Jean   19.16  à  19.37

16. Alors donc il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus.

17. Et portant lui-même sa croix, il sortit et vint au lieu appelé le lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha, 18. où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et Jésus au milieu. 19. Pilate fit aussi un écriteau et le fit placer sur la croix ; or il y était écrit : Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs . 20. Beaucoup de Juifs lurent donc cet écriteau, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville ; et il était écrit en hébreu, en latin, en grec. 21. Les principaux sacrificateurs des Juifs disaient donc à Pilate : N'écris pas : Le roi des Juifs ; mais : Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs. 22. Pilate répondit : Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit.

23. Les soldats donc, lorsqu'ils eurent crucifié Jésus, prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une part pour chaque soldat ; ils prirent aussi la tunique ; mais la tunique était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut jusqu'au bas. 24. Ils dirent donc entre eux : Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Afin que cette parole de l'Ecriture fût accomplie : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté le sort sur ma robe. Voilà donc ce que firent les soldats.

25. Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie-Magdelaine. 26. Jésus donc, voyant sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. 27. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

28. Après cela, Jésus sachant que tout était déjà consommé dit, afin que l'Ecriture fût accomplie : J'ai soif. 29. Il y avait là un vase-plein de vinaigre. Ayant donc rempli de vinaigre une éponge, et l'ayant mise sur une tige d'hysope, ils l'approchèrent de sa bouche. 30. Lors donc que Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et baissant la tête, il rendit l'esprit.

31. Les Juifs donc, parce que c'était la préparation, afin que les corps ne demeurassent pas sur la croix pendant le sabbat, car le jour de ce sabbat était un grand jour, demandèrent à Pilate que les jambes des crucifiés fussent brisées, et qu'ils fussent ôtés. 32. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. 33. Mais lorsqu'ils vinrent à Jésus, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent point les jambes ; 34. mais l'un des soldats lui perça le côté avec sa lance, et il en sortit aussitôt du sang et de l'eau. 35. Et celui qui l'a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est véritable, et il sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez. 36. Car ces choses sont arrivées, afin que cette parole de l'Ecriture fût accomplie : Aucun de ses os ne sera rompu. 37. Et ailleurs l'Ecriture dit encore : Ils regarderont à celui qu'ils ont percé .

PLAN
  1. Le crucifiement
    Jésus, portant sa croix, vient en Golgotha ; il y est crucifié entre deux autres. (16b-18.)
  2. L'écriteau
    Pilate fait placer au-dessus de la croix un écriteau portant : Jésus de Nazareth, le roi des Juifs. Un grand nombre lurent l'inscription qui était en hébreu, en latin et en grec. Malgré les réclamations des principaux sacrificateurs, Pilate refuse de la changer. (9-22.)
  3. Le partage des vêtements
    Les soldats font quatre parts des vêtements de Jésus, mais ils jettent le sort sur sa tunique. Ils accomplissent ainsi l'Ecriture. (23, 24.)
  4. Marie et Jean
    Au pied de la croix se tiennent plusieurs femmes, dont la mère de Jésus. Jésus, la voyant, et près d'elle le disciple qu'il aimait, les confie l'un à l'autre. Dès cette heure, Jean prit Marie chez lui. (23-27.)
  5. Jésus expire
    Jésus expire. Sachant que le terme de ses souffrances et de son œuvre approchait, Jésus dit, pour se conformer à l'Ecriture : J'ai soif. Ils lui présentent une éponge imbibée de vinaigre. Quand il en a goûté, il dit : Tout est accompli. Et baissant la tête, il rend l'esprit. (28-30.)
  6. Sa mort constatée
    Les Juifs, à cause de l'approche du sabbat, demandent à Pilate de faire rompre les membres aux suppliciés pour pouvoir enlever leurs corps. Les soldats achèvent ainsi les deux hommes qui avaient été crucifiés avec Jésus. Voyant que Jésus était déjà mort, ils s'abstiennent de cette mutilation, mais l'un d'eux lui perce, avec sa lance, le côté. Il en sort du sang et de l'eau. L'évangéliste, témoin du fait, l'atteste solennellement pour fonder la foi de ses lecteurs. Il voit dans cette circonstance l'accomplissement de deux paroles de l'Ecriture. (31-37.)
NOTES
19.16 Alors donc il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus.
  16 à 37 Jésus crucifié.

