20. Or il y avait quelques Grecs, de ceux qui étaient montés pour adorer à la fête ; 21. ceux-ci donc abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïda en Galilée, et ils lui faisaient une demande, disant : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. 22. Philippe vient et le dit à André, et André et Philippe le disent à Jésus. 23. Mais Jésus leur répond disant : L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. 24. En vérité, en vérité, je vous le dis : Si le grain de blé, après être tombé dans la terre, ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. 25. Celui qui aime sa vie la perd ; et celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle. 26. Si quelqu'un me sert, qu'il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur ; si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. 27. Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ?... Père, sauve-moi de cette heure !... Mais c'est pour cette heure même que je suis venu. 28. Père, glorifie ton nom ! vint donc une voix du ciel : Et je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore. 29. La foule donc qui était là, et qui avait entendu, disait qu'un coup de tonnerre avait retenti. D'autres disaient : Un ange lui a parlé. 30. Jésus répondit et dit : Ce n'est pas à cause de moi que cette voix s'est fait entendre, mais c'est à cause de vous. 31. Maintenant il y a jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors ; 32. et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. 33. Or il disait cela indiquant de quelle mort il devait mourir. 34. La foule lui répondit donc : Nous avons appris, par la loi, que le Christ demeure éternellement ; comment donc dis-tu qu'il faut que le Fils de l'homme soit élevé ? Qui est ce Fils de l'homme ? 35. Jésus leur dit donc : La lumière est encore pour un peu de temps au milieu de vous ; marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent ; et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. 36. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous deveniez des fils de lumière. Jésus dit ces choses, puis, s'en étant allé, il se cacha d'eux.
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NOTES
| 12.20 |
Or il y avait quelques Grecs, de ceux qui étaient montés pour adorer à la fête ; |
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20 à 36 Les dernières paroles de Jésus en public. |
| 12.21 |
ceux-ci donc abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïda en Galilée, et ils lui faisaient une demande, disant : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. |
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Ces Grecs étaient des prosélytes nés païens et parvenus à la connaissance du vrai Dieu par leurs relations avec les Juifs. C'est ce qui ressort de cette remarque de l'évangéliste qu'ils étaient montés pour adorer à la fête, (comparez Actes 8.27) à cette fête de Pâque qui était proche. (Jean 11.55)
Leur désir était de voir Jésus, de faire sa connaissance, de l'entendre, ils ne demandaient pas seulement que Philippe le leur montrât de loin (Weiss), car en ce cas la conduite hésitante de Philippe ne s'expliquerait pas. Ce désir leur était sans doute inspiré par des espérances messianiques et par tout ce qu'ils apprenaient de Jésus à Jérusalem.
Peut-être avaient-ils été témoins des hommages que le peuple lui rendait. (verset 12 et. suivants) Ils s'adressent donc respectueusement (Seigneur) à Philippe, qui était de Bethsaïda en Galilée.
On a conclu de cette mention expresse du lieu d'origine de Philippe que ces Grecs habitaient eux-mêmes la Galilée. Cette province contenait un grand nombre de païens.
- L'évangéliste ne nous dit pas où se passa cette scène qui fut l'occasion des paroles profondes que Jésus va prononcer. Ce fut probablement dans quelque parvis extérieur du temple. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que, tandis que Jean passe sous silence tous les grands enseignements du Sauveur durant cette dernière semaine de sa vie, parce qu'il les suppose connus par les autres évangiles, il recueille avec soin le récit qui va suivre. Il attache une importance d'autant plus grande à cette scène que Jésus y parle en termes émouvants de sa mort, dont il éprouve déjà toutes les tristesses. Ce récit nous prépare à l'agonie de Gethsémané, que Jean ne se propose pas de redire après les autres évangélistes. |
| 12.22 |
Philippe vient et le dit à André, et André et Philippe le disent à Jésus. |
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Il y avait pour les disciples quelque chose d'insolite à présenter à Jésus ces étrangers, nés païens ; (comparez Matthieu 15.24) Philippe, qui était d'un caractère timide et circonspect, (Jean 6.5-7 ; 14.8) s'adresse donc à André, qui était du même village que lui (Jean 1.45) et, comme frère de Simon Pierre, (Jean 1.44) se trouvait plus rapproché du Maître et ne craignait pas de lui adresser la parole. (Jean 6.8,9 ; comparez Marc 13.3)
Les deux disciples expriment à Jésus le désir des Grecs. On voit dans tous ces menus détails historiques comme les caractères des personnages restent les mêmes, ce qui est la marque évidente du témoin oculaire. |
| 12.23 |
Mais Jésus leur répond disant : L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. |
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Le mais fait pressentir un contraste entre la réponse de Jésus et le désir que les disciples lui transmettent de la part des Grecs.
