Jean   20.1  à  20.18

1. Or, le premier jour de la semaine, Marie-Magdelaine vient au sépulcre le matin, comme il faisait encore obscur, et elle voit la pierre ôtée du sépulcre. 2. Elle court donc et vient vers Simon Pierre, et vers l'autre disciple que Jésus aimait, et elle leur dit : Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis.

3. Pierre sortit donc, ainsi que l'autre disciple, et ils allaient au sépulcre. 4. Ils couraient tous deux ensemble ; et l'autre disciple courut en avant, plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre. 5. Et s'étant baissé, il voit les linges gisant ; cependant il n'y entra pas. 6. Simon Pierre, qui le suivait, arrive donc, et il entra dans le sépulcre, et il voit les linges gisant, 7. et le suaire qui avait été sur sa tête, et qui n'était pas gisant avec les linges, mais à part plié dans un lieu. 8. Alors donc l'autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi, et il vit, et il crut. 9. Car ils ne comprenaient pas encore l'Ecriture qui dit qu'il devait ressusciter d'entre les morts. 10. Les disciples donc s'en retournèrent chez eux. 11. Mais Marie se tenait près du sépulcre, en dehors, pleurant. Gomme donc elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre ; 12. et elle voit deux anges vêtus de blanc, assis au lieu où le corps de Jésus avait été couché, l'un à la tête, et l'autre aux pieds. 13. Et eux lui disent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. 14. Ayant dit cela, elle se retourna en arrière, et elle voit Jésus qui se tenait là ; et elle ne savait pas que c'était Jésus. 15. Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, croyant que c'est le jardinier, lui dit : Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai. 16. Jésus lui dit : Marie ! et elle s'étant retournée, lui dit en hébreu : Rabbouni ! c'est-à-dire : Maître ! 17. Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers le Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu. 18. Marie-Magdelaine vient annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses.

PLAN
  1. Le tombeau trouvé vide
    a) Marie-Magdelaine. Elle se rend dès le matin au sépulcre, voit que la pierre est ôtée et court avertir Pierre. (1, 2.)
    b) Pierre et Jean. Ils courent tous deux au sépulcre. Jean arrive le premier et voit les linges à terre. Pierre le suit et entre ; il voit les linges à terre, et le suaire plié à part. Jean pénètre à son tour dans le sépulcre ; il voit et il croit. Ils ne comprenaient pas encore les prophéties relatives à la résurrection de Jésus. Ils retournent chez eux. (3-10.)
  2. Jésus apparaît à Marie-Magdelaine
    a) Marie voit des anges. Elle se tenait devant le sépulcre et pleurait. S'étant baissée pour jeter un regard dans l'intérieur, elle voit deux anges, qui lui demandent la cause de ses larmes. Elle répond : Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis ! (11-13.)
    b) Marie voit Jésus. Elle se retourne et voit Jésus, qui lui pose la même question que les anges. Elle, le prenant pour le jardinier : Si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je l'irai prendre ! Jésus l'appelle par son nom : Marie ! Elle s'écrie : Rabbouni, Maître ! Jésus lui défend de le toucher, parce qu'il n'est pas encore monté vers son Père : il l'envoie dire à ses frères qu'il monte vers son Père, et vers leur Père. Marie va rapporter aux disciples ce qu'elle a vu et entendu. (14-18.)
NOTES
20.1 Or, le premier jour de la semaine, Marie-Magdelaine vient au sépulcre le matin, comme il faisait encore obscur, et elle voit la pierre ôtée du sépulcre.
  Chapitre 20. La résurrection

1 à 18 Le tombeau vide. apparition à Marie-Magdelaine.

Voir sur Marie Magdelaine Luc 8.2 ; 7.37, notes.

Jean parle d'elle comme si elle était venue seule au sépulcre, tandis que les autres évangélistes mentionnent plusieurs femmes qui s'empressent également de visiter le tombeau, dans l'intention d'embaumer le corps du Seigneur. (Matthieu 28.1,2, note, Marc 16.1 ; Luc 24.1, note.)

Pour concilier cette différence, plusieurs exégètes admettent qu'elles y seraient allées toutes ensemble, mais que Jean ne mentionne que Marie Magdelaine sur laquelle se concentre tout son intérêt, à cause du rôle important qu'elle va remplir.

L'évangéliste n'ignorait pas, du reste, qu'elle avait des compagnes, puisqu'il la fait parler au pluriel et en leur nom. (verset 2)

D'autres interprètes pensent que Marie Magdelaine serait réellement allée au sépulcre seule et avant toutes les autres, ce que semblerait indiquer cette expression de Jean : Comme il faisait encore obscur. (Voir la note suivante.)

S'il en est ainsi, Jean aurait distingué cette course empressée de Marie Magdelaine de celle des autres femmes, tandis que les premiers évangélistes réunissent les deux faits dans un même récit.