Le verbe : ils prirent a pour sujet les chefs du peuple juif, auxquels Jésus fut livré par Pilate pour être crucifié.

Eux sont les vrais auteurs du crime dont les soldats romains ne furent que les instruments aveugles. (verset 23 ; comparez Matthieu 27.26,27 ; Actes 2.23 ; 3.15)

- Le texte reçu ajoute : et l'emmenèrent. Ces mots, empruntés peut-être à Matthieu 27.31, manquent dans B, et sont remplacés dans d'autres manuscrits par diverses variantes.

- S'ils étaient authentiques, le sujet de toute la proposition serait : les soldats romains.

19.17 Et portant lui-même sa croix, il sortit et vint au lieu appelé le lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha,
  Portant lui-même sa croix !

Jean seul nous a conservé ce trait émouvant qui était resté gravé dans son souvenir de témoin oculaire. Chez les Romains l'usage voulait que le condamné portât sa croix ou du moins, suivant certains auteurs, la pièce transversale, qui formait les bras de la croix, le montant de celle ci étant planté d'avance sur le lieu de l'exécution.

Jésus fut soumis à cette humiliation profonde, jusqu'au moment où, le voyant épuisé et succombant sous l'instrument de son supplice, on en chargea Simon de Cyrène. (Comparer Matthieu 27.32, note.)

C'est ici qu'il faut méditer avec recueillement la parole de Jésus Matthieu 10.38.

Voir, sur ces noms, Matthieu 27.33, note.

Il sortit...de la ville. (Lévitique 24.14 ; Hébreux 13.12,13)

19.18 où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et Jésus au milieu.
  Voir, sur le supplice de la croix, Matthieu 27.35, 1e note, et sur le crucifiement de deux malfaiteurs, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, Matthieu 27.38, note.
19.19 Pilate fit aussi un écriteau et le fit placer sur la croix ; or il y était écrit : Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs .
  Comparer Matthieu 27.37, note.

C'était l'usage, chez les Romains, de suspendre sur le poteau de la croix, au-dessus du criminel, un écriteau indiquant la cause de sa condamnation.

Ce fut là encore une dernière moquerie et une dernière vengeance de Pilate, irrité contre les chefs du peuple juif. Il déverse sur eux son mépris, en leur donnant pour roi ce crucifié et, en même temps, tourne en ridicule l'accusation qu'ils avaient portés contre lui. Mais sans le vouloir, il donna ainsi à Jésus son vrai titre, car sur cette croix même Jésus fonda son éternelle royauté dans le cœur de ses rachetés.

19.21 Les principaux sacrificateurs des Juifs disaient donc à Pilate : N'écris pas : Le roi des Juifs ; mais : Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.
  L'hébreu était la langue sacrée, la langue nationale des Juifs, le latin, la langue des Romains, qui dominaient le monde ; le grec, la langue universellement connue, l'organe de la culture la plus avancée de l'antiquité.

Ainsi cette inscription était une prophétie de la royauté de Jésus-Christ qui devait s'étendre sur le monde entier.

19.22 Pilate répondit : Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit.
  Ces principaux sacrificateurs redoutent, même sur la croix, le titre donné au Messie qu'ils ont rejeté.

Ils disaient donc, ce verbe à l'imparfait indique l'insistance qu'ils mirent à leur demande, et la particule donc signifie que la cause de cette demande se trouvait dans le fait rapporté au verset 20, que beaucoup de gens lisaient l'inscription. Le refus péremptoire de Pilate décèle enfin quelque fermeté et, en même temps, sa mauvaise humeur.

19.24 Ils dirent donc entre eux : Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Afin que cette parole de l'Ecriture fût accomplie : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté le sort sur ma robe. Voilà donc ce que firent les soldats.
  Donc, c'est par ce mot que Jean reprend son récit interrompu au verset 18.

Il raconte le fait du partage des vêtements avec plus de détails que les trois premiers évangélistes. (Matthieu 27.35, 2e note ; Marc 15.24 ; Luc 23.34)

Les vêtements d'un condamné appartenaient aux exécuteurs.

Les quatre soldats chargés de cette fonction en firent d'abord autant de parts, une pour chacun ; mais estimant sans doute que la tunique, d'un seul tissu, était trop précieuse pour être la part d'un seul, et qu'il était dommage de la déchirer, ils la tirèrent au sort. l'évangéliste voit dans ces faits l'accomplissement d'une prophétie.

