| Les interprètes établissent de deux manières la relation de verset 6 avec verset 5.
Pour les uns, il confirme l'imminence du jugement : "Le juge est prêt, car l'Evangile ayant été annoncé, il ne reste plus que la fin." Bengel.
Les autres y voient une confirmation de l'idée que le jugement s'étendra aux morts : les morts eux-mêmes seront jugés, car l'Évangile leur a été annoncé ; ils ont été mis en demeure d'accepter ou de repousser le salut.
Cette dernière relation nous paraît la plus naturelle, car après la pensée énoncée à verset 5, il importait à l'apôtre d'affirmer l'universalité du jugement, plutôt que son imminence.
Une autre question qui divise les interprètes est de savoir si les morts, auxquels l'Évangile a été annoncé, vivaient encore sur la terre quand cette prédication leur fut faite, ou s'ils l'entendirent dans le séjour des trépassés. La plupart de ceux qui estiment que dans 1Pierre 3.19,20 il est question d'une activité de Christ exercée dans l'empire des morts, retrouvent ici la même pensée, précisée et développée : l'Evangile est nommé expressément comme le sujet de la prédication de Christ, et cette prédication ne s'adresse plus seulement aux morts du temps de Noé, mais à tous les morts, car ce terme a probablement la même valeur qu'à verset 5. (Comparer la note précédente)
Plusieurs interprètes, même parmi ceux qui voient dans 1Pierre 3.19,20, une prédication faite aux morts (Bengel, Usteri, von Soden), se refusent à admettre une relation entre ce passage et celui qui nous occupe. Suivant eux, cette tournure impersonnelle : (grec) il a été évangélisé, ne saurait s'appliquer à la prédication faite par Christ, (1Pierre 3.19) mais désigne la proclamation du message évangélique dans le monde par les chrétiens, et, par conséquent, ceux à qui ce message a été annoncé étaient alors encore au nombre des vivants.
On pourrait rendre la pensée de l'apôtre ainsi : "l'Evangile a été annoncé même à des gens qui, depuis qu'ils l'ont entendu, sont morts." Son intention serait de répondre à cette objection : que leur sert-il d'avoir embrassé l'Evangile, de l'avoir professé fidèlement maigre les persécutions, puisqu'ils sont morts avant le retour de Christ ? (Comparer 1Thessaloniciens 4.13 et suivants ; 1Corinthiens 15.12,29 et suiv)
Eux aussi peuvent attendre avec espérance le jugement suprême, où justice leur sera rendue ; (verset 5) car, du moment que l'Évangile leur a été annoncé, la mort physique n'a été pour eux qu'un jugement atteignant leur chair, et ils sont assurés de la vie divine pour leur esprit.
Cette explication (von Soden) est ingénieuse, mais n'introduit-elle pas dans le texte une idée qui lui est étrangère ? et n'y a-t-il pas inconséquence à ne voir dans les morts de verset 6 que des chrétiens tandis que ceux de verset 5 sont tous les trépassés ?
- L'Évangile a été annoncé aux morts non seulement pour que le jugement universel pût avoir lieu (verset 6 début du verset), mais aussi afin d'amener par ce jugement même le triomphe de la vie divine (verset 6 fin du verset).
Les termes dans lesquels ce but de la prédication évangélique est indiqué présentent quelque obscurité : afin qu'ils fussent jugés comme des hommes (grec selon les hommes, comme il arrive à tous les hommes) quant à la chair, et qu'ils vivent comme Dieu (grec selon Dieu, comme il appartient à Dieu) quant à l'esprit.
Au premier abord, il semble que les deux verbes de la proposition sont coordonnés et expriment le double but en vue duquel l'Évangile a été annoncé aussi aux morts. Mais cela est inadmissible, car ce but ne peut être exprimé par les mots : afin qu'ils fussent jugés quant à la chair. Ils ne sauraient s'entendre, comme l'admettaient nos précédentes éditions, du jugement intérieur et spirituel que l'Evangile exerce dans la conscience de l'homme, pendant qu'il est en la chair, et qui a pour effet de le sauver du jugement dernier. (Jean 3.18,16.8-11 ; 1Corinthiens 11.32)
Tous les interprètes s'accordent à voir dans le jugement quant à la chair selon les hommes une désignation de la mort physique. Or comment la mort serait-elle le but de la prédication de l'Évangile ? Celle-ci ne peut avoir qu'un but : afin qu'ils vivent quant à l'esprit.
Les mots : afin qu'ils fussent jugés quant à la chair n'expriment que la condition préalable à laquelle l'homme doit se soumettre pour atteindre ce but. On pourrait paraphraser avec la plupart de nos versions : "afin que, après avoir été jugés comme des hommes quant à la chair, ils vivent comme Dieu quant à l'esprit."
Si l'apôtre ne s'est pas exprimé ainsi, s'il a préféré une construction qui prête à équivoque c'est probablement qu'il désirait accentuer l'antithèse : qu'ils fussent jugés quant à la chair, qu'ils vivent quant à l'esprit. |