L'expression : leur répondit (Sin., B, portent : répond) s'applique aux deux disciples, (verset 22) mais ce pronom n'exclut pas d'autres auditeurs.
On peut donc supposer, avec M. Godet, que,Jésus, après avoir prononcé le discours suivant, et en traversant le parvis des Gentils pour sortir du temple, (verset 36) aura accordé à ces Grecs un témoignage de sympathie.
Ou bien l'on peut croire que les Grecs furent admis en sa présence et entendirent les paroles qu'il prononça. En ce cas, le contraste fut grand entre les espérances qui les amenaient à Jésus et les déclarations qu'ils ouïrent. Ils s'attendaient sans doute à la révélation de quelque grande vérité religieuse, nouvelle pour eux, ou même à voir Jésus opérer en leur présence quelque uvre de sa puissance divine ; et lui, il parle de sa mort, d'une mort dans laquelle devront le suivre tous ceux qui voudront être ses disciples !
- En tous cas, il n'y a pas lieu de douter, comme le fait Meyer, que Jésus ait admis ces étrangers en sa présence. Sa réponse (verset 23 et suivants) n'implique pas un refus de les recevoir.
L'heure est venue, cette heure suprême marquée par la volonté souveraine de Dieu, (Jean 13.1 ; 17.1) où le Fils de l'homme, le représentant de l'humanité, allait être glorifié, d'abord par ses souffrances et sa mort qui seront la rédemption du monde, puis par son retour dans la gloire éternelle, (Jean 17.5) d'où il agira par l'Esprit (Jean 7.39) pour attirer tous les hommes à lui. (verset 32) |
| 12.24 |
En vérité, en vérité, je vous le dis : Si le grain de blé, après être tombé dans la terre, ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
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Par opposition à tous les rêves d'un Messie glorieux que les disciples entretenaient encore et à toutes les pensées de sagesse humaine qui pouvaient occuper l'esprit des Grecs, Jésus affirme de la manière la plus solennelle (en vérité, en vérité) la nécessité absolue de sa mort pour le salut du monde.
L'image par laquelle il exprime cette pensée est pleine de justesse et de profondeur. Il faut que le grain de blé, pour produire son fruit, soit jeté dans la terre et y meure, s'y dissolve, en sorte que le germe qu'il renferme se nourrisse des sucs du sol, et que la vie naisse de la mort. (Comparer 1Corinthiens 15.36)
A cette condition seule, le grain porte beaucoup de fruit.
Si, au contraire, il est gardé en quelque endroit qui ne provoque point sa mort, il se conserve, mais il reste seul, parce qu'il n'a aucune force de reproduction.
C'est à lui-même que Jésus applique tout d'abord cette image. S'il n'avait pas donné sa vie pour le salut du monde, il serait resté de lui quelques grandes vérités religieuses et morales, et les quelques disciples qu'il avait jusqu'alors rassemblés autour de lui ; on n'aurait pas vu se former une Eglise chrétienne, une humanité nouvelle, et naître à la vie divine les millions d'âmes qui depuis dixneuf siècles, ont été le fruit de sa mort. (Comparer Apocalypse 7.9)
Mais si ce principe absolu du royaume de Dieu : par la mort à la vie, a été vrai pour le Chef de notre humanité, il ne l'est pas moins pour tous ses membres. C'est ce que Jésus nous déclare positivement au verset suivant. |
| 12.25 |
Celui qui aime sa vie la perd ; et celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle. |
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Au lieu de : sa vie, il y a proprement son âme.
L'âme, c'est la vie physique et la vie psychique, naturelle, avec toutes les facultés dont l'activité manifeste cette vie. Celui qui l'aime se refusera à la livrer à la mort comme le Sauveur a livré la sienne, (verset 24) celui qui la hait en ce monde où règne le péché, la sauvera pour la vie éternelle, ou, comme on peut traduire aussi, la conservera en vie éternelle, parce qu'elle sera changée en vie éternelle.
