1Corinthiens   15.12  à  15.34

12. Or, si l'on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns d'entre vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts ? 13. Mais, s'il n'y a point de résurrection des morts, Christ aussi n'est point ressuscité. 14. Et si Christ n'est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. 15. Et même nous sommes trouvés de faux témoins à l'égard de Dieu ; car nous avons rendu ce témoignage contre Dieu, qu'il a ressuscité Christ, lequel il n'a point ressuscité, si les morts ne ressuscitent point. 16. Car si les morts ne ressuscitent point, Christ n'est point non plus ressuscité ; 17. et si Christ n'est point ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés ; 18. ceux donc aussi qui se sont endormis en Christ sont perdus.

19. Si c'est dans cette vie seulement que nous avons espéré en Christ, nous sommes les plus misérables de tous les hommes. 20. Mais maintenant Christ est ressuscité des morts, comme prémices de ceux qui se sont endormis. 21. Car, puisque la mort est venue par un homme, la résurrection des morts est aussi venue par un homme. 22. Car, comme en Adam tous meurent, de même aussi en Christ tous revivront. 23. Mais chacun en son propre rang : d'abord Christ, qui est les prémices ; ensuite ceux qui sont à Christ, à son avènement ; 24. ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à Dieu le Père, et qu'il aura détruit toute domination, toute autorité et toute puissance. 25. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. 26. Le dernier ennemi sera détruit, la mort. 27. Car il a assujetti toutes choses sous ses pieds. Or, quand il dit que toutes choses sont assujetties, il est évident que Celui qui lui a assujetti toutes choses est excepté ! 28. Et quand toutes choses lui auront été assujetties, alors aussi le Fils même sera assujetti à Celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.

29. Autrement, que feront ceux qui sont baptisés pour les morts, si absolument les morts ne ressuscitent point ? Pourquoi aussi sont-ils baptisés pour eux ? 30. Et pourquoi nous-mêmes sommes-nous à toute heure en péril ? 31. Je meurs tous les jours ; j'en atteste, frères, le sujet que j'ai de me glorifier de vous, en Jésus-Christ notre Seigneur. 32. Si c'est selon l'homme que j'ai combattu contre les bêtes à Ephèse, quel avantage m'en revient-il ? Si les morts ne ressuscitent point, mangeons et buvons, car demain nous mourrons. 33. Ne vous abusez point, les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs. 34. Réveillez-vous, pour vivre justement, et ne péchez point ; car il y en a qui sont sans connaissance de Dieu ; je vous le dis à votre honte.

PLAN

II. S'il n'y a point de résurrection des morts, qu'en résulte-t-il ?

  1. Que Christ, malgré ces témoignages, n'est pas non plus ressuscité ; qu'alors notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi ; que nous sommes de faux témoins ; que vous êtes encore dans vos péchés ; que vos morts sont perdus ; que, jouets d'une espérance trompeuse, nous sommes plus misérables que les autres hommes. (12-19.)
  2. Mais tout cela est faux, Christ est ressuscité ; il est les prémices de la résurrection, le second Adam, en qui tous revivent, comme tous meurent dans le premier. (20-22.)
  3. Mais chacun en son rang : d'abord, les prémices, Christ ; puis les siens ; puis vient la fin. Christ, vainqueur de toute puissance ennemie, remet le royaume à Dieu le Père ; la mort est détruite ; toutes choses sont assujetties à Christ, lui-même est assujetti à Dieu, qui est tout en tous. (23-28.)
  4. Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi des baptêmes pour les morts ? pourquoi souffrons-nous tous ces dangers, ces combats, ces morts ? Jouissons plutôt de la vie ! Ainsi peuvent se corrompre les mœurs ; réveillez-vous plutôt pour vivre justement. (29-34.)
NOTES
15.12 Or, si l'on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns d'entre vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts ?
  12 à 34 S'il n'y a point de résurrection des morts, qu'en résulte-t-il ?

