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Il y a ici une grande variété de leçons et de constructions dans les divers manuscrits.
Le verbe grec que nous rendons par les mots : il y a cette différence, signifie proprement être partagé.
Or, en rattachant ce mot au verset précédent, M. Rilliet traduit, d'après le Vaticanus : "celui qui est marié s'inquiète des choses du monde...et il est partagé" (entre les soins terrestres et ceux de la vie chrétienne).
Si au contraire on rapporte le mot à ce qui suit, on peut le rendre ainsi : "la femme (mariée) et la vierge sont partagées, divisées" par des intérêts, des soins divers : l'une pour les choses du Seigneur, l'autre pour les choses du monde.
De là, notre traduction ordinaire : il y a cette différence.
Il y a lieu de mentionner enfin la traduction proposée par M. Godet : "La femme mariée aussi est partagée. La vierge non mariée prend souci des choses du Seigneur..."
L'apôtre applique ici (versets 32-34) au mariage ce qu'il vient de dire de la difficulté et de la brièveté du temps, aussi bien que du détachement qui doit en résulter pour le chrétien. Quand il s'agit de confesser le Seigneur en des temps d'épreuve et de persécution, quand cette confession est accompagnée de sacrifices et de dangers, quand le chrétien se sent appelé à consacrer tout son temps au service de Dieu, à lui offrir jusqu'à sa vie, il est certain que les liens et les soucis de la famille peuvent contribuer puissamment à ce que le cur soit partagé, irrésolu ; on se donne beaucoup plus difficilement tout entier à la cause de Christ.
C'est ce que l'apôtre appelle s'inquiéter des choses de ce monde, plaire à sa femme, plaire à son mari, c'est-à-dire se consacrer l'un à l'autre, s'employer, se dépenser l'un pour l'autre. Dans ce sens, ces paroles sont dignes d'une sérieuse considération pour tous les temps.
Mais, d'un autre côté, puisqu'en toutes circonstances, même les plus fâcheuses, le chrétien reste libre à cet égard ; (verset 28, note) puisque Dieu a institué le mariage et l'a sanctifié, il peut se servir précisément de ces afflictions de la chair, (verset 28) de ces inquiétudes (versets 32-34) dont parle l'apôtre, non moins que des mille complications de la vie domestique, comme de puissants moyens d'éducation et de sanctification pour ses enfants.
La famille chrétienne a un beau témoignage à rendre dans ce monde, sa mission sainte à remplir, aussi bien que le disciple de Christ pris individuellement. Ces deux faces de la question paraissent-elles se contredire ? Que chacun cherche la solution dans son propre cur et dans la parole de Paul. (verset 7) |
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L'apôtre ajoute ce dernier mot contre de faux docteurs de Corinthe, qui, afin de s'élever en abaissant Paul, prétendaient, pour ainsi parler, au monopole des lumières du Saint-Esprit. Il faut donc appliquer cette observation à tout ce qui précède.
- Elle suffit, sans doute, pour inspirer aux chrétiens de Corinthe la plus entière confiance en tout ce que l'apôtre venait de leur écrire. Comment se fait-il donc qu'on ait trouvé tant de difficultés au sujet de certaines remarques et certaines restrictions que Paul fait, dans ce chapitre, au sujet des conseils qu'il avait à donner ?
Ces remarques et ces restrictions, qu'on a eu le tort d'appliquer à l'inspiration de l'apôtre, sont au nombre de cinq : versets 6,10,12,25,40.
Et voici le système que l'on a bâti là-dessus : Paul, dans ces passages, déclare tantôt qu'il ne parle plus par inspiration, tantôt qu'il a un commandement du Seigneur, tantôt qu'il n'en a pas, mais qu'il se contente de donner un simple conseil.
Donc, a-t-on conclu de là, il enseigne, dans ce dernier cas, sans autre autorité que celle d'un simple chrétien ; donc, il est sujet à l'erreur ; donc, il s'est trompé réellement ; donc, il distingue ce qu'il dit par inspiration de ce qu'il enseigne comme simple chrétien ; et de là encore une foule de théories sur la nature et le mode de l'inspiration, et des conséquences de toute espèce tirées de ce fait prétendu.
