Jean   18.28  à  19.16

28. Ils conduisent donc Jésus de chez Caïphe au prétoire ; or, c'était le matin. Et ils n'entrèrent point eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, mais de pouvoir manger la Pâque. 29. Pilate sortit donc vers eux, et dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? 30. Ils répondirent et lui dirent : Si cet homme n'était pas un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. 31. Pilate leur dit donc : Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre loi. Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de faire mourir personne. 32. C'était afin que fût accomplie la parole que Jésus avait dite, indiquant de quelle mort il devait mourir. 33. Pilate rentra donc dans le prétoire, et il appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? 34. Jésus lui répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? 35. Pilate répondit : Suis-je Juif, moi ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t'ont livré à moi ; qu'as-tu fait ? 36. Jésus répondit : Mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant, mon royaume n'est point d'ici-bas. 37. Pilate donc lui dit : Ainsi donc tu es roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. C'est pour cela que je suis né et c'est pour cela que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. 38. Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité ? Et quand il eut dit cela, il sortit de nouveau vers les Juifs, et il leur dit : Moi, je ne trouve aucun sujet de condamnation en lui. 39. Mais vous avez une coutume, que je vous relâche quelqu'un à la fête de Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? 40. Ils crièrent donc de nouveau, disant : Non pas celui-là, mais Barabbas ! Or Barabbas était un brigand.

1. Alors donc Pilate fit prendre Jésus et le fit battre de verges. 2. Et les soldats, ayant tressé une couronne avec des épines, la posèrent sur sa tête et le revêtirent d'un manteau de pourpre ; 3. ils s'approchaient de lui et disaient : Salut, roi des Juifs ! Et ils lui donnaient des coups de bâton.

4. Et Pilate sortit de nouveau, et il leur dit : Voici, je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve aucun sujet de condamnation en lui. 5. Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : Voici l'homme ! 6. Quand donc les principaux sacrificateurs et les huissiers le virent, ils s'écrièrent disant : Crucifie ! crucifie ! Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez ; car moi, je ne trouve point en lui de sujet de condamnation. 7. Les Juifs lui répondirent : Nous, nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. 8. Lors donc que Pilate entendit cette parole, il eut encore plus de crainte ; 9. et il rentra dans le prétoire, et il dit à Jésus : D'où es-tu ? Mais Jésus ne lui donna point de réponse. 10. Pilate lui dit donc : Tu ne me parles pas ! Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher, et que j'ai le pouvoir de te crucifier ? 11. Jésus répondit : Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut ; c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi est chargé d'un plus grand péché. 12. Là-dessus, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs criaient : Si tu relâches celui-ci, tu n'es point ami de César ! Quiconque se fait roi, se déclare contre César. 13. Pilate donc, ayant entendu ces paroles, amena Jésus dehors et s'assit sur le tribunal, au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha. 14. Or, c'était la préparation de la Pâque ; il était environ la sixième heure. Et Pilate dit aux Juifs : Voici votre roi. 15. Eux donc crièrent : Ote, ôte ! crucifie-le ! Pilate leur dit : Crucifierai-je votre roi ? Les principaux sacrificateurs répondirent : Nous n'avons de roi que César. 16. Alors donc il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus.

PLAN
  1. Les Juifs tentent d'arracher à Pilate une confirmation sans examen de leur sentence
    Ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire, évitant toutefois d'y entrer, afin de pouvoir manger la Pâque. Pilate leur demande de quel crime ils accusent Jésus. Ils répondent qu'ils ne l'auraient point amené s'il n'était coupable. Pilate leur dit de le juger d'après leur loi. Ils confessent qu'ils n'ont plus le droit d'exécuter une sentence capitale. Grâce à cette circonstance les prédictions relatives au genre de mort de Jésus se sont accomplies. (28-32.)
  2. Les Juifs portent contre Jésus l'accusation politique de prétendre à la royauté
    a) Entretien de Pilate avec Jésus. Pilate, s'étant retiré avec Jésus dans le prétoire, lui demande s'il est le roi des Juifs. Jésus veut savoir si d'autres ont inspiré cette question à Pilate. Pilate répond qu'il n'est pas Juif, que les sacrificateurs lui ont livré Jésus, qu'il veut savoir ce qu'il a fait. Jésus déclare que son royaume n'est pas de ce monde ; autrement ses serviteurs l'eussent défendu contre les Juifs ; maintenant son royaume n'est pas d'ici-bas. Tu es donc roi ? lui demande Pilate. Jésus l'affirme ; il est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité et régner sur tous ceux qui obéissent à la vérité. Qu'est-ce que la vérité ? s'écrie Pilate. (33-38a.)
    b) A Jésus déclaré innocent par Pilate, les Juifs préfèrent Barabbas. Sur ces paroles, Pilate sort vers les Juifs, et leur dit qu'il ne trouve aucun crime en Jésus. Il leur offre de relâcher, à l'occasion de la fête, le roi des Juifs. Les Juifs refusent et réclament Barabbas, un brigand. (38b-40.)
    c) Jésus battu de verges et livré aux soldats. Pilate expose Jésus au supplice de la flagellation. Les soldats lui mettent une couronne d'épines et un manteau de pourpre, le saluent comme Roi des Juifs et le frappent de verges. (19.1-3.)
    d) Jésus présenté par Pilate à la foule. Pilate le fait sortir du prétoire en le proclamant innocent. Jésus se présente couronné d'épines et vêtu de pourpre. Voici l'homme, dit Pilate. Les sacrificateurs et les huissiers crient : Crucifie-le ! Pilate leur enjoint de le prendre eux-mêmes, car il ne trouve aucun crime en lui. (4-6.)
  3. Les Juifs avancent le grief religieux
    Selon leur loi, disent-ils, Jésus doit mourir, car il s'est fait Fils de Dieu. Cette parole augmente la crainte de Pilate. Rentré dans le prétoire, il demande à Jésus : D'où es-tu ? Jésus se tait. Pilate offusqué lui rappelle qu'il a le pouvoir de le condamner et de le libérer. Tout le pouvoir que tu as, répond Jésus, tu l'as reçu d'en haut. La responsabilité de celui qui m'a livré à toi est plus grande que la tienne. A l'ouïe de cette parole, Pilate cherche à le sauver. (7-12.)
  4. Les Juifs recourent à l'intimidation en menaçant Pilate d'une dénonciation
    Si tu relâches Jésus, qui s'est fait roi, disent-ils à Pilate, tu n'es pas l'ami de César ! Alors Pilate mène Jésus dehors et s'assied sur son tribunal. L'évangéliste note le jour et l'heure. Voici votre Roi, dit Pilate aux Juifs. Ote, crucifie-le, crient-ils. - Crucifierai-je votre roi ? - Nous n'avons de roi que César. Pilate le leur livre pour être crucifié. (12b-16a.)
NOTES
18.28 Ils conduisent donc Jésus de chez Caïphe au prétoire ; or, c'était le matin. Et ils n'entrèrent point eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, mais de pouvoir manger la Pâque.
  18 :28 à 19 :16 Jésus devant Pilate.