Voilà donc, exprimée en termes très clairs, la grossière et funeste erreur contre laquelle Paul dirige tout cet admirable chapitre.

Il y avait à Corinthe, et cela dans l'Eglise (entre vous), des docteurs de mensonge qui niaient la résurrection des morts. Observons d'abord que cette erreur n'était point universelle : quelques-uns ; et ensuite, que ces docteurs ne niaient pas tous la résurrection de Jésus-Christ, puisque l'apôtre part de ce fait pour prouver la résurrection en général.

Deux questions se posent ici, sur lesquelles on a fait maintes hypothèses :

1° qui étaient ces quelques-uns ? On a supposé en eux d'anciens saducéens, ou des épicuriens convertis, ou des chrétiens judaïsants, autant d'idées très improbables. C'étaient plutôt des païens convertis, imbus encore de certains principes philosophiques incompatibles avec l'idée de la résurrection, comme on en voit un exemple Actes 17.32. On a fait également diverses suppositions pour déterminer auquel des quatre partis qui divisaient l'Eglise de Corinthe (Introduction et 1Corinthiens 1.11,12), pouvaient appartenir ceux qui niaient la résurrection. Mais il n'est pas possible d'arriver à un résultat certain.

2° La seconde question, plus importante pour l'intelligence de ce chapitre, est celle-ci : en quel sens ces faux docteurs niaient-ils la résurrection des morts ? Admettaient-ils, comme d'autres hérétiques, (2Timothée 2.18) une résurrection purement spirituelle déjà accomplie dans ce monde, et qui permît d'espérer une vie à venir, mais pour l'esprit seulement, sans le corps ? Ou bien, leur négation emportait-elle l'anéantissement de l'homme dans la mort, un pur matérialisme, dont, toutefois, ils ne se rendaient pas clairement compte ?

La réfutation de l'apôtre semble admettre cette dernière opinion. (Voir surtout versets 18,19,32, et cette sévère répréhension, versets 33,34) Quoi qu'il en soit, l'erreur qu'il combat emportait à ses yeux l'anéantissement de l'espérance chrétienne et de la vie éternelle. (versets 14-18)

15.13 Mais, s'il n'y a point de résurrection des morts, Christ aussi n'est point ressuscité.
  De ce principe général : la résurrection des morts est impossible, résulte nécessairement cette conséquence de fait que Jésus, homme, n'a pu ressusciter.

Mais il y a deux manières d'entendre ce raisonnement, qui divisent les interprètes :

1° Les uns y voient une simple conclusion logique : si le général est supprimé (la résurrection des morts), le particulier l'est aussi (la résurrection de Christ). Car enfin, l'homme Jésus, une fois mort, était dans la même condition naturelle que tous les autres hommes.

2° A cela, d'autres commentateurs répondent : Non, car Jésus, comme Fils de Dieu, avait une puissance surnaturelle sur la mort, et il se pourrait qu'il fût ressuscité, sans que les autres morts dussent nécessairement sortir du tombeau après lui. Ainsi l'argumentation de l'apôtre serait défectueuse.

- Dès lors, ces mêmes interprètes voient ici un raisonnement fondé sur la signification dogmatique de la résurrection de Jésus-Christ. Dans le plan divin de la rédemption, Jésus n'est ni mort ni ressuscité pour lui-même, mais pour nous, et dans une solidarité absolue avec notre humanité. Or, ce but suprême serait manqué si les morts ne ressuscitaient point, et, de fait, Christ ne serait pas ressuscité.

Ainsi Christ, homme, n'est pas ressuscité parce que, en tant que Dieu, il avait une puissance surnaturelle sur la mort, mais parce que Dieu ne pouvait permettre que "son Saint" sentit la corruption, (Actes 2.24-27) et parce que "l'Esprit de sainteté" a vaincu en lui le péché et sa suite naturelle, la mort. (Romains 1.4)

Nul ne peut comprendre la doctrine de l'Ecriture touchant la résurrection s'il n'a clairement présent à l'esprit le rapport intime et indissoluble qu'il y a entre le péché et la mort, aussi bien qu'entre la justification et la sanctification, d'une part, la résurrection et la glorification du corps, d'autre part.