Psaumes 22.19, cité exactement d'après les Septante. Ce Psaume est une pathétique description des souffrances du Messie et de la gloire qui devait les suivre. Celui qui, dans ce cantique, est le type du Sauveur, parvenu jusqu'aux dernières profondeurs de la souffrance, voit ses persécuteurs se partager ses vêtements et jeter le sort sur sa tunique dernier degré de l'opprobre et de la douleur ; il ne lui reste plus qu'à mourir.

Cette grande prophétie des souffrances et de la mort du Sauveur aurait été parfaitement accomplie même sans ce trait si frappant ; mais il arrive souvent que les prédictions de la Parole divine se réalisent ainsi jusqu'aux moindres détails, afin que leur rigoureuse vérité apparaisse au grand jour.

- Ces derniers mots : Voilà donc ce que firent les soldats, par lesquels Jean résume son récit, semblent dire : c'est ainsi que, dans leur grossière ignorance, ils accomplirent l'Ecriture.

19.25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie-Magdelaine.
  A cette scène de brutale indifférence dans laquelle des soldats romains furent les acteurs, succède (versets 25-27) un trait que Jean seul nous a conservé et qui nous permet de plonger un regard dans l'exquise délicatesse et le tendre amour qui remplissaient l'âme de Jésus, même au sein de son agonie. C'est une perle dans l'histoire de la Passion.

- Voir, sur les femmes ici mentionnées, Matthieu 27.56, note. Jean nomme d'abord la mère de Jésus, pour laquelle s'accomplit en ce moment la prophétie de Siméon : "une épée te transpercera l'âme," (Luc 2.35) et à laquelle Jésus va donner un dernier et émouvant témoignage de sa tendresse filiale.

- La mère de Jésus avait auprès d'elle sa sœur, femme de Clopas, appelé aussi Alphée, en hébreu Chalpaï et qui était mère de l'un des apôtres, Jacques dit le Mineur. (Matthieu 10.3) Quant à Marie Magdelaine ou Marie de Magdala, voir Luc 8.2 ; comparez Jean 7.37, 1e note.

- Jean qui, par modestie, ne nomme jamais ni lui-même, ni son frère Jacques, ne mentionne point non plus ici Salomé, sa mère qui pourtant se tenait aussi près de la croix, dans ce moment suprême. (Matthieu 27.56 ; Marc 15.40)

Mais plusieurs historiens et exégètes (Wieseler, Meyer, Luthardt, Weiss, Westcott, Zahn) croient pouvoir la retrouver dans ce passage en se fondant sur la Peschito et deux autres traductions orientales qui portent : la sœur de sa mère et Marie.

D'où il résulterait :

1° qu'il y aurait ici quatre femmes, au lieu de trois,

2° qu'on évite la supposition invraisemblable que deux sœurs aient porté le même prénom de Marie ;

3° que celle qui est désignée comme sœur de la mère de Jésus serait justement Salomé, mère de Jacques et de Jean.

4° que ces deux disciples seraient cousins de Jésus et par conséquent aussi parents de Jean-Baptiste. (Luc 1.36)

A cette opinion soutenue par d'éminents interprètes on peut objecter :

1° que cette variante, fondée uniquement sur quelques versions anciennes, ne saurait prévaloir contre tous les manuscrits grecs, qui sont conformes au texte reçu ;

2° que si ce rapport de parenté existait entre les deux disciples et le Seigneur, il serait sans doute mentionné quelque part dans le Nouveau Testament.

Il est donc plus sûr de s'en tenir au texte ordinaire.

19.26 Jésus donc, voyant sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils.
  Le disciple qu'il aimait, c'est Jean, notre évangéliste. (Jean 13.23, note ; Jean 20.2,21.7,20)

Il ne présume pas de luimême en se désignant ainsi, pas plus que Paul ne fait preuve d'orgueilleuse satisfaction dans 1Corinthiens 15.10. Les deux apôtres parlent ainsi dans un sentiment d'humble gratitude envers Celui à qui ils doivent tout ce qu'ils sont. (Comparer Introduction.)

19.27 Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
  Ce mot : femme n'avait dans la langue que Jésus parlait rien de rude ni d'irrespectueux, et il fut prononcé sans doute avec une infinie tendresse. (Comparer Jean 2.4 ; 20.15)

- Jésus, en donnant à Marie le disciple qu'il aimait, avec cette parole suprême : voilà ton fils, voulait combler en quelque mesure le vide immense et douloureux que son départ allait faire dans le cœur de sa mère ; mais on ne peut pas en conclure, avec quelques exégètes, qu'elle n'eût point d'autres enfants.