Israël a rejeté et condamné à mort son Messie, son Sauveur, et, comme depuis que ce peuple est sous la domination romaine, il a perdu le droit d'exécuter des sentences capitales, (verset 31) il a la honte de le livrer à l'autorité païenne alors représentée par Pilate.

Le prétoire (Matthieu 27.27) était à Rome le lieu où le prêteur rendait la justice. Dans les provinces, on appelait de ce nom le palais du gouverneur. A Jérusalem, c'était, selon les uns, l'ancien palais d'Hérode dans la partie occidentale de la ville haute ; selon d'autres, un édifice attenant à la citadelle Antonia, où logeait la garnison romaine, à l'angle nord-ouest du temple. Bien que le Gouverneur résidât à Césarée, il venait à Jérusalem durant les grandes fêtes, afin de prévenir les troubles qui s'y produisaient souvent.

- C'était le matin, car la nuit s'était écoulée d'abord chez Anne, puis devant le sanhédrin, où Jésus venait d'être condamné à mort. Pilate, sans doute prévenu dès la veille, consentit à donner cette audience matinale. (Comparer sur ce procès devant Pilate Matthieu 27.11-30,Marc 15.1-20 ; Luc 23.1-25, notes.)

Dans le récit qu'il fait de celle-ci, Jean est plus complet que les synoptiques, et il a seul conservé plusieurs traits d'une grande importance.

M. Godet résume ces transactions dans les termes suivants : "Les Juifs demandent à Pilate de confirmer sans examen leur sentence. (verset 30) Celui-ci s'y refuse : c'est la première phase des négociations : versets 38-32. Alors ils articulent une accusation politique : il s'est fait roi. Pilate juge cette accusation non fondée ; puis il fait deux tentatives infructueuses pour délivrer Jésus avec l'appui du peuple, c'est la seconde phase : verset 33 à 19 : 6. Les Juifs avancent alors un grief religieux : Il s'est fait Fils de Dieu. A l'ouïe de cette accusation, Pilate s'efforce de plus en plus de délivrer Jésus, c'est la troisième phase : versets 7-12. A ce moment, les Juifs voyant leur proie prête à leur échapper, mettent de côté toute pudeur et emploient le moyen odieux de l'intimidation personnelle pour faire plier la conscience du juge. Sur cette voie, ils se laissent entraîner jusqu'au reniement de leur plus chère espérance, celle du Messie : ils s'inféodent à César ; c'est la quatrième phase : versets 12-16."

Les chefs du peuple, qui venaient livrer Jésus à Pilate, refusent d'entrer dans le prétoire, afin de ne pas se souiller. Effrayante hypocrisie dans ces ministres de la religion, qui, la haine au cœur, vont commettre le plus odieux des crimes et se font scrupule d'entrer dans une maison païenne où il y avait du levain !

- C'est ici le passage principal de notre évangile sur lequel se fondent les interprètes qui admettent que Jean, contrairement aux synoptiques, place la mort de Jésus au 14 Nisan. (Voir Jean 13.1, note.)

Nous voyons, en effet, les Juifs craindre de se souiller et de ne pouvoir manger la Pâque.

Cette expression manger la Pâque signifie ordinairement manger l'agneau pascal.

Ceux qui pensent que nous sommes au 15 Nisan s'efforcent d'étendre cette expression à la célébration de la fête tout entière. Mais les passages cités (Deutéronome 16.2,3 ; 2Chroniques 30.22 ; 35.7-9) sont peu concluants.

18.29 Pilate sortit donc vers eux, et dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?
  Donc, en conséquence de ce que les chefs du peuple ne voulaient pas entrer dans le prétoire.