15.15 Et même nous sommes trouvés de faux témoins à l'égard de Dieu ; car nous avons rendu ce témoignage contre Dieu, qu'il a ressuscité Christ, lequel il n'a point ressuscité, si les morts ne ressuscitent point.
  Les apôtres ont été dans le monde les témoins de Dieu.

L'objet principal de leur témoignage étant la résurrection de JésusChrist, fondement de la résurrection des siens, ils ne seraient pas seulement de faux témoins si cette doctrine n'est pas vraie, mais ils auraient témoigné contre Dieu et contre sa vérité en prenant son nom en vain.

Il y a donc une triple gradation dans ces conséquences que tire l'apôtre : la prédication est vaine ; donc la foi qui s'appuie sur elle est vaine aussi ; enfin, les prédicateurs sont des imposteurs.

15.16 Car si les morts ne ressuscitent point, Christ n'est point non plus ressuscité ;
  L'apôtre pose une seconde fois le principe erroné exprimé déjà verset 13, afin d'en rendre les conséquences d'autant plus claires et impressives.

On voit par ce chapitre, comme par l'Evangile tout entier, que Jésus-Christ, dans sa mort et dans sa résurrection, est absolument identifié avec les croyants. (verset 17, note.)

Et c'est pour avoir ignoré cette profonde vérité qu'on a pu accuser ici l'apôtre d'avoir fait un faux raisonnement, et, ce qui est bien pire, que d'autres se sont imaginé qu'ils pouvaient nier la résurrection de Jésus-Christ ou la déclarer indifférente, sans ruiner de fond en comble le christianisme même.

15.17 et si Christ n'est point ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés ;
  Voilà une quatrième conséquence de l'erreur qu'il combat ; il en indique (verset 18) une cinquième, non moins terrible ; et enfin, (verset 19) une sixième qui les résume toutes.

- Etre dans ses péchés, (comparez Jean 8.21) c'est non seulement n'en avoir point le pardon, être condamné par la justice de Dieu, mais être livré à toutes les conséquences du péché non vaincu, à l'esclavage de la corruption, à la mort temporelle et éternelle. Preuve que, dans la pensée de l'apôtre, ce n'est que la résurrection de Jésus-Christ qui a consommé toute son œuvre de rédemption ; de là aussi la conséquence de verset 18.

15.18 ceux donc aussi qui se sont endormis en Christ sont perdus.
  Perdus, parce qu'ils restent dans leurs péchés (verset 17) et dans la mort. Paul ne connaît pas ou n'admet pas l'idée païenne d'une immortalité sans rédemption et sans résurrection. Ce faux spiritualisme est aussi contraire à une vraie philosophie l'Evangile.

- Quelle douloureuse émotion devait produire cette conséquence chez ceux qui pleuraient leurs morts endormis en Christ, c'est-à-dire, en fondant leurs espérances sur sa résurrection !

15.19 Si c'est dans cette vie seulement que nous avons espéré en Christ, nous sommes les plus misérables de tous les hommes.
  Dernière conséquence que l'apôtre tire de la triste supposition qu'il combat et qui complète la pensée de verset 18.

On pourrait objecter que, même pour cette vie, le chrétien est plus heureux que l'homme du monde. Sans aucun doute une heure de la paix de Dieu vaut mieux que toutes les jouissances que le monde peut offrir. Mais il ne faut pas oublier que nulle communion véritable avec Dieu n'existerait si l'erreur que combat l'apôtre était vraie.