L'apparition de Jésus à Marie seule (versets 11-18) n'est du reste pas étrangère à la tradition apostolique des premiers évangiles. (Marc 16.9)

Les choses pourraient s'être passées ainsi : 1° Marie Magdelaine va au sépulcre, elle voit avec étonnement que la pierre qui le fermait a été ôtée, et elle court en avertir Pierre et Jean. (versets 1,2)

2° Pendant qu'elle rentre dans la ville, les autres femmes arrivent près du tombeau ouvert et voient un ange qui leur annonce que Jésus est ressuscité. Puis elles s'éloignent promptement et courent annoncer cette nouvelle aux disciples. (Matthieu 28.5-8)

3° Cependant Marie Magdelaine revient avec les deux disciples et quand ceux-ci, après avoir vu le tombeau vide, s'en retournent chez eux, Marie reste près du sépulcre en pleurant, et c'est alors qu'elle voit deux anges dans le sépulcre (versets 11-13) et que le Seigneur enfin lui apparaît. (versets 14-17)

Telle est l'interprétation d'Ebrard, d'Ewald, de M. Luthardt et d'autres. Ces deux moyens de concilier les récits évangéliques sont l'un et l'autre admissibles, et en tout cas, ils ne laissent à la critique négative aucune raison de voir entre ces récits une contradiction insoluble.

- Voici comment M. Godet accorde la seconde manière de concevoir la suite des événements avec la relation du premier évangile, d'après laquelle Jésus serait apparu à tout le groupe des femmes qui étaient venues au sépulcre : "Matthieu Matthieu 28.9,10, raconte qu'à leur retour du sépulcre ces femmes eurent une apparition de Jésus. Mais le récit de Marc (Marc 16.8) et surtout la parole des deux disciples d'Emmaüs : "Elles (Luc 24.22-23) ont eu une apparition d'anges disant qu'il est vivant," sont incompatibles avec ce fait. Cette apparition aux femmes n'est donc pas autre que l'apparition à Marie Magdelaine (qui va suivre chez Jean) généralisée. Tous les détails de l'apparition coïncident. Le premier évangile applique au groupe entier ce qui s'est passé pour l'un de ses membres. Comme Marie Magdelaine n'a vu le Seigneur qu'après que les autres femmes étant retournées à la ville, on comprend que les deux disciples d'Emmaüs aient pu partir de Jérusalem sans avoir entendu parler d'aucune apparition de Jésus. (Luc 24.24) Il n'y a donc eu, en réalité, d'autres apparitions, le matin de ce jour, que celle des anges aux femmes, puis à Marie Magdelaine et enfin celle de Jésus à cette dernière."

Tous les évangélistes s'attachent à marquer avec soin le moment précis où les femmes et les disciples allaient renaître à la foi et à la joie, en voyant le tombeau vide ou le Seigneur lui-même. Mais il y a quelque différence dans les termes dont ils se servent pour cela. Voir, à ce sujet Marc 16.2, note.

L'expression de Jean comme il faisait encore obscur, paraît indiquer que Marie Magdelaine précéda les autres femmes au sépulcre (voir la précédente note), car lorsque celles-ci y arrivèrent, Marc dit que "le soleil venait de se lever."

- Matthieu (Matthieu 28.2) raconte comment la pierre avait été ôtée de l'entrée du sépulcre. (Comparer Marc 16.3,4)

- Il faut remarquer ces verbes au présent : Marie Magdelaine vient, voit, court, vient, dit ; (versets 2,5,6) ils rendent la scène actuelle et vivante. La plupart de nos versions, sacrifiant à l'élégance du style, effacent ces nuances délicates et importantes.

20.2 Elle court donc et vient vers Simon Pierre, et vers l'autre disciple que Jésus aimait, et elle leur dit : Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis.
  Le verbe au pluriel : nous ne savons, montre que Marie Magdelaine n'était pas venue seule au sépulcre. (Matthieu 28.1 ; Marc 16.1)

L'émotion et l'effroi de Marie Magdelaine se peignent dans les termes par lesquels elle raconte cette nouvelle aux disciples. L'idée que Jésus pourrait être ressuscité n'a point encore abordé son esprit, puisqu'elle ne pense qu'à un enlèvement de son corps.

L'autre disciple que Jésus aimait est Jean, notre évangéliste, qui aime à se désigner ainsi, sans jamais se nommer. (Comparer Jean 13.23 ; 19.26 ; 21.7,20 ; voir l'Introduction.)

20.3 Pierre sortit donc, ainsi que l'autre disciple, et ils allaient au sépulcre.
  Ce trait se retrouve très abrégé dans Luc 24.12,24.
20.8 Alors donc l'autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi, et il vit, et il crut.
  Les deux disciples, remplis de la plus vive émotion à l'ouïe des paroles de Marie Magdelaine, (verset 2) s'élancèrent hors de la ville ; et ils allaient au sépulcre, ils couraient ensemble vers le lieu où Jésus était enseveli. Jean, sans doute plus jeune et plus agile, devance son condisciple et arrive le premier au sépulcre.

S'étant baissé pour regarder dans la grotte, il y voit les linges dont le corps avait été enveloppé ; (Jean 19.40) mais retenu par la crainte instinctive que lui inspirent le mystère de la mort et l'incertitude de la situation, il n'ose pas y pénétrer.

Pierre arriva en ce moment, et, plus résolu que Jean, il entra dans le sépulcre, et il voit (grec il observe), d'une part, les linges gisant à terre, et, d'autre part, le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus, (Jean 11.44) soigneusement plié à part en un lieu, tandis que les linges avaient été jetés çà et là. (Comparer Luc 24.12,24)

Alors donc, encouragé par l'exemple de son condisciple, Jean entra aussi dans la grotte, et il vit, et il crut.

Qu'est-ce qu'il crut ?

L'évangéliste ne veut pas dire qu'il crut les paroles de Marie Magdelaine ; (