Il faut bien remarquer ces contrastes absolus : aimer et haïr, perdre et conserver, ce monde et la vie éternelle.
Entre ces termes extrêmes, il faut choisir.
Ces paroles, qui ne sont que l'application du verset 24 à tous les chrétiens, avaient aux yeux du Sauveur, une importance suprême, car elles reviennent fréquemment dans ses discours. (Voir les notes sur Matthieu 10.39 ; 16.25 ; Marc 8.35 ; Luc 9.24 ; 17.33)
- Sin., B, portent le présent : la perd, au lieu du futur : la perdra, qui a été introduit par analogie avec le second futur : la conservera. Le verbe au présent signifie qu'aimer sa vie naturelle, c'est la perdre déjà actuellement. |
| 12.26 |
Si quelqu'un me sert, qu'il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur ; si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
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Il y a dans ces paroles une sérieuse exhortation et une riche promesse découlant l'une et l'autre immédiatement de ce qui précède, depuis le verset 23.
Servir le Sauveur, c'est se donner à lui et par conséquent le suivre dans sa vie et dans sa mort. (versets 24,25)
Ce chemin qu'il a suivi lui-même, conduit avec certitude là où il est, c'est-à-dire, dans sa gloire. (verset 23 ; comparez 2Timothée 2.11)
Il faut remarquer ce verbe au présent (là où je suis), par lequel Jésus anticipe sa vie glorieuse comme la possédant déjà. (Comparer Jean 14.3 ; 17.24)
Or, être avec Jésus là où il est c'est la félicité et la gloire du ciel, et c'est ainsi que sera réalisée parfaitement cette précieuse promesse : mon Père l'honorera. |
| 12.28 |
Père, glorifie ton nom ! vint donc une voix du ciel : Et je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore. |
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Le pressentiment de sa mort terrible et si prochaine (maintenant) fait éprouver à Jésus une émotion profonde ; son âme, ce siège intime de la vie et des affections son âme en est troublée.
Il le dit avec candeur, comme plus tard il fera de ses disciples bien-aimés les confidents de son angoisse. (Matthieu 26.38) Il sent le besoin de prier ; mais, pressé entre le sentiment de sa haute vocation et le désir de la délivrance, il hésite sur ce qu'il demandera à Dieu : Que dirai-je ?
Lutte redoutable, observe Bengel, entre l'horreur de la mort et l'ardeur de l'obéissance. Le cri de la nature s'échappe de son âme en cette ardente supplication : Père, sauve-moi de cette heure !
Bientôt en Gethsémané retentira cette même requête : "Père ! que cette coupe passe loin de moi !," Mais, dans cette lutte suprême, il ajoutera aussitôt, avec un abandon absolu à la volonté de Dieu : "Non comme je veux, mais comme tu veux."
De même ici, il reprend pour ainsi dire sa prière par ces mots d'une sainte résignation : mais c'est pour cette heure même que je suis venu. Et des lors toute son âme s'élève victorieuse vers ce but suprême de son sacrifice : Père, glorifie ton nom !
Ce nom, expression de toutes les perfections divines, sera, en effet, glorifié par la rédemption du monde. Ainsi les scènes mystérieuses de Gethsémané sont le vrai commentaire de ce douloureux moment de la vie du Sauveur, et ce fait nous explique peut-être pourquoi Jean ne les a pas racontées dans son évangile.
- La plupart des interprètes objectent à l'interprétation que nous donnons des mots : Père, sauve-moi de cette heure, que si Jésus avait vraiment voulu demander à son Père de le dispenser de mourir, il aurait ajouté, comme en Gethsémané : "S'il est possible."
Les uns pensent que sa requête signifie : Fais moi sortir victorieux de la lutte intérieure actuelle.
D'autres, en plus grand nombre en font une question et traduisent : Dirai-je : Père, sauve-moi de cette heure ?