Jouet d'une vaine illusion, se nourrissant d'un mensonge, le chrétien n'aurait réellement en partage ici-bas que ses renoncements et ses combats, et, dans l'avenir, une déception pour toute espérance. Ou plutôt il n'y aurait jamais eu de chrétiens sur la terre, et ainsi la supposition de l'apôtre devient un argument irréfutable pour toute sa démonstration.

15.22 Car, comme en Adam tous meurent, de même aussi en Christ tous revivront.
  Avec un sentiment évident de soulagement et de triomphe, et par ces mots : mais maintenant, (verset 20) l'apôtre oppose à la triste négation dont il a déduit les conséquences l'affirmation du grand fait sur lequel il va fonder la résurrection des croyants. (versets 20-28)

Christ est les prémices de la résurrection et de la vie, (Apocalypse 1.5) comme ces premiers fruits de la saison, consacrés à Dieu dans le temple, étaient les gages certains de la récolte.

L'Ecriture enseigne fréquemment la vérité profonde d'une humanité une et solidaire, dont chaque membre, malgré son individualité, "ne vit pas pour lui même."

Ainsi, comme du péché d'Adam est venue la mort pour sa race, (Romains 5.12) de même le second Adam, le représentant de l'humanité nouvelle, n'est pas mort et ressuscité pour lui seul, mais de lui émanent la justice et la vie. (Voir le développement de ce contraste dans Romains 5.12-21)

- Paul considère ici cette doctrine uniquement par son côté objectif ; c'est pourquoi il dit : "tous seront rendus vivants par Christ," sans faire de distinction entre "une résurrection de vie" et une "résurrection de jugement." (Jean 5.29) Il est bien évident, d'après la nature même des choses, que Christ n'est la justice et la vie que pour ceux en qui cette justice et cette vie s'accomplissent réellement par leur union avec lui. (verset 23)

15.23 Mais chacun en son propre rang : d'abord Christ, qui est les prémices ; ensuite ceux qui sont à Christ, à son avènement ;
  Ceux qui sont à Christ seront rendus vivants à sa venue.

Ici encore l'apôtre ne parle que de ceux-là, parce que, pour eux seuls, la doctrine de la résurrection qu'il enseigne sera une délivrance, la rédemption parfaite.

Le rang ou l'ordre de ces solennels événements, qui s'accompliront au retour de Christ, n'est pas un ordre chronologique, distingué par des intervalles dans le temps ; mais plutôt un ordre de dignité, partant de Christ, les prémices, l'auteur du royaume et du salut, et aboutissant à Dieu le Père, source éternelle à qui toute gloire doit être rendue. (verset 28)

15.24 ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à Dieu le Père, et qu'il aura détruit toute domination, toute autorité et toute puissance.
  La fin sera celle du monde actuel de l'économie présente, par le jugement définitif qui suivra la résurrection et qui séparera du royaume toute puissance ennemie. (verset 25 ; comparez Matthieu 13.30,41,49 ; 25.32)

- Le royaume que Christ remet au Dieu et Père, c'est l'Eglise des rachetés, dont il a été le Médiateur, le Fondateur, par son incarnation, son sacrifice, sa résurrection, en un mot par toute son œuvre. C'est la domination divine confiée au Sauveur pour reconquérir l'empire sur le péché et la puissance des ténèbres, (Matthieu 11.27 ; 28.18 ; Jean 13.3 ; 17.2) et que le Fils rend à Dieu son Père, comme fruit de sa victoire. Dès que le péché et la révolte sont détruits, son œuvre, comme Médiateur, est achevée, et Dieu est tout en tous.

Il y a un autre règne universel de Dieu, la création, que Dieu a tirée du néant et conservée par la Parole éternelle ; (Jean 1.3 ; Hébreux 1.2) ce n'est pas ce royaume-là qui doit lui être remis, car il ne s'en est jamais départi.

15.25 Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds.
  Psaumes 110.1. Tel est le terme du règne du Médiateur.

