Luc   19.29  à  19.48

29. Et il arriva, comme il approchait de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont appelé des Oliviers, qu'il envoya deux de ses disciples, 30. en disant : Allez à la bourgade qui est devant vous, et en y entrant, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme jamais ne s'est assis ; détachez-le, et amenez-le. 31. Et si quelqu'un vous demande : Pourquoi le détachez-vous ? vous direz ainsi : Parce que le Seigneur en a besoin. 32. Et s'en étant allés, les envoyés trouvèrent comme il leur avait dit. 33. Et comme ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous cet ânon ? 34. Et ils dirent : Parce que le Seigneur en a besoin. 35. Et ils l'amenèrent à Jésus. Et ayant jeté leurs vêtements sur l'ânon, ils firent monter Jésus dessus. 36. Et, comme il avançait, ils étendaient leurs vêtements sur le chemin. 37. Et, comme déjà il approchait, vers la descente de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, transportée de joie, se mit à louer Dieu à haute voix, pour tous les miracles qu'ils avaient vus, 38. disant : Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts ! 39. Et quelques-uns des pharisiens, qui étaient dans la foule, lui dirent : Maître, reprends tes disciples. 40. Et répondant, il leur dit : Je vous dis que si ceux-ci se taisent, les pierres crieront. 41. Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : 42. Si toi aussi, tu avais connu, au moins dans ce jour qui est à toi, les choses qui regardent ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux. 43. Car des jours viendront sur toi, où tes ennemis t'environneront d'un retranchement et t'enfermeront et te serreront de toutes parts ; 44. et ils te détruiront entièrement, toi, et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as point connu le temps de ta visitation.

45. Et, étant entré dans le temple, il se mit à chasser ceux qui vendaient, 46. leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prières ; mais vous en avez fait une caverne de voleurs. 47. Et il enseignait chaque jour dans le temple. Mais les principaux sacrificateurs et les scribes et les chefs du peuple cherchaient à le faire périr. 48. Et ils ne trouvaient rien à faire, car le peuple tout entier, l'écoutant, était suspendu à ses lèvres.

PLAN
  1. L'entrée à Jérusalem
    a) Les préparatifs. Jésus prend l'initiative en envoyant deux de ses disciples chercher un ânon dans le bourg qui est devant eux. Les disciples, de leur côté, après avoir exécuté cet ordre, mettent leurs vêtements sur l'ânon pour y faire monter leur Maître, et les étendent sur le chemin. (29-36.)
    b) La joie qui éclate dans le cortège à la descente du mont des Oliviers. Elle est blâmée par les pharisiens, mais Jésus prend la défense de ses disciples. (37-40.)
    c) Les larmes de Jésus. En apercevant la ville, Jésus pleure sur elle et prophétise sa ruine. (41-44.)
  2. Purification du temple
    a) Expulsion des vendeurs. Entré dans le temple, Jésus chasse les vendeurs en déclarant que de cette maison de prière ils font une caverne de voleurs. (45, 46.)
    b) Tableau sommaire de l'activité de Jésus dans le temple et de sa situation vis-à-vis des chefs du peuple. (47, 48.)
NOTES
19.29 Et il arriva, comme il approchait de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont appelé des Oliviers, qu'il envoya deux de ses disciples,
  La semaine sainte.

Les premiers jours de la semaine.

L'entrée de Jésus à Jérusalem.

29 à 48 L'entrée à Jérusalem et la purification du temple.

Voir, sur ce récit, (versets 29-38)

Et Matthieu 21.1-9 ; Marc 11.1-10, notes.

19.30 en disant : Allez à la bourgade qui est devant vous, et en y entrant, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme jamais ne s'est assis ; détachez-le, et amenez-le.
  Marc 11.2,3, note.

Marc et Luc ne rappellent pas ici la prophétie de Zacharie que Matthieu (Matthieu 21.4,5) cite pour ses lecteurs juifs.

19.37 Et, comme déjà il approchait, vers la descente de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, transportée de joie, se mit à louer Dieu à haute voix, pour tous les miracles qu'ils avaient vus,
  Cette joie éclate, ces chants de louange montent vers Dieu, au moment où Jésus, à la tête de son cortège, est arrivé vers la descente de la montagne des Oliviers, c'est-à-dire sur le col qui relie le mont des Oliviers au mont du Scandale.

De là, on voit Jérusalem se déployant sur la montagne opposée, au delà de la vallée du Cédron, avec ses tours, ses palais et son temple.

C'est à cette vue que toute la multitude des disciples, pénétrée d'une joyeuse attente, se met à louer Dieu à haute voix.