Cette condescendance pour des scrupules qui devaient lui paraître absurdes et peu respectueux pour lui, montre, dès l'abord, chez ce gouverneur, une certaine crainte qu'il avait des Juifs, à cause des accusations qu'ils pouvaient porter à Rome contre lui ; et c'est cette crainte qui finit par triompher de sa conscience. (Jean 19.12-16)

Voir, sur Pilate, Matthieu 27.2, note.

18.30 Ils répondirent et lui dirent : Si cet homme n'était pas un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré.
  Rien n'était plus naturel que la question de Pilate, (verset 29) mais les membres du sanhédrin le trouvent encore trop exigeant, ils entendent que le gouverneur les croie sur parole et ratifie leur sentence sans examiner leur cause.
18.31 Pilate leur dit donc : Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre loi. Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de faire mourir personne.
  Puisque vous ne voulez pas produire vos raisons, chargez-vous seuls de la cause et juger vous-mêmes l'accusé selon votre loi, bien entendu dans les limites de votre compétence.

Le sanhédrin n'avait plus le droit de mettre à mort, mais il pouvait excommunier, condamner à la peine du fouet, à la prison.

Pilate saisit avec empressement l'occasion de se débarrasser de l'affaire, mais il n'autorise nullement les Juifs à mettre à mort Jésus sous leur responsabilité. La situation est autre Jean 19.6.

La concession de Pilate ne fait pas le compte des Juifs. Ils ont condamné Jésus à mort ils ont dans l'esprit le dessein arrêté de l'exécuter sans délai, ils sont donc forcés de se récuser, quelque pénible qu'il leur soit d'avouer tout haut et de reconnaître devant Pilate leur dépendance. (Comp verset 19 : I5.)

18.32 C'était afin que fût accomplie la parole que Jésus avait dite, indiquant de quelle mort il devait mourir.
  Jésus avait prédit, à diverses reprises, qu'il serait élevé sur la croix, crucifié, et cela par la main des païens. (Jean 3.14 ; 8.28 ; 12.32 ; Matthieu 20.19)

S'il avait été condamné par le sanhédrin, jouissant encore du droit de vie ou de mort, ou s'il avait été exécuté comme Etienne, contre l'ordre établi et à la faveur d'un mouvement séditieux, il aurait été lapidé, car c'était, d'après le Talmud le supplice réservé aux faux prophètes.

Le supplice de la croix, au contraire était d'institution romaine. Or, l'évangéliste voit, avec raison, dans ce fait que les Juifs doivent se reconnaître incompétents, une direction divine par laquelle la parole de Jésus était accomplie.

18.33 Pilate rentra donc dans le prétoire, et il appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ?
  Grec : Toi, tu es le roi Les Juifs ?

Le ton de ces paroles était sans doute celui de l'étonnement et de l'ironie.

Mais cette question de Pilate que rien ne motive dans ce qui précède ne se comprend qu'en admettant que les Juifs, malgré leur prétention du verset 30, ont fini par articuler leur accusation (comparez Matthieu 27.11, 1e note) qui, en effet, est tout entière rapportée par Luc 23.2.

Le chef principal de cette accusation était que Jésus se disait être Messie, Roi.

L'iniquité du procédé des Juifs consistait à transformer le grief religieux pour lequel ils avaient condamné Jésus, (Matthieu 26.63-65, notes) en une accusation politique, qu'ils renforçaient encore de cette calomnie. "Il défend de payer le tribut à César." (Luc 23.2)

18.34 Jésus lui répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ?
  La question de Jésus a été diversement interprétée.

Meyer pense que Jésus faisait simplement usage du droit qu'a tout accusé de connaître ses accusateurs, car il ne pouvait supposer que Pilate prit le titre de roi dans un autre sens que son sens politique. Mais quel eut été le but d'une telle question ? demanderons-nous avec M. Godet. D'ailleurs, si Jésus voulait simplement se renseigner sur ses accusateurs, pourquoi demande-t-il à Pilate : Est-ce de toi-même que tu dis cela ?.

D'autres pensent que Jésus voulait rendre suspecte, aux yeux de Pilate, une accusation qui venait de ses ennemis.

Mais tout cela ne rend pas bien compte de la double question du Sauveur. Jésus fait évidemment ici une distinction importante : dans le sens politique qu'un Romain devait donner à ce titre de roi, il pouvait simplement le nier, mais, dans la signification théocratique et religieuse que les Juifs donnaient au nom de Messie, Roi, il se serait bien gardé de le refuser, car il se serait mis en contradiction avec ses propres paroles. (Matthieu 26.64, note, comparez versets 36,37)

C'est pourquoi il demande à Pilate s'il est arrivé par lui-même à le soupçonner d'aspirer à la royauté ; en ce cas, il aurait répondu par une simple dénégation, certain que ce titre de roi ne pouvait impliquer que des visées politiques. Mais si cette question a été suggérée à Pilate par le sanhédrin, la franchise fait à Jésus un devoir de s'expliquer sur ce titre de Messie, qu'il a réellement revendiqué, et sur le sens dans lequel il l'a pris.

Tel est, pensons-nous avec MM. Weiss et Godet, le vrai sens de la double question, qui prend ainsi une grande importance et paraît pleine de sagesse.