Tous les êtres créés à l'image de Dieu devaient ne former qu'un royaume sous la domination de son amour. Le péché et tous les maux qui en sont la suite, ont rendu nécessaire le règne de Christ sur la terre, et ce règne dure jusqu'à ce que le Fils de Dieu n'ait plus d'adversaires à soumettre.

15.26 Le dernier ennemi sera détruit, la mort.
  Ou plus littéralement : "comme dernier ennemi, la mort est détruite."

- La puissance du péché et de Satan a été vaincue par la rédemption, et cette victoire s'accomplit sans cesse en chaque fidèle ; mais la mort, virtuellement détruite par la résurrection de Christ, exerce pourtant encore ses ravages sans distinction du croyant et de l'infidèle ; c'est pourquoi elle sera le dernier ennemi à soumettre par la résurrection finale, et par la manifestation complète de la vie de Christ dans les siens.

- Ceux qui niaient la résurrection de Jésus-Christ ne pouvaient donc pas admettre que tous les ennemis seraient vaincus par lui, ni que son œuvre de rédemption fût parfaite, puisque la mort aurait conservé sa victoire et ses victimes.

15.27 Car il a assujetti toutes choses sous ses pieds. Or, quand il dit que toutes choses sont assujetties, il est évident que Celui qui lui a assujetti toutes choses est excepté !
  Psaumes 8.7. Voir sur cette citation Hébreux 1.2 et suivants, notes.

Celui qui lui a assujetti toutes choses ne peut être que Dieu. Cette remarque sert à préparer l'idée de la subordination du Christ au Père. (verset 28)

15.28 Et quand toutes choses lui auront été assujetties, alors aussi le Fils même sera assujetti à Celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.
  Nous retrouvons évidemment ici encore la même pensée qu'à verset 24. Christ remet le royaume à Dieu son Père, et c'est en ce sens qu'il lui est assujetti, c'est-à-dire dans sa dignité de Messie ou de Médiateur. Jusque-là Dieu règne par lui, dès lors il règne immédiatement.

Comme Parole éternelle (Logos), Christ reste, après son dernier triomphe sur le mal, comme avant son incarnation, dans un rapport d'inaltérable unité avec Dieu. Le changement de relation qui est ici indiqué aura lieu lorsque son œuvre de rédemption sera achevée.

Tant que le péché ou la mort règnent encore sur ses rachetés, leur combat continue sous la conduite de Christ, leur Chef, leur Roi ; mais quand tout péché aura été détruit en eux, quand leur corps même aura été rendu conforme à son corps glorieux, alors ils lui seront semblables, (1Jean 3.2) étant parvenus à l'état d'homme parfait. (Ephésiens 4.13) Alors ils n'auront plus besoin de la médiation de l'Homme-Dieu, parce qu'ils seront participants de la nature divine, (2Pierre 1.4) et que Dieu sera toutes choses en tous.

"Ce que l'apôtre a voulu exprimer ici, c'est cette idée sublime : que le terme de l'histoire et le but de l'existence de l'humanité est la formation d'une société d'êtres intelligents et libres, amenés par Christ à une parfaite communion avec Dieu et rendus par là capables d'exercer, comme Jésus lui-même ici-bas, une activité inaltérablement sainte et bienfaisante. Cette intuition écarte d'un côté le panthéisme qui refuse toute existence propre et toute activité libre à la créature, - le en tous (en chacun d'eux) s'y oppose, - et de l'autre le déisme, qui attribue à l'homme une activité dans le bien isolément de Dieu, ce qu'exclut le toutes choses en de saint Paul." Godet.

Ce passage (versets 24-28) a été invoqué dans les temps modernes, et non sans raison, pour appuyer la doctrine d'un rétablissement universel, du salut final de tous les hommes, car si le but de l'humanité est un état de choses dans lequel Dieu soit tout en tous, il est difficile de concevoir que, ce but une fois atteint, il subsiste une classe d'êtres séparés de Dieu. Ils constitueraient à perpétuité l'empire du Prince des ténèbres, dont Paul (versets 24-26) annonce la destruction.