Les premiers nous paraissent méconnaître que "cette heure," dont Jésus demande à Dieu de le "sauver," ne saurait être que l'heure de sa mort, et aux seconds, nous dirons, avec Meyer, qu'ils font d'une ardente prière une simple réflexion incompatible avec une telle situation. Non, quand Jésus souffrant s'adresse à son Père, il ne spécule pas, il prie. Que si l'on craint de trouver dans cette parole entendue comme une prière, une contradiction trop directe avec cette expression d'une entière résignation : mais c'est pour cette heure que je suis venu, nous répondrons que cette contradiction est dans les choses, disons mieux, dans le fond de l'âme de Jésus, où se livre une lutte terrible entre la nature humaine vraiment humaine, et l'amour divin qui se dévoue.
Enfin, au lieu de cette traduction : mais c'est pour cette heure même que je suis venu (grec mais c'est à cause de cela que je suis venu pour cette heure, ou jusqu'à cette heure), on a proposé d'interpréter : c'est à cause de cela à cause des souffrances et de la mort que je dois subir, que j'ai persévéré dans la voie où j'ai marché jusqu'à présent.
Mais l'expression cette heure ne saurait avoir un autre sens qu'au commencement du verset et au verset 23 (2e note). Elle désigne le moment suprême de la mort, et, par conséquent, les mots : pour cette heure même ne sont qu'une apposition explicative de la locution : à cause de cela.
La particule donc indique que cette voix du ciel et les paroles qu'elle prononce sont une réponse à la prière de Jésus : "Glorifie ton nom !" Je l'ai glorifié, mon nom, dans toute l'apparition de mon Fils sur la terre, dans sa parfaite obéissance, dans ses uvres de puissance, dans la sainteté de sa vie ; et je le glorifierai encore (grec de nouveau) : Dieu le glorifiera en soutenant le Sauveur sur la croix, en le ressuscitant, en l'exaltant à sa droite, et enfin en consommant son uvre au moyen du Saint-Esprit à travers tous les siècles et jusque dans l'éternité. Ainsi se conclut l'alliance de grâce, en ce que le Fils s'offre en sacrifice à son Père, et que le Père accepte solennellement devant tout le peuple ce sacrifice volontaire, dernier degré du dévouement et de l'amour. C'est la troisième fois que, selon nos évangiles, cette voix du ciel rend un témoignage solennel au Fils bien-aimé de Dieu. (Matthieu 3.17 ; 17.5) |
| 12.29 |
La foule donc qui était là, et qui avait entendu, disait qu'un coup de tonnerre avait retenti. D'autres disaient : Un ange lui a parlé. |
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La voix du ciel fut assez retentissante et majestueuse pour qu'une partie de la foule crût avoir entendu le tonnerre.
Plusieurs exégètes en concluent qu'il n'y eût en réalité qu'un coup de tonnerre et que celui-ci fut considéré comme la voix de l'Eternel. (Psaumes 18.14 ; 39.3 et suivants)
L'évangéliste aurait interprété (verset 28) le sens de cette manifestation céleste.
Le contexte ne permet pas cette explication. Jésus lui-même ne parlerait pas de cette voix, (verset 30) s'il n'y avait eu qu'un phénomène physique. D'ailleurs si les uns crurent qu'un coup de tonnerre avait retenti, d'autres entendirent réellement des paroles, sans peut-être les comprendre clairement, car ils disaient : Un ange lui a parlé.
Dans toutes les révélations du ciel, chacun entend selon le degré de sa réceptivité et de son intelligence spirituelle ; il n'en était pas autrement de la parole et des enseignements du Sauveur lui-même. |
| 12.30 |
Jésus répondit et dit : Ce n'est pas à cause de moi que cette voix s'est fait entendre, mais c'est à cause de vous. |
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Jésus ne relève point ces opinions diverses sur la voix entendue ; mais il tient à expliquer le but de cette manifestation divine, qui était moins de répondre à sa prière (à cause de moi), car "il sait que le Père l'exauce toujours," (Jean 11.42) que d'instruire et de convaincre ceux de ses auditeurs qui jusqu'alors n'avaient pas cru en lui (à cause de vous).
En effet, le moment suprême approchait pour eux, où ils n'entendraient plus la voix du Sauveur et ne pourraient plus marcher à sa lumière. (verset 31) |
| 12.31 |
Maintenant il y a jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors ; |
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Il y a quelque chose de très solennel et, comme l'observe Meyer, l'assurance d'un vainqueur dans ce mot maintenant deux fois répété, et qui correspond au maintenant du verset 27.
