, c'était, chez les Juifs, l'excommunication. (Jean 9.22, notes ; comparez Jean 12.42)
Grec : quiconque vous tuera croira offrir à Dieu un culte d'offrande. Cette idée d'offrande est exprimée par le verbe grec que nous rendons par offrir.
Elle est tout à fait d'accord avec le principe rabbinique qu'on lit dans le Talmud : "Quiconque répand le sang des impies est égal à celui qui fait un sacrifice." Cet aveugle fanatisme se manifesta dès le temps des apôtres (Actes 8.1,3) et se retrouve dans toutes les persécutions qui ont été entreprises au nom et pour la gloire de Dieu ! |
| 16.3 |
Et ils feront ces choses, parce qu'ils n'ont connu ni le Père ni moi. |
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La cause profonde de ce fanatisme religieux, c'est l'ignorance de Dieu, que Jésus a déjà indiquée avec tristesse. (Jean 15.21 ; comparez 1Corinthiens 2.8) Mais cette ignorance était doublement coupable et sans excuse, après l'apparition du Sauveur au milieu de son peuple. (Jean 15.22-24)
- Le texte reçu, avec Sin., D, porte : ils vous feront ces choses. Il est plus naturel de retrancher ce vous, car la pensée de Jésus se généralise, et il annonce que ces persécutions se produiront, non seulement contre ses premiers disciples, mais dans tous les temps. |
| 16.4 |
Mais je vous ai dit ces choses, afin que, quand l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. Or, je ne vous les ai pas dites dès le commencement, parce que j'étais avec vous. |
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B, A, portent : quand l'heure en sera venue. Ce pronom a été omis dans les autres documents.
Il y a littéralement : vous vous souveniez de ces choses, que je vous les ai dites. Le souvenir de ces prédictions si précises de leur Maître devait soutenir les disciples dans leurs souffrances, en leur faisant comprendre que la haine du monde ne leur était pas personnelle, mais se trouvait fondée dans l'inimitié du cur de l'homme contre Dieu. (verset 1)
Tant que Jésus était avec ses disciples, c'est contre lui que se dirigeait l'opposition de l'incrédulité et comme sa présence suffisait pour protéger et rassurer les siens, il leur épargnait les plus sombres prédictions concernant la haine du monde.
- Mais ces paroles : Je ne vous les ai pas dites dès le commencement, présentent une difficulté qui a singulièrement occupé les exégètes.
En effet, dès le commencement, c'est-à-dire, dès le sermon sur la montagne, (Matthieu 5.10-12 ; Luc 6.22,23) et dès le premier envoi des disciples (Matthieu 10.16 et suivants ; Luc 12.51 et suivants),Jésus avait annoncé très clairement à ses disciples qu'ils auraient à subir des persécutions.
Il ne sert à rien de dire, avec Bengel et d'autres, que ces prédictions étaient moins explicites que celles de notre chapitre, ce qui n'est pas exact, ou de rappeler que les disciples ne les avaient pas comprises, ce qui n'importe point à la question.
Ce n'est pas non plus une solution de remarquer avec M. Luthardt que, dans un dernier discours d'adieux, ces prédictions avaient une tout autre importance.
Quelques interprètes, Olshausen, Meyer, M. Godet, ont eu recours à l'idée que les synoptiques ne rapportent pas les paroles de Jésus dans leur ordre chronologique, mais ont groupé artificiellement, dans le sermon sur la montagne et dans le discours du chapitre 10 de Matthieu, (Matthieu 10) des enseignements prononcés à diverses époques et notamment dans les derniers temps de son ministère.
C'est là ce qu'il faudrait d'abord prouver, et la preuve est loin d'être faite. Il est du reste inadmissible que Jésus n'ait jamais parlé de persécutions aux siens Jusqu'à ces derniers entretiens. L'opposition, souvent violente, dont il fut l'objet dès le début, l'y amena nécessairement.
Mais il ne leur avait pas encore présenté ce sujet comme il le fait maintenant ; ce qu'il y a de nouveau dans le discours actuel, c'est qu'il leur dévoile la cause profonde et douloureuse de ces persécutions qu'ils auront à subir, la haine du monde contre lui-même et contre les siens, une haine telle que Dieu lui-même en est le premier objet. (Jean 15.18-24)
Il ne leur avait point non plus jusqu'alors signalé aussi directement ce fanatisme aveugle dont il devait être, dès le lendemain la première victime. Ces profondeurs de la corruption humaine, il ne les leur avait point révélées dès le commencement, parce qu'elles ne devaient se manifester qu'en présence de la croix. Dans les premiers temps, quand ils jouissaient encore de la faveur du peuple, les disciples n'auraient pu croire de telles prédictions. |
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