18.35 Pilate répondit : Suis-je Juif, moi ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t'ont livré à moi ; qu'as-tu fait ?
  Cette réponse du fonctionnaire romain trahit quelque mépris pour le nom de Juif et signifie : Est-ce que je puis entendre la moindre chose à vos subtiles distinctions judaïques ?

Laissons cela, et puisque c'est ta nation et ses prêtres qui t'accusent, réponds nettement : qu'as-tu fait ? quel est ton crime ?

18.36 Jésus répondit : Mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant, mon royaume n'est point d'ici-bas.
  Trois fois Jésus prononce avec solennité ce mot mon royaume, (comparez Matthieu 3.2, 2e note) ou mieux encore, ici, ma royauté ; et c'est pour déclarer trois fois que cette royauté n'est pas de ce monde, pas d'icibas.

Par son origine, par sa nature, par son esprit, par son but, elle n'a rien de commun avec les royautés de ce monde ; elle n'émane point de l'humanité déchue et corrompue, ni d'aucune force qui soit en elle ; mais elle vient d'en haut, du ciel.

La preuve que Jésus en donne, c'est qu'il répudie, pour établir cette royauté, toutes les armes charnelles et terrestres ; ses serviteurs n'ont point combattu pour sa cause ; il n'agira que sur les cœurs, par la puissance de la vérité divine. (verset 37)

- Mais quels sont ces serviteurs ?

Ceux qu'il aurait eus, dont il n'aurait pas manqué de se pourvoir, si son règne était de ce monde ; ainsi répondent quelques exégètes (Lücke, de Wette, Tholuck) ; mais, selon d'autres (Meyer, Weiss, Godet), Jésus entend par là les serviteurs qu'il a réellement, ses adhérents, ces multitudes qui l'acclamaient quelques jours auparavant, lors de son entrée à Jérusalem, et qui, en effet, avaient voulu le proclamer roi. (Jean 6.15)

Qui dira ce que Jésus, avec son pouvoir sur les masses, aurait pu faire d'elles, s'il avait voulu exciter leur enthousiasme et leurs passions nationales ? L'une et l'autre de ces interprétations sont admissibles.

Mais ce qui ne l'est pas, c'est d'entendre par ces serviteurs les anges, comme le font Bengel et Stier, sans doute d'après Matthieu 26.63. Jésus aurait-il exprimé une telle pensée en présence de Pilate ?

18.37 Pilate donc lui dit : Ainsi donc tu es roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. C'est pour cela que je suis né et c'est pour cela que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.
  Pilate conclut des paroles qui précèdent que Jésus s'attribue réellement une royauté quelconque, dont il ne comprend pas la nature et il s'écrie avec étonnement : Tu es donc roi ?

Parle-t-il encore avec ironie, ou avec mépris ? ou bien, impressionné par les paroles et la dignité du Sauveur, est-il devenu plus sérieux, comme semble l'indiquer la suite de ces transactions ? Les interprètes sont partagés sur ce point, difficile à décider.

Tu le dis est une affirmation directe qui signifie : oui, comme tu le dis. (Matthieu 26.25,64)

Jésus ajoute avec solennité : Je suis roi, et il explique dans quel sens il l'est, en rendant témoignage à la vérité.

C'est à cette grande vocation que se rapporte dans l'original le mot deux fois répété : c'est pour cela. Jésus affirme donc avec solennité que c'est pour rendre témoignage à la vérité divine, que lui-même a révélée, qu'il est et qu'il est venu dans le monde.

Le premier de ces termes indique sa naissance humaine, le second sa venue d'en haut, du ciel, où il existait avant sa naissance.

Telle est, dans notre évangile, la signification de cette expression : venir dans le monde. (Jean 9.39 ; 11.27 ; 16.28) Il est donc contraire au langage de cet évangile d'entendre ces mots de l'entrée de Jésus dans son ministère, comme le veulent quelques interprètes. C'est précisément parce que le Sauveur est venu du ciel, où il a contemplé la vérité en Dieu même, qu'il peut en rendre témoignage. (Jean 3.11,32 ; 1.7)

Etre roi par la vérité, c'est la seule royauté véritable ; on le comprend si l'on entend ce mot de vérité dans son sens le plus profond, le plus absolu ; qui renferme la réalité éternelle des choses, l'harmonie avec Dieu, la sainteté. Les disciples de Jésus sont appelés à la haute destination de prendre part, avec lui, à cette royauté.

Etre de la vérité, c'est en dépendre, se sentir en harmonie avec elle (Jean 3.21) se soumettre avec joie à son influence, (Jean 7.17) comme être de Dieu, (Jean 8.47) c'est lui appartenir par le cœur. Jésus désigne ainsi ceux que le Père attire à lui ; (Jean 6.44,65) et ceux-là écoutent sa voix (Jean 10.4,16) et la reconnaissent avec bonheur.

"Par ces paroles, Jésus s'est expliqué clairement sur sa royauté ; il a déclaré, d'une part, qu'il est roi, et avec quelle destination il l'est ; d'autre part, quels sont les sujets de son royaume ; et ainsi il a pleinement résolu la question posée par Pilate." Meyer.

18.38 Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité ? Et quand il eut dit cela, il sortit de nouveau vers les Juifs, et il leur dit : Moi, je ne trouve aucun sujet de condamnation en lui.
  Pilate, dans cette question qu'il jette avec une superbe indifférence, sans attendre de réponse, manifeste toute la présomptueuse légèreté de l'homme du monde, en même temps que la sagesse à courte vue de l'homme d'Etat, qui ne croit qu'au règne de la violence et de la ruse.