Pour la plupart, la cause de cette joie, c'étaient les miracles qu'ils avaient vus, et tout spécialement le miracle de la résurrection de Lazare, qui avait eu lieu peu de temps auparavant.

Selon le récit de Jean, (Jean 12.9 et suivants) Jésus venait de passer à Béthanie, où la foule avait pu voir Lazare vivant.

19.38 disant : Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts !
  Voir, sur ce chant de louange, Matthieu 21.9, note.

Au lieu de : "Hosanna dans les lieux très hauts," Luc, écrivant pour des étrangers qui ne comprenaient pas l'hébreu, dit : Paix dans le ciel, où l'œuvre du Sauveur allait en effet rétablir la paix entre Dieu et les hommes (Ephésiens 1.10, note ; Colossiens 1.20) ; et encore : Gloire dans les lieux très hauts, car, par la rédemption du monde, Dieu allait être glorifié, toutes ses perfections manifestées.

Sans doute, les espérances des disciples devaient s'accomplir tout autrement qu'ils ne s'y attendaient ; les pieux sentiments qu'ils exprimaient dans leur saint enthousiasme étaient plus conformes à la vérité que les idées qu'ils se faisaient de l'avenir n'étaient exactes.

19.40 Et répondant, il leur dit : Je vous dis que si ceux-ci se taisent, les pierres crieront.
  Ce court dialogue est particulier à Luc.

Mais Matthieu (Matthieu 21.15,16) mentionne, après l'entrée de Jésus à Jérusalem, un semblable mouvement d'indignation parmi les pharisiens.

Ici, quelques-uns de ces hommes, orgueilleux de leur position et jaloux de leur influence sur le peuple, se montrent irrités des acclamations et des louanges dont Jésus est l'objet, et ils lui demandent de reprendre ses disciples, afin de leur imposer silence.

Quelle note discordante au sein de ce joyeux concert ! La réponse de Jésus est revêtue d'une image proverbiale qui signifie : Il est désormais impossible de comprimer cet élan de louanges, de reconnaissance et d'amour, qui s'élèvera de la terre au ciel.

Ce contraste entre la pierre et l'homme se retrouve dans une autre application, Luc 3.8. (Comparer Habakuk 2.11)

19.41 Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant :
  La multitude des disciples éclate en joyeuses acclamations, et Jésus pleure !

Les paroles qu'il prononce nous disent la cause de ses larmes. Mais ces larmes mêmes nous révèlent, mieux encore que ses paroles, à la fois la tendre compassion du Sauveur, son amour pour son peuple dont il prévoit la ruine, et la certitude des jugements de Dieu que ce peuple va attirer sur lui par son endurcissement.

Plus tard, au sein même de la ville coupable, Jésus éprouva encore cette profonde et douloureuse émotion. (Matthieu 23.37)

19.42 Si toi aussi, tu avais connu, au moins dans ce jour qui est à toi, les choses qui regardent ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux.
  Cette exclamation est une phrase inachevée ; l'émotion empêche Jésus de la finir.

Chacun des mots qu'il y accumule a sa signification profonde : Si tu avais connu ! C'est donc par ignorance que le peuple juif va rejeter son Sauveur et combler par ce crime la mesure de ses péchés ; (comparez Luc 23.34 ; Actes 3.17 ; 1Corinthiens 2.8) mais cette ignorance était volontaire : "Vous ne l'avez pas voulu !" (Matthieu 23.37)

Toi aussi, comme mes disciples, ces âmes droites et simples qui se sont ouvertes à la foi.

Au moins dans ce jour qui est à toi, ou, comme traduisent littéralement nos vieilles versions, au moins dans cette tienne journée : ce jour suprême où Jésus faisait son entrée à Jérusalem offrait une dernière occasion au peuple et à ses chefs de venir se jeter, repentants, aux pieds de Jésus !

Jésus appelle (verset 44) ce jour "le temps de ta visitation."

Il y a dans le développement des peuples comme des individus des moments qui, mis à profit ou négligés, déterminent leur destinée pour longtemps, peut-être pour toujours ; ce sont des temps de crise, de décision pour le bien ou pour le mal. (Comparer Hébreux 3.7,13,15)

"La présence de Jésus provoqua une lutte entre un petit nombre d'âmes bien disposées et la masse corrompue du peuple. Tandis que celles-là s'ouvrirent à son influence et trouvèrent en lui la lumière et la vie, celle-ci n'en reçut que l'anéantissement de ses vaines espérances et de ses visées égoïstes." 0lshausen.