Or, ce fait, ou, si l'on veut, ce principe, il n'en est pas question dans les paroles de l'apôtre. Paul, écrivant aux Eglises, pour l'instruction de tous les siècles dans la sainte vérité de Dieu est toujours inspiré, éclairé, animé de l'Esprit de Dieu. Mais l'idée étrange qu'il aurait déposé par moments cette inspiration, comme un habit, pour la reprendre ensuite, qu'il aurait ainsi laissé dans le sanctuaire de la vérité divine une porte entr'ouverte, par laquelle nous nous hâtons d'introduire nos systèmes, cette idée est une pure invention des hommes.
Qu'a donc voulu nous apprendre l'apôtre par les cinq observations mentionnées ci-dessus ?
Il n'y a qu'à relire sans idée préconçue, et tout reste fort simple :
1° verset 6. Il donne sur les relations du mariage un conseil, non un commandement, parce qu'il n'y a ici pour personne devoir absolu, mais simple convenance d'édification.
2° verset 10. Ce n'est pas lui, mais le Seigneur qui interdit le divorce : pourquoi ? par la simple raison que Jésus-Christ l'a déjà interdit avant lui. (Matthieu 5.32 ; 19.9. Voir une citation pareille d'un ordre du Seigneur, 1Corinthiens 9.14)
3° verset 12. C'est l'apôtre, et non le Seigneur, qui ordonne aux époux chrétiens mariés à des païens de ne pas s'en séparer. Dieu, dans l'Anc.Test., avait donné aux Juifs, pour un temps, un ordre opposé, et dans le Nouveau Testament il n'a point laissé de commandement à cet égard ; donc, l'apôtre en ordonne selon les lumières du Saint-Esprit qui l'éclaire, et cela "dans toutes les Eglises." (verset 17)
4° verset 25. Il déclare que, sur la question du mariage ou du célibat, il n'a pas de commandement du Seigneur, ni par la tradition évangélique, ni par les révélations directes qui lui avaient communiqué tant de vérités importantes, (1Corinthiens 11.23 ; 2Corinthiens 12.1,7) et même tout l'Evangile qu'il prêchait. (Galates 1.11-16)
Livré à lui-même dans ce cas-ci, ou plutôt, à l'Esprit de Dieu qui le dirige dans toute la vérité, il exprime, non un ordre, car il fallait respecter la liberté chrétienne en une telle matière, mais un conseil, un sentiment.
Ce conseil, néanmoins, pour n'être point un ordre, pour n'avoir rien d'absolument obligatoire, puisque l'apôtre en a sagement disposé ainsi, ce conseil est-il moins inspiré que ne le serait un ordre ? Loin de là, car pour donner à ce conseil toute l'importance qu'il y attache, Paul l'accompagne de ces solennelles paroles, dans une intention de polémique contre les dénigrements de ses adversaires : "Je donne ce conseil comme ayant obtenu miséricorde de par le Seigneur, pour être fidèle," fidèle dans son apostolat auprès des âmes.
5° verset 40. Enfin, l'apôtre en appelle encore à son conseil pour affirmer que, vu les circonstances, la veuve serait plus heureuse si elle ne se remariait pas.
Et c'est alors que, non content d'avoir écrit toutes ces choses sous l'autorité de son apostolat, il ajoute ces mots, où se trahit une fine et sainte ironie à l'adresse des faux docteurs : Or, j'estime que j'ai aussi, moi, l'Esprit de Dieu. Et c'est le sceau divin de cet Esprit qui repose sur tout ce qui précède, comme sur tous les oracles de Dieu.
Ainsi donc, en résumé, l'apôtre, toujours conduit par l'Esprit du Seigneur, fait deux distinctions fort importantes pour ses lecteurs.
1° Le Seigneur a ou n'a pas laissé de prescription sur tel ou tel point dont je vous parle comme son apôtre ;
2° ce que je vous dis est un ordre, un devoir absolu pour tout chrétien, ou bien un simple conseil de mon expérience, qui vous laisse libres, parce que son application dépend des circonstances. Dans ces deux distinctions, on le voit, l'inspiration de l'apôtre de Jésus-Christ n'est point en cause. |