Bien que les frères de Jésus, après avoir longtemps refusé de croire en lui (Jn7 : 5), dussent bientôt devenir ses disciples, (Actes 1.14) on comprend que le Sauveur eût d'excellentes raisons de ne confier sa mère qu'à son disciple bien aimé.

- Les derniers mots de ce récit montrent que Jean comprit bien la parole de son Maître comme un testament par lequel il lui léguait sa mère et témoignait à l'un sa pleine confiance et à l'autre sa tendre sollicitude.

Le mot : dès cette heure paraît signifier que Jean ne tarda pas à entraîner la pauvre mère loin d'un spectacle qui brisait son cœur. Et cela explique peutêtre pourquoi les synoptiques ne mentionnent pas Marie parmi les femmes qui avaient "contemplé de loin" la mort du Sauveur. (Comparer Matthieu 27.56, note ; Marc 15.40,41)

Ewald fait sur ce récit de l'évangile de Jean, qui avait pour son auteur une si grande importance personnelle, cette remarque : "C'était pour lui, dans un âge avancé, une douce récompense de pouvoir repasser cette scène dans son souvenir ; pour ses lecteurs le récit qu'il en a laissé est, sans qu'il l'ait voulu, le signe que lui seul peut avoir écrit ces choses."

19.28 Après cela, Jésus sachant que tout était déjà consommé dit, afin que l'Ecriture fût accomplie : J'ai soif.
  Après cela, doit être pris dans un sens large. Le cri d'angoisse : "Mon Dieu mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ?" et d'autres paroles peut-être encore furent proférées après celles que Jésus adressa à sa mère.

L'évangéliste marque le moment douloureux et suprême de l'agonie du Sauveur par ces paroles : Jésus sachant que tout allait être consommé, c'est-à-dire toute son œuvre achevée par sa mort qui s'approchait.

A ce moment, le plus affreux tourment du supplicié était la soif brûlante de la fièvre, occasionnée par les plaies. Jésus exprime cette souffrance qu'il éprouve et manifeste le profond besoin de quelque soulagement.

L'évangéliste voit dans l'expression de cette suprême douleur l'accomplissement littéral d'un dernier trait du tableau que l'écriture avait tracé des souffrances du Sauveur. Le passage auquel il fait allusion est une prophétie typique qui se lit au Psaumes 69.22, et que Segond traduit : "Ils mettent du fiel dans ma nourriture, et pour apaiser ma soif ils m'abreuvent de vinaigre." (Comparer verset 29)

Il attribue à Jésus même l'intention d'aider à l'accomplissement de la prophétie en faisant connaître la soif qui le tourmentait.

Mais il n'est pas naturel que l'esprit du Sauveur fût, à un pareil moment, dominé par une telle pensée. L'allusion au Psaumes 69 est d'ailleurs discutable, car ce Psaume n'est pas cité, comme l'était au verset 24 le Psaumes 22 et comme d'autres passages le seront aux versets 36,37.

C'est ce qui a amené d'éminents interprètes (Bengel, Tholuck, Meyer, Luthardt, Keil) à construire ce verset d'une manière différente ; ils rapportent le mot afin que, non à ce qui suit, mais à ce qui précède, en sorte que la pensée serait celle-ci : "tout était déjà consommé afin que l'Ecriture fût accomplie," tout ce qu'il fallait pour cela était achevé ; à ce moment, Jésus, en ayant fini avec des préoccupations plus importantes qui absorbaient son esprit, exhale sa douleur dans ce cri : J'ai soif.

Cependant, il nous semble que la première explication s'impose à cause de l'emploi de la formule : afin que l'Ecriture fût accomplie dans les versets 24,36,37, et surtout à cause des mots du verset 30 "lors donc que Jésus eut pris le vinaigres il dit : Tout est accompli."

19.29 Il y avait là un vase-plein de vinaigre. Ayant donc rempli de vinaigre une éponge, et l'ayant mise sur une tige d'hysope, ils l'approchèrent de sa bouche.
  Ce sont les soldats, sans doute, qui avaient crucifié Jésus qui accomplissent maintenant cet acte d'humanité. (verset 23)

Le vinaigre était un vin acide, breuvage des soldats et des pauvres. Il paraît, puisque ce vin se trouvait là, ainsi qu'une éponge et une tige d'hysope, qu'on les avait apportés pour le soulagement des crucifiés.