Le monde, rebelle à la vérité, se préparaît à juger le Fils de Dieu, et il se trouvera que, par ce fait, ce monde lui-même sera jugé. Mais quel est ce jugement ?
On peut en avoir une idée fausse si, avec toute nos versions (sauf celle de Rilliet), on traduit : le jugement de ce monde. Cette traduction inexacte semble confirmer l'opinion des interprètes qui prétendent que notre évangéliste n'admet pas le jugement du dernier Jour, mais y substitue un triage graduel entre les croyants et les incrédules. Il maintient au contraire les deux notions et les coordonne.
Le mot jugement n'a pas non plus dans notre passage le sens de "condamnation" comme si Jésus voulait dire : le monde va, en me crucifiant, prononcer sa condamnation.
Non, Jésus pense à un jugement, un triage, qui va s'opérer dans notre humanité par sa mort car d'une part, cette mort révélera le dernier fond de perversité et d'iniquité qui est dans le cur de l'homme, et, d autre part, elle attirera à lui tous ceux qui ont faim et soif de justice.
"En passant devant la croix, une partie des hommes y trouvent par la foi leur salut, tandis que l'autre partie, par l'incrédulité, consomme sa condamnation. voilà le jugement du monde qui résulte du Vendredi saint. Il commencera intérieurement ce jour-là même. Sa première grande manifestation extérieure sera la Pentecôte, la seconde, la ruine de Jérusalem. Le jugement final universel en sera la solennelle ratification" (verset 48) Godet.
- Mais c'est surtout le prince de ce monde que la mort du Sauveur fera déchoir de sa domination : il sera jeté dehors, c'est-à-dire hors de l'empire qu'il a usurpé sur notre humanité par le péché qu'il y a introduit. (Comparer Luc 10.18)
Seulement il faut remarquer, avec R. Stier, que ce verbe au futur, sera jeté dehors, indique que cette victoire sur le mal doit être graduelle, comme toute l'uvre de notre rédemption, et qu'elle ne sera définitive qu'au dernier jour.
Cette parole n'est donc pas en contradiction avec les autres déclarations de l'Ecriture sur l'influence du prince des ténèbres. (Romains 16.20 ; 2Corinthiens 4.4 ; Ephésiens 2.2 ; 1Pierre 5.8)
- Il y a une amère ironie dans ce nom de prince de ce monde donné à l'esprit des ténèbres ; (Jean 14.30 ; 16.11 ; 2Corinthiens 4.4 ; Ephésiens 2.2) c'est Dieu qui devait être, dans tous les sens, le prince de ce monde et qui le deviendra. (verset 32) |
| 12.32 |
et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. |
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Par opposition au prince de ce monde dont il annonce la défaite, Jésus continue par ce mot solennel : et moi ; lui, en effet il le déclare, va devenir le véritable chef de notre humanité sauvée.
Quelle grandeur, quelle certitude de la victoire dans cette parole : j'attirerai tous les hommes à moi !
Tous, que faut-il entendre par là ? Les nations païennes aussi bien que les Juifs ? (Jean 10.16) Les enfants de Dieu dispersés ? (Jean 11.52) Tous ceux que le Père a donnés au Fils, (Jean 6.37) c'est-à-dire les élus ? Tous dans le sens d'un rétablissement universel ? Chacune de ces réponses a été faite à notre question.
Nous pensons qu'il faut laisser au mot tous sa pleine signification. Il n'est aucun homme qui, à des degrés divers, par différents moyens, ne fût ce que par les besoins profonds de sa nature déchue, n'éprouve à tel moment de sa vie cet attrait du Sauveur.
Mais comme l'homme a le triste pouvoir d y résister, cela ne veut point dire que tous viennent réellement à Jésus. Là est le mystère de la grâce de Dieu et de la liberté de l'homme. Il en est de même de la déclaration Jean 6.44, où cette action divine est attribuée au Père dans les mêmes termes.
- Quant à ces mots : quand j'aurai été élevé de la terre, voir la note suivante. |
| 12.33 |
Or il disait cela indiquant de quelle mort il devait mourir. |
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Par cette remarque, l'évangéliste nous donne son commentaire sur cette parole de Jésus : élevé de la terre.