Toutefois, il faut reconnaître que dans ce chapitre, l'apôtre ne traite pas directement ce sujet de l'avenir des incrédules. Il parle seulement de ceux "qui se sont endormis en Christ," (verset 18) et il établit, par la résurrection du Sauveur, qu'ils ne resteront point la proie de la mort, mais en seront délivrés tout entiers, corps et âme, par la plénitude de la vie. Cela lui suffisait pour répondre victorieusement aux négations qu'il savait être répandues dans l'Eglise de Corinthe.

15.29 Autrement, que feront ceux qui sont baptisés pour les morts, si absolument les morts ne ressuscitent point ? Pourquoi aussi sont-ils baptisés pour eux ?
  Après la digression de versets 20-28 sur le fait de la résurrection de Jésus-Christ et ses suites jusqu'au dernier triomphe, l'apôtre revient à son argumentation interrompue à verset 19. Il reprend la supposition que les morts ne ressuscitent point, pour en développer les conséquences désastreuses et réduire à l'absurde cette supposition, d'abord aux versets 14-19, puis ici, versets 29-32.

Ce verset verset 29, certainement très clair pour les premiers lecteurs de l'épître, parce qu'il suppose un usage du baptême qui leur était connu, est pour nous d'une interprétation tout à fait incertaine, l'usage auquel il fait allusion n'étant pas mentionné ailleurs. On est donc réduit à des suppositions.

L'une consiste à croire que les chrétiens se faisaient administrer le baptême pour des morts (parents ou amis), qui n'avaient pas pu le recevoir de leur vivant, ou à leur place ; mais outre que cet usage, adopté plus tard dans certaines sectes, probablement d'après ce passage même, ne pouvait guère exister au temps des apôtres, peut-on admettre que Paul eût approuvé une telle superstition et argumenté d'une erreur pour établir une vérité ? D'ailleurs, l'emploi de l'article défini : les morts, montre qu'il avait en vue, non certains cas accidentels, mais la généralité des morts.

D'autres estiment qu'il fait allusion à l'usage d'administrer le baptême sur les morts, c'est-à-dire sur les tombeaux des chrétiens, spécialement des martyrs, ce qui n'est pas plus admissible, bien que le sens grammatical permette cette version.

Enfin, M. Godet et quelques interprètes pensent qu'il ne s'agit pas ici du baptême d'eau, mais d'un baptême de sang, c'est-à-dire de chrétiens qui subissaient le martyre, et qui étaient ainsi introduits dans l'Eglise glorifiée.

Passant sur les nombreuses interprétations qui ont été proposées encore, nous nous arrêtons à celle qui nous paraît la plus probable.

Le baptême, outre sa signification intérieure, était, au dehors, le moyen de l'introduction dans l'Eglise. On sait que, dès les temps les plus anciens, on le demandait fréquemment aux approches de la mort seulement, soit dans une maladie dangereuse, soit dans les persécutions, (verset 32) surtout avec l'idée de ne plus pécher après l'avoir reçu. Celui qui recevait le baptême en de telles circonstances était baptisé, non pour les vivants, mais pour les morts, c'est-à-dire était introduit dans l'Eglise déjà glorifiée, et non plus dans celle qui combattait sur la terre.

Mais s'il n'y a point de résurrection des morts, ce besoin du cœur, cette vive espérance n'était qu'une déception de plus ; à quoi bon ce baptême qui trompe ? Que feront-ils ? Qu'ont-ils à attendre ? Ce raisonnement est déjà tout entier dans le verset 18 et se reproduit sous une autre forme dans versets 30-32. On peut ponctuer ainsi : "Que feront ceux qui sont baptisés pour les morts ? Si absolument les morts ne ressuscitent point, pourquoi aussi sont-ils baptisés pour les morts (variante préférable : pour eux) ?"