L'hysope est une fort petite plante, (1Rois 4.33) sa tige atteint cependant une longueur de un pied à un et demi pied, elle pouvait suffire pour porter l'éponge jusqu'à la bouche du supplicié, car celuici n'était pas beaucoup élevé au-dessus du sol.

Il ne faut pas confondre ce trait avec celui rapporté Matthieu 27.34,Marc 15.23 ; mais il paraît être identique avec celui qui se lit Matthieu 27.48. (Voir la note)

19.30 Lors donc que Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et baissant la tête, il rendit l'esprit.
  Grec : C'est accompli ou consommé.

L'œuvre de Jésus, la rédemption du monde, était achevée. (Jean 17.4) Il y a dans ces paroles le sentiment d'une grande victoire, car, en succombant, le Sauveur triomphe, et sa mort sera pour des millions d'âmes la vie éternelle.

Le mot grec que nous traduisons par il rendit l'esprit, signifie littéralement : il donna, livra son esprit (à Dieu).

C'est la même pensée qui est exprimée par la dernière des paroles de la croix : Père, je remets mon esprit entre tes mains. (Luc 23.46)

On voit que Jean abrège considérablement le récit de la mort de Jésus, parce qu'il suppose connues, grâce aux trois premiers évangiles, toutes les autres circonstances qui s'y trouvent rapportées.

19.31 Les Juifs donc, parce que c'était la préparation, afin que les corps ne demeurassent pas sur la croix pendant le sabbat, car le jour de ce sabbat était un grand jour, demandèrent à Pilate que les jambes des crucifiés fussent brisées, et qu'ils fussent ôtés.
  Cette remarque a été expliquée Jean 13.1, note.

Ce sabbat était grand, solennel, parce que c'était aussi le premier jour de la fête de Pâque.

Les Juifs d'après Deutéronome 21.22,23 ne devaient point laisser un criminel passer la nuit sur le gibet.

Les Romains de leur côté, avaient l'usage, très anciennement déjà, d'abréger le supplice des crucifiés en leur brisant les jambes ou en les tuant à coups de bâton.

C'est l'exécution de cette mesure que demandent à Pilate ces mêmes chefs du peuple qui, avec l'odieuse hypocrisie dont ils ont donné tant de preuves dans cette histoire, observent les prescriptions de leur loi, tout en commettant le plus grand des crimes.

19.32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui.
  Les soldats vinrent, c'est-à-dire s'approchèrent des crucifiés (comme au verset 33), car c'étaient probablement les mêmes soldats qui avaient procédé à l'exécution.

Toutefois Olshausen, MM. Weiss et Godet trouvent que le verbe : vinrent, s'explique plus naturellement si l'on admet que ce furent d'autres soldats, envoyés par Pilate avec les instruments nécessaires pour accomplir l'opération prescrite.

19.33 Mais lorsqu'ils vinrent à Jésus, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent point les jambes ;
  Jean constate avec bonheur que Jésus ne fut point mutilé, que cette dernière barbarie, ce dernier outrage lui furent épargnés ; et qu'ainsi une prescription de l'Ecriture fut accomplie d'une manière admirable. (verset 36)
19.34 mais l'un des soldats lui perça le côté avec sa lance, et il en sortit aussitôt du sang et de l'eau.
  Les soldats virent que Jésus était déjà mort ; (verset 33) mais l'un d'eux voulut élever cette présomption jusqu'à la certitude.

C'est pourquoi il perça de sa lance le côté de Jésus (probablement le côté du cœur), en sorte qu'il ne pût lui rester absolument aucun doute.

- On vit alors sortir de cette plaie du sang et de l'eau.

Ce fait a singulièrement occupé les interprètes.

Les uns y voient un phénomène naturel et se livrent à des dissertations physiologiques pour en démontrer la possibilité ; les autres, depuis les Pères jusqu'à nos jours, prétendant que le fait ne peut être ainsi expliqué, lui attribuent un caractère miraculeux et en déduisent diverses conclusions dogmatiques.

D'après 1Jean 5.6, l'eau serait le symbole du Saint-Esprit et le sang le moyen de notre rédemption, ou même l'eau un symbole du baptême et le sang représenterait la sainte cène. Mais l'évangéliste n'a pas songé à ces allégories, puisqu'il se borne à attester le fait avec solennité sans ajouter aucune réflexion qui autorise l'interprétation symbolique du phénomène.