Il y voit le genre de mort que devait subir son Maître, la croix. Or un grand nombre d'exégètes se sont hâtés d'affirmer que cette explication n'est pas conforme aux termes du texte, attendu que ce mot élevé de le terre ne peut signifier autre chose que le retour de Christ dans la gloire du ciel.
Il faut bien avouer que ce dernier sens se présente naturellement à la pensée.
Mais comme Jean avait entendu plus d'une fois Jésus parler dans les mêmes termes de son élévation sur la croix, (Jean 3.14,12.32) comme lui-même revient plus tard (Jean 18.32) à son interprétation, à laquelle évidemment il attachait une grande importance ; comme c'est un fait que la croix du Sauveur, c'est-à-dire l'immense amour divin qui s'y révèle est le plus puissant moyen d'attirer les curs à lui ; comme enfin Jésus ne pouvait être élevé de la terre au ciel qu'en étant d'abord élevé sur la croix, on conçoit fort bien que Jean s'attachât à cette pensée.
Il savait, aussi bien que ses critiques, que le terme suprême de l'élévation de Jésus était la Gloire du ciel ; mais comme aucun autre chemin n'y conduit que celui de la croix, il signale ainsi une réalité profonde qu'il met au-dessus de la logique des termes. |
| 12.34 |
La foule lui répondit donc : Nous avons appris, par la loi, que le Christ demeure éternellement ; comment donc dis-tu qu'il faut que le Fils de l'homme soit élevé ? Qui est ce Fils de l'homme ? |
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La foule a très bien compris que par ces mots : "Etre élevé de la terre," Jésus annonçait sa mort. Or, quelques-uns dans cette foule, lui objectent que, selon la loi, c'est-à-dire d'après les Ecritures, (ainsi Jean 10.34) le Messie demeure éternellement. (Voir Daniel 7.13,14,27 ; Psaumes 110.4 ; Esaïe 9.6)
S'il en est ainsi Jésus ne saurait être le Messie. Qui es-tu donc ? lui demandent-ils. En lui adressant cette question, ils se servent de ce terme de Fils de l'homme par lequel Jésus se désignait fréquemment et qu'il venait de prononcer à l'instant même. (verset 23)
Ce nom, dans sa bouche, désignerait-il un autre que le Messie ? Il ne paraît pas que ce fût par hostilité que ces gens faisaient cette objection, mais parce qu'ils en étaient réellement embarrassés. Aussi Jésus leur fait-il entendre avec bonté un dernier et sérieux avertissement. (versets 35,36) |
| 12.35 |
Jésus leur dit donc : La lumière est encore pour un peu de temps au milieu de vous ; marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent ; et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. |
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Sin., B, D, versions. Le texte reçu avec A, majuscules porte avec vous. |
| 12.36 |
Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous deveniez des fils de lumière. Jésus dit ces choses, puis, s'en étant allé, il se cacha d'eux. |
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Jésus ne répond pas directement à la question de ses auditeurs, bien persuadé que, s'ils ouvraient leur cur à la sérieuse exhortation qu'il leur adresse, ils ne tarderaient pas à être éclairés par sa lumière divine et à comprendre la nécessité et le but de sa mort.
Cette lumière allait disparaître du milieu d'eux, s'ils ne saisissaient pas ce dernier moment, ils seraient surpris par les ténèbres, et, semblables à un homme qui erre dans l'obscurité et qui ne sait où il va, ils courraient risque de périr.
Jésus insiste, et il explique ce mot : marcher à la lumière par celui-ci : croyez en la lumière, c'est-à-dire en Celui qui la fait resplendir à vos yeux. (Jean 8.12) Alors vous deviendrez des fils de lumière, hébraïsme qui signifie des êtres nés de cette lumière et qui en sont tout pénétrés, de manière à la faire resplendir eux-mêmes autour d'eux. (Comparer Luc 16.8 ; Ephésiens 5.8 ; 1Thessaloniciens 5.5)
S'en étant allé, probablement à Béthanie, comme le suppose Meyer, afin de passer dans le cercle intime de ses amis les dernières heures qui lui restaient. Mais il ne revint pas ; il se cacha d'eux. Parole redoutable, tragique, pour ce peuple qui avait "méconnu le jour de sa visitation," et dont notre évangéliste va déplorer l'incrédulité. (verset 37 et suivants) |
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