15.31 Je meurs tous les jours ; j'en atteste, frères, le sujet que j'ai de me glorifier de vous, en Jésus-Christ notre Seigneur.
  Ces exemples, tirés de la vie de l'apôtre, s'unissent intimement à verset 29, dans le sens que nous lui avons donné. Lui aussi reçoit chaque jour un baptême de souffrances, de dangers, de renoncements, (Matthieu 20.22 ; Luc 12.50) qui constitue pour lui une mort de chaque jour (non seulement le danger de mort, mais une mort intérieure, progressive, la mort en détail) ; à quoi bon tout cela, sans l'espérance d'une résurrection glorieuse ? Une telle vie serait le comble de la folie.

Mais où est la conscience chrétienne que ne révolte une telle pensée ? Pour l'apôtre, c'est son sujet de gloire et par conséquent d'espérance. Aussi en appelle-t-il solennellement à la conscience des Corinthiens, qui tous pouvaient comprendre un tel sujet de gloire et de joie éternelle.

15.32 Si c'est selon l'homme que j'ai combattu contre les bêtes à Ephèse, quel avantage m'en revient-il ? Si les morts ne ressuscitent point, mangeons et buvons, car demain nous mourrons.
  On exposait les criminels (et plus tard les martyrs chrétiens) aux combats du cirque contre des bêtes féroces, jusqu'à ce qu'ils en fussent dévorés pour l'amusement du peuple. C'est à cet usage barbare que Paul compare les dangers et les mauvais traitements qu'il avait subis à Ephèse de la part des méchants ; on ignore à quelle époque et dans quelles circonstances, car l'émeute soulevée contre lui (Actes 19.23 et suivants) n'avait pas encore eu lieu. Peut-être faut-il voir une mention de ces souffrances dans Romains 16.4.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas probable que Paul entende ce combat contre les bêtes dans son sens littéral : sa qualité de citoyen romain le protégeait contre cette ignominie, et il y a toute apparence que les chrétiens n'y furent pas exposés avant la persécution plus générale qui eut lieu sous Néron.

- Selon l'homme signifie dans des vues humaines, sans espérances plus élevées que celles des hommes terrestres.

Ces mots : Si les morts ne ressuscitent pas, peuvent se joindre à la phrase qui précède ou à celle qui suit. L'apôtre, en exprimant ce principe charnel du matérialisme dans des termes empruntés à Esaïe, (Esaïe 22.13) ne voulait pas dire qu'il y eût dans l'Eglise de Corinthe des hommes qui tinssent ce langage, mais bien que la négation de la résurrection y conduisait logiquement.

Quiconque abandonne l'espérance d'une entière délivrance du péché par la glorification de tout l'homme, doit nécessairement chercher icibas la plus grande mesure possible de jouissances. Pourquoi s'imposerait-il des renoncements ? Aussi, est-ce dans les temps d'incrédulité que l'on voit renaître sous toutes ses formes la doctrine de la "réhabilitation de la chair."

15.33 Ne vous abusez point, les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs.
  Cette dernière sentence est, selon saint Jérôme, un vers emprunté au poète grec Ménandre, et qui était devenu un proverbe populaire. Il paraît que la négation de la résurrection était propagée par de faux docteurs, étrangers à l'Eglise de Corinthe, et dont Paul voulait que celle-ci évitât la société.
15.34 Réveillez-vous, pour vivre justement, et ne péchez point ; car il y en a qui sont sans connaissance de Dieu ; je vous le dis à votre honte.
  Grec : "Devenez sobres justement," comme vous le devez ; exhortation qui suppose déjà un certain degré d'enivrement par les séductions de l'erreur et d'une fausse liberté.

Afin d'humilier des hommes enflés de leur propre sagesse, l'apôtre prononce cette énergique accusation d'ignorance de Dieu (Grec :), qui n'a rien d'exagéré ; car en ceux qui possèdent l'Evangile toute erreur volontaire de doctrine et de morale obscurcit la vérité divine tout entière et trouble leur communion avec Dieu.