- Après cela, Pilate, ne voyant plus en Jésus qu'un exalté fort peu dangereux, le déclare innocent quant à l'accusation politique formulée contre lui.

Mais au lieu de le renvoyer libre, par crainte des Juifs, qu'il ne veut pas s'aliéner davantage, il recourt à divers expédients pour le délivrer. Le premier fut de renvoyer Jésus à Hérode ; (Luc 23.6 et suivants) le second fut d'offrir aux Juifs de leur relâcher Jésus, en prenant occasion du privilège qu'ils avaient de demander, à la fête de Pâque, la libération d'un prisonnier. (versets 39,40)

18.40 Ils crièrent donc de nouveau, disant : Non pas celui-là, mais Barabbas ! Or Barabbas était un brigand.
  Voir, sur cet incident relatif à Barabbas, Matthieu 27.15-21 ; Marc 15.6-15 ; Luc 23.17-19, notes ; comparez Actes 3.14.

Marc est celui qui le raconte avec le plus de détails. Selon lui c'est le peuple qui prit l'initiative, en réclamant le prisonnier que le gouverneur relâchait à la fête, et qui excité par ses chefs demanda la liberté de Barabbas.

Mais Pilate, désireux de libérer un accusé dont il reconnaissait l'innocence, saisit avec empressement l'occasion qu'on lui offrait ainsi.

- Sur le titre roi des Juifs, que Pilate donne à Jésus, voir Marc 15.10, note.

Les Juifs manifestent, encore ici, les mauvaises passions qui les animent en réclamant, par leurs cris, Barabbas, qu'ils préfèrent à Jésus. L'évangéliste juge leur attitude par cette simple remarque, que la situation rend tragique : Or Barabbas était un brigand.

- Le mot : crièrent de nouveau, étonne dans le récit de Jean où les chefs du peuple n'ont point encore fait entendre ces cris passionnés. Jean suppose connues les relations de ses devanciers. (Voir Marc 15.8 ; Luc 23.5,10)

19.1 Alors donc Pilate fit prendre Jésus et le fit battre de verges.
  Chapitre 19.

Donc, sa dernière tentative pour libérer Jésus étant restée sans succès, (Jean 18.33,39) Pilate (grec) prit Jésus et le battit de verges.

Sur l'horrible supplice de la flagellation, voir Matthieu 27.26, note.

Chez les Romains, la règle était que cette peine précédât toujours le crucifiement d'un criminel ; elle était le premier acte du supplice ; (Matthieu 20.19) et c'est ainsi que la flagellation de Jésus est présentée par (Matthieu 27.26) et par (Marc 15.15)

Mais, d'après Jean, Pilate, tout en proclamant l'innocence de Jésus, (Jean 19.4 ; 18.38) et parce qu'il n'avait pas la force morale de le déclarer absous, lui infligea ce châtiment ignominieux et cruel, non dans l'espoir que les chefs du peuple s'en contenteraient (il leur avait proposé déjà ce misérable expédient et avait été repoussé avec perte, Luc 23.16,22), mais parce qu'il espérait apitoyer la foule et provoquer dans son sein quelque revirement d'opinion qui lui permît de sauver Jésus.

19.3 ils s'approchaient de lui et disaient : Salut, roi des Juifs ! Et ils lui donnaient des coups de bâton.
  Voir, sur ce récit, Matthieu 27.28,29, notes.

Le texte reçu omet à tort ce détail qui se lit dans Sin., B, majuscules, versions : les soldats s'approchaient de lui pour le saluer dérisoirement comme roi.

Matthieu dit : "ils s'agenouillaient devant lui." Ce qui pouvait donner à ces soldats romains l'idée de railler ainsi le Sauveur sur sa royauté, ce sont, sans doute, ses propres paroles, (Jean 18.36,37) qu'ils avaient entendues, ou l'accusation que les principaux sacrificateurs portaient contre lui.

Le mot que nous rendons par coups de bâton pourrait signifier des soufflets. C'est le sens qu'il a certainement dans Matthieu 5.39 et que nous lui avons donné dans Jean 18.22.

Ici il s'agit plutôt de coups de bâton, d'après l'analogie de Marc 14.65.

Pilate n'était pas présent pendant que ces grossiers soldats maltraitaient ainsi l'accusé ; mais il ne les désapprouva pas, puisqu'il présenta Jésus à ses accusateurs dans ce déguisement royal, espérant, en soulevant l'honneur national des Juifs, provoquer un mouvement favorable à Jésus. En même temps il montrait par ce traitement dérisoire que Jésus ne lui paraissait pas un criminel dangereux. (versets 4,5)

19.5 Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : Voici l'homme !
  Ces mots devenus si célèbres : Voici l'homme ! furent sans doute prononcés par Pilate avec un mélange de mépris et de compassion. Il espérait faire partager aux Juifs ce dernier sentiment et voulait leur faire entendre qu'il n'irait pas plus loin.

Mais cette apparition émouvante du Sauveur portant son manteau de pourpre et sa couronne d'épines, se montrant ainsi au peuple dans les profondeurs de son humiliation et de ses souffrances, cette apparition est restée gravée dans les souvenirs les plus religieux de l'Eglise ; et la parole du gouverneur romain : Voici l'homme ! (Ecce homo !) a pris une signification sainte et profonde que Pilate ne songeait pas à lui donner.