- Les choses qui regardent ta paix. Ces choses d'une si immense importance, c'était la vérité, le pardon, le salut que Jésus offrait à tous. S'ils l'avaient reçu avec foi, tous auraient trouvé en lui la paix et la prospérité. Le mot hébreu qu'employait le Sauveur a les deux significations.

Le verbe sont cachées indique un fait accompli ; et cependant Jésus allait encore prêcher à Jérusalem durant toute une semaine, et ses apôtres après lui pendant quarante ans ; mais, pour le grand nombre, la mesure des iniquités était comblée, le temps de la grâce, de la visitation, (verset 44) était passé.

"En voyant, ils ne verront point ; en entendant, ils n'entendront point." Ces redoutables paroles n'excluaient point du salut les Israélites qui, individuellement, croiraient au Sauveur. (Romains 11.1-5)

19.43 Car des jours viendront sur toi, où tes ennemis t'environneront d'un retranchement et t'enfermeront et te serreront de toutes parts ;
  Ici encore, la phrase est suspendue par l'émotion : grec des jours viendront sur toi...et tes ennemis t'environneront, etc.

Puis les divers traits de la prédiction se succèdent, liés les uns aux autres par le mot et, cinq fois répété.

- Un retranchement, autour d'une ville assiégée, était une sorte de rempart en palissade, élevé par l'ennemi, afin de réduire la ville par la famine.

L'historien Josèphe raconte que les Romains élevèrent un tel retranchement autour de Jérusalem, d'abord en bois puis en pierre, quand le premier eut été brûlé par les Juifs.

19.44 et ils te détruiront entièrement, toi, et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as point connu le temps de ta visitation.
  Le mot traduit par : ils te détruiront, signifie proprement : ils te raseront au niveau du sol, de sorte qu'il ne restera pierre sur pierre.

On peut aussi traduire : ils te briseront contre le sol ; les Septante ont employé ce verbe dans Psaumes 137.9, et l'on pourrait voir dans notre prophétie une réminiscence de ce passage.

- Toi et tes enfants, c'est-à-dire tous les habitants de Jérusalem ; il ne s'agit point des enfants par opposition aux adultes. La cause de ces malheurs est clairement indiquée par le Sauveur à la fin de sa prédiction.

Le temps de ta visitation est un hébraïsme bien connu. Dieu visite une ville, un peuple, une âme, quand il s'en approche et leur parle, soit par sa parole et son Esprit, soit par de grandes épreuves ou de grandes bénédictions.

- Toute cette prophétie fut accomplie à la lettre, au milieu de calamités inouïes, quarante ans après, lors de la destruction de Jérusalem par les Romains.

Certains critiques ont prétendu que la prophétie que Luc attribue à Jésus avait été écrite après l'événement. Ils se fondent sur la ressemblance qu'elle présente avec le récit de Josèphe. C'est oublier que cette prédiction s'en tient à des traits généraux qui se reproduisaient au siège de chaque ville. Un passage d'Esaïe, (Esaïe 29.3) annonçant le siège de Jérusalem par les Assyriens, renferme, dans la version des Septante, des expressions identiques à celles de notre texte.

19.45 Et, étant entré dans le temple, il se mit à chasser ceux qui vendaient,
  Voir, sur ce trait, Matthieu 21.12-17, notes, et Marc 11.15-17, notes.

Le texte reçu ajoute : ceux qui vendaient en lui (dans le temple) et ceux qui achetaient. Les mots soulignés paraissent inauthentiques.

19.47 Et il enseignait chaque jour dans le temple. Mais les principaux sacrificateurs et les scribes et les chefs du peuple cherchaient à le faire périr.
  Chaque jour de cette dernière semaine ; puis, le soir venu, Jésus se retirait hors de la ville, soit à la montagne des Oliviers, soit à Béthanie. (Marc 11.11,19)

Grec : les premiers du peuple.

Luc unit ainsi l'aristocratie juive aux sacrificateurs et aux scribes, qui avaient déjà décrété la mort de Jésus et qui cherchaient les moyens de mettre à exécution leur dessein. (Marc 11.18 ; Matthieu 26.3,4)

19.48 Et ils ne trouvaient rien à faire, car le peuple tout entier, l'écoutant, était suspendu à ses lèvres.
  Grec : tout le peuple pendait à lui (à ses lèvres) en écoutant.

Jésus était tellement entouré de la multitude, avide de l'entendre et impressionnée par ses enseignements, que les chefs du peuple, craignant une émeute, n'osaient rien entreprendre contre lui.