D'autres pensent que l'évangéliste, en rapportant ce fait, avait pour but de fournir une preuve incontestable de la réalité de la mort de Jésus.

Mais il faudrait admettre alors que cette mort fut causée par le coup de lance, car si Jésus avait été déjà mort, on n'aurait pas vu apparaître du sang et de l'eau. Un cadavre ne saigne pas lorsqu'on le perce, et l'expression employée caractériserait mal l'écoulement d'un dépôt de sang extravasé, qui aurait été atteint par la lance.

L'apparition du sang et de l'eau est un phénomène extraordinaire, qui est en dehors des lois de la physiologie. L'apôtre le signale parce qu'il y voit la preuve que le corps de Celui qui n'avait pas commis de péché, échappant à la dissolution, qui commence aussitôt après la mort, était déjà entré dans la voie de la glorification.

Telle est l'explication de M. Godet et de quelques autres interprètes. Si l'on estime qu'elle attribue à Jean une pensée qui ne ressort pas avec évidence des données du texte, il faut du moins retenir que l'évangéliste a l'intention de rapporter un fait surnaturel, qui est, à ses yeux, un "signe.," (verset 35, note.)

19.35 Et celui qui l'a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est véritable, et il sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez.
  Pour donner plus de solennité à cette déclaration, Jean parle de luimême à la troisième personne, comme d'un témoin oculaire : Celui qui l'a vu, puis il affirme à deux reprises la vérité de son témoignage. Comparer Introduction, p. 34.

Enfin, il déclare que le but de son récit est d'amener ses lecteurs à la foi, ou d'y affermir ceux qui déjà ont cru : Afin que vous croyiez.

Croire a ici son sens absolu ; il s'agit de la foi au Christ Sauveur. (Comparer Jean 20.31)

D'où il résulte que cette solennelle déclaration ne se rapporte point à l'apparition du sang et de l'eau, (verset 34) mais aux deux faits que Jean vient de rapporter, et qui, accomplissant d'une manière remarquable les deux prophéties rappelées aux versets 36,37, étaient propres à confirmer la foi en la messianité de Jésus chez un Israélite attaché aux Ecritures.

19.36 Car ces choses sont arrivées, afin que cette parole de l'Ecriture fût accomplie : Aucun de ses os ne sera rompu.
  Ces choses sont les deux faits racontés aux versets 33,34 et dans lesquels Jean voit un accomplissement de l'Ecriture.

Selon les prescriptions de la loi relatives à l'anneau pascal, (Exode 12.46 ; Nombres 9.12) aucun de ses os ne devait être rompu.

Cet agneau, dont le sang avait sauvé Israël de la destruction, était consacré à l'Eternel, il ne devait, en aucune manière, être profané.

Or, notre évangéliste, comme Jean-Baptiste (Jean 1.29) comme l'apôtre Paul, (1Corinthiens 5.7) voit dans l'agneau pascal le symbole de "l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde." Et il constate que, par sa mort, Jésus a réalisé ce symbole Jusque dans cette circonstance spéciale que ses membres ne furent point brisés. (Comparer versets 24,28)

Ce qui rendit l'analogie entre le symbole et la réalité complète, c'est que Jésus mourut à la fête de Pâque, dont l'immolation de l'agneau était le point central. L'évangéliste ne fait pas allusion à Psaumes 34.21, car ce passage exprime l'espérance que la vie même du juste sera conservée, et non seulement que son cadavre sera respecté.

19.37 Et ailleurs l'Ecriture dit encore : Ils regarderont à celui qu'ils ont percé .
  La parole de l'Ecriture que Jean cite comme accomplie par le coup de lance du soldat romain et comme devant s'accomplir encore dans la suite est Zacharie 12.10.

L'évangéliste applique directement au Messie, représentant de Dieu, ce qui, dans l'Ancien Testament, est dit de Jéhovah, l'Eternel.

Or, dans ce passage le prophète décrit un grand mouvement d'humiliation qui se produit parmi le peuple. Jean prévoit de même un jour où les Juifs repentants regarderont avec foi à Celui qu'ils ont percé. Ailleurs, le même apôtre nous montre un second et solennel accomplissement de la même prophétie. (Apocalypse 1.7)