Comme Caïphe, il a prophétisé sans le savoir ; (Jean 11.50,51) et c'est bien l'homme, l'homme idéal, se menant à la place de l'homme pécheur, qu'il a présenté à son peuple.

19.6 Quand donc les principaux sacrificateurs et les huissiers le virent, ils s'écrièrent disant : Crucifie ! crucifie ! Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez ; car moi, je ne trouve point en lui de sujet de condamnation.
  Pilate avait compté sans la haine sacerdotale : quand donc ils le virent, bien loin d'éprouver quelque compassion, les principaux sacrificateurs et les huissiers firent entendre ce cri sauvage : Crucifie ! crucifie !

- La plupart des critiques retranchent le pronom le après crucifie. Ce pronom se lit cependant dans Sin., A, D, majuscules, versions.

Il ne faut pas, avec Stier, MM. Weiss et Godet, prendre cette parole de Pilate à la lettre, comme s'il voulait exceptionnellement permettre aux Juifs de crucifier eux-mêmes Jésus à leurs risques et péril.

M. Godet dit qu'ils n'auraient pu profiter de cette permission, parce que les partisans de Jésus, n'étant plus tenus en respect par le gouverneur, auraient retourné le peuple en sa faveur. Mais si ce revirement d'opinion avait été possible, Pilate lui-même, dans son désir de sauver Jésus, l'aurait encouragé.

M. Weiss explique le refus des chefs d'entrer dans la voie que Pilate leur ouvrait par cette raison que, le crucifiement n'étant pas une pénalité juive, ils n'auraient pu légalement l'exécuter. Mais peu leur importait le genre de supplice, pourvu qu'ils pussent mettre à mort celui qui était l'objet de leur haine.

Si donc la permission de Pilate ne les satisfait pas, c'est qu'elle n'était qu'un refus de céder à leurs injonctions, refus présenté sous la forme d'un sarcasme, dans lequel Pilate exhale sa mauvaise humeur en leur faisant sentir leur impuissance. (Meyer, Keil.) Puis, encore une fois, il déclare l'innocence de l'accusé comme motif de son refus.

19.7 Les Juifs lui répondirent : Nous, nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu.
  En général, les Romains laissaient aux peuples vaincus leur législation nationale. Les Juifs s'en prévalent avec une sorte d'orgueil : Nous, disent-ils, nous avons une loi.

Ils entendent par là Lévitique 26.16, qui condamne à mort le blasphémateur du nom de Dieu. Or, selon ces théologiens juifs, Jésus a blasphémé en se déclarant Fils de Dieu. Il l'avait fait cette nuit même, d'une manière solennelle, devant le sanhédrin. (Matthieu 26.64 ; Marc 14.62-64) Donc il doit mourir. (Comparer Jean 5.18 ; 10.33)

Il y avait, dans cette nouvelle tournure qu'ils donnent à l'accusation, autant de maladresse que de mauvaise foi.

Après avoir condamné Jésus sur ce chef religieux de s'être fait Fils de Dieu, ils ont porté devant Pilate une accusation politique : Il s'est fait roi. (Jean 18.33, note.)

Maintenant, n'ayant rien obtenu du gouverneur, ils reviennent à la première accusation. Ils auraient dû prévoir que Pilate refuserait plus décidément encore de l'admettre. (verset 8)

19.8 Lors donc que Pilate entendit cette parole, il eut encore plus de crainte ;
  Plus de crainte qu'on ne le forçât de condamner Jésus.

Quelle était la cause de cette crainte croissante ?

Les interprètes sont à peu près unanimes à penser que Pilate, en entendant ce mot de Fils de Dieu, et sous l'impression qu'il pouvait avoir reçue de la présence et des paroles de Jésus, voyait réellement en lui quelque être surnaturel, le fils d'un dieu. Sa crainte aurait eu ainsi un caractère superstitieux, qu'elle pouvait avoir revêtu à la suite de l'avertissement que la femme de Pilate venait de lui donner. (Matthieu 27.19)

Cette explication n'est point, comme on l'a prétendu, psychologiquement improbable, car la superstition s'allie très bien avec le scepticisme ou l'incrédulité. Sans doute, on pourrait attribuer la crainte de Pilate à une autre cause.

On exigeait de lui la ratification d'une sentence de mort conformément à une loi (verset 7) qu'il ne connaissait pas et sur un grief religieux qu'il ne pouvait admettre

En outre, ce grief était formulé par des ennemis acharnés dont il pénétrait toute la haine, et qui changeaient de chef d'accusation en sa présence. Cette dernière circonstance devait frapper d'autant plus le magistrat, qu'il allait voir ces juges iniques revenir bientôt à leur accusation politique. (verset 12)

Mais ce qui décide en faveur de la première explication, c'est la question de Pilate à Jésus. (verset 9)

19.9 et il rentra dans le prétoire, et il dit à Jésus : D'où es-tu ? Mais Jésus ne lui donna point de réponse.
  Il n'est pas possible que cette question signifie : Quel est ton pays ? ce qui n'aurait aucun sens dans ce contexte. D'ailleurs Pilate venait d'apprendre que Jésus était de la Galilée. (Luc 23.6) Sa question signifie donc : Prétends tu réellement que tu viens du ciel et que tu es le Fils de Dieu ? (Comparer versets 7,8)

Pourquoi Jésus refuse-t-il de répondre ? Il avait déjà dit à Pilate tout ce qu'il pouvait lui révéler sur sa personne en lui parlant de la nature céleste de son règne (Jean 18.36,37)

S'il lui avait répondu : Je suis venu du ciel, je suis le Fils de Dieu, cela aurait signifié pour le païen Pilate : le fils d'une divinité mythologique quelconque. D'ailleurs Pilate, esclave de ses passions mondaines, n'était pas dans une disposition morale qui le rendit capable d'en entendre davantage sur ce grand mystère de piété. (Comparer Matthieu 27.12-14)

"La vraie réponse ; dit M. Godet, nous paraît résulter de ce qui précède : Pilate en savait assez sur son compte pour le libérer, il l'avait lui même déclaré innocent. Cela aurait dû lui suffire. Ce qu'il voulait savoir de plus "n'appartenait pas à sa compétence." (Ebrard.) S'il ne délivrait pas Jésus en tant qu'homme innocent, il méritait de le crucifier lui, le Fils de Dieu. Son crime devenait son châtiment."

Ces raisons évidentes suffisent à expliquer le silence de Jésus, sans qu'il soit nécessaire d'en chercher d'autres, comme celle-ci : Jésus ne voulait rien dire qui pût amener Pilate à le libérer, parce que c'eût été contraire aux desseins de Dieu. (Luthardt.)

19.10 Pilate lui dit donc : Tu ne me parles pas ! Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher, et que j'ai le pouvoir de te crucifier ?
  Pilate est étonné et blessé du silence de Jésus, qui lui paraît manquer de respect envers lui. (Grec : à moi, tu ne parles pas !)

De là l'expression hautaine et deux fois répétée de son pouvoir sur la liberté et sur la vie de Jésus.

Il n'est pas question de justice dans ces paroles de Pilate ; l'arbitraire du pouvoir doit tout décider.

Ainsi, comme l'observe M. Luthardt la crainte superstitieuse de Pilate le cède à son orgueil.

(Comparer sur le silence de Jésus, Matthieu 27.12 ; Luc 23.9)

19.11 Jésus répondit : Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut ; c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi est chargé d'un plus grand péché.
  Jésus humilie d'abord en Pilate cet orgueil du pouvoir dont il se vante, en lui déclarant qu'il n'a point ce pouvoir par lui-même, mais qu'il lui a été donné par un plus puissant que lui, il lui vient d'en haut (voir sur ce mot Jean 3.3,27,31 ; Jacques 1.17), de Dieu, qui peut le lui ôter.

On pourrait s'attendre à ce que Jésus tire de cette déclaration la conséquence que Pilate est d'autant plus coupable envers lui, puisqu'il est responsable de son pouvoir envers Celui qui le lui a confié.

Mais il voit, au contraire, dans la situation providentielle du gouverneur, qui ne fait qu'exercer envers lui l'autorité que Dieu a donnée aux Romains sur son peuple, une circonstance atténuante.

D'où il conclut (c'est pourquoi), par comparaison, que celui qui l'a livré à Pilate (le sanhédrin) est chargé d'un (grec il a un) plus grand péché ; car il n'a reçu de Dieu aucune autorité pour cela, mais il l'a usurpée.

Jésus ne voit donc en Pilate que le dépositaire d'un pouvoir auquel lui-même se soumet humblement, mais, en même temps, l'instrument faible et aveugle de la haine du sanhédrin.

Pilate est coupable mais le sanhédrin l'est beaucoup plus. Jésus, lié, accusé et déjà condamné, "se pose en Juge de ses Juges ; et, comme s'il était assis lui-même sur son tribunal il pèse dans son infaillible balance Pilate et le sanhédrin." Godet.

19.12 Là-dessus, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs criaient : Si tu relâches celui-ci, tu n'es point ami de César ! Quiconque se fait roi, se déclare contre César.
  Grec : Dès ceci, c'est-à-dire à cause de la parole prononces par Jésus. (verset 11) Sans doute Pilate avait déjà plusieurs fois cherché à le relâcher, mais, saisi par les dernières paroles de Jésus, il fit de nouveaux efforts pour cela. (L'imparfait cherchait indique une action persistante.)

L'évangéliste ne dit pas en quoi consistèrent ces efforts. Sans doute Pilate fit encore des tentatives pour fléchir les accusateurs ; mais ceux-ci, endurcis par la haine, couvrirent de leurs cris la voix du trop faible magistrat.

Grec : contredit César, lui résiste, est un rebelle. Si tu relâches un tel homme, tu n'es point ami de César, c'est-à-dire son adhérent, son serviteur fidèle.

Telle fut la dernière ressource des accusateurs, leur attaque décisive, qu'ils savaient devoir être victorieuse. Revenant à leur accusation politique, ils font trois fois retentir aux oreilles du gouverneur le nom redouté de César. (verset 15)

Or César, c'était le cruel et soupçonneux Tibère, jaloux de son autorité despotique et qui jamais n'aurait pardonné à un fonctionnaire de l'Etat d'avoir mis en liberté un sujet aspirant à la royauté.

De son côté Pilate n'avait pas les mains nettes dans son administration ; diverses plaintes avaient été portées contre lui auprès du redoutable empereur. (Josèphe, Ant. XVIII, 3, 1 et suivants) Quelques années plus tard, il fut réellement cité à Rome pour y rendre compte de ses actes, et destitué. Aussi cette menace d'une dénonciation eut-elle un effet immédiat. (verset 13)

19.13 Pilate donc, ayant entendu ces paroles, amena Jésus dehors et s'assit sur le tribunal, au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha.
  Pilate, dont la résistance est brisée par la crainte, amène Jésus hors du prétoire et lui-même s'assied sur le tribunal ou siège judicial, afin de prononcer la sentence, qui devait se rendre publiquement, en présence de l'accusé.

Le lieu où ce tribunal était dressé, dans la cour du palais, s'appelait en grec lieu pavé de pierres, c'est-à-dire, couvert d'un parquet en mosaïque.

Le nom hébreu gabbatha, qui n'est point la traduction du précédent, signifie une place élevée, une éminence.

Ce trait de notre récit correspond à la scène décrite dans Matthieu 27.24.

19.14 Or, c'était la préparation de la Pâque ; il était environ la sixième heure. Et Pilate dit aux Juifs : Voici votre roi.
  Ce moment, le plus important de l'histoire, où le Sauveur du monde va être livré et crucifié, est si solennel pour notre évangéliste, qu'il interrompt son récit pour en marquer le jour et l'heure. Mais, chose étrange, ce jour et cette heure sont l'un et l'autre devenus un sujet de controverse ! (Voir 13 : l, note.)

L'expression, la préparation de la Pâque, est traduite par les interprètes qui pensent que Jésus fut crucifié le 15 Nisan : "le vendredi de la semaine de Pâque," le mot préparation désignant parfois le vendredi, veille du sabbat.

La sixième heure, c'est-à-dire, en comptant depuis six heures du matin, midi. Marc (Marc 15.25, voir la note) dit la troisième heure, c'està-dire neuf heures. Matthieu (Matthieu 27.45) et Luc (Luc 23.44) sont d'accord avec Marc, car ils font commencer les ténèbres à midi, assez longtemps après que Jésus eut été mis en croix.

Des diverses explications qu'on a données pour effacer cette différence, la plus satisfaisante consiste à rappeler que, chez les Juifs, le jour se divisait, non en heures, mais en quatre parties de trois heures chacune, et à dire que Marc et Jean prennent la seconde (de neuf heures à midi) d'une manière indéterminée (environ), l'un la désignant par l'heure où elle commençait, l'autre par celle qui la terminait.

- Quelques manuscrits de notre évangile portent : la troisième heure ; mais ce n'est là, évidemment, qu'une correction destinée à faire disparaître la différence.

Eusèbe déjà a émis une supposition qui est adoptée par quelques critiques : comme en grec, les chiffres sont indiqués par des lettres de l'alphabet, et que les deux lettres qui représentent 3 et 6 ont assez de ressemblance, il se pourrait qu'il n'y eut qu'une erreur de copiste.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, il est difficile d'admettre que la troisième heure (neuf heures du matin) ait été exactement celle où commença le supplice de Jésus, car les nombreuses tractations qui précèdent : dernière séance du sanhédrin, négociations des Juifs avec Pilate, renvoi à Hérode, flagellation, prononcé de la sentence, durent prendre un temps plus long.

Il y a dans ce titre : votre roi, que Pilate affecte de répéter au verset 15, une amère ironie, par laquelle il se venge de la violence que les membres du sanhédrin ont faite à sa conscience. Faut-il y voir aussi, avec quelques exégètes, une dernière et vaine tentative d'apaiser leur fureur et de délivrer Jésus qu'il leur montre dans son innocence, ses humiliations et ses douleurs ? C'est possible, mais peu probable.

19.15 Eux donc crièrent : Ote, ôte ! crucifie-le ! Pilate leur dit : Crucifierai-je votre roi ? Les principaux sacrificateurs répondirent : Nous n'avons de roi que César.
  Par ces mots pleins de haine : Ote, ôte ! ils demandent à Pilate de l'ôter du monde, ne le trouvant pas digne de vivre.

Le même verbe est employé au Jean 17.15, où il exprime un désir inspiré par un sentiment bien différent.

Paroles hypocrites dans la bouche d'hommes qui haïssaient la domination de l'empereur romain et n'en avaient jamais reconnu la légitimité !

Paroles tragiques, par lesquelles ils renient solennellement Dieu, leur seul vrai Roi, et le Messie qu'il leur avait envoyé !

C'est ainsi que l'incrédulité, dans laquelle ils ont dès le début repoussé le Fils de Dieu, se consomme, et qu'ils causent eux-mêmes la réprobation et la ruine de leur nation.

19.16 Alors donc il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus.
  16 à 37 Jésus crucifié.

Le verbe : ils prirent a pour sujet les chefs du peuple juif, auxquels Jésus fut livré par Pilate pour être crucifié.

Eux sont les vrais auteurs du crime dont les soldats romains ne furent que les instruments aveugles. (verset 23 ; comparez Matthieu 27.26,27 ; Actes 2.23 ; 3.15)

- Le texte reçu ajoute : et l'emmenèrent. Ces mots, empruntés peut-être à Matthieu 27.31, manquent dans B, et sont remplacés dans d'autres manuscrits par diverses variantes.

- S'ils étaient authentiques, le sujet de toute la proposition serait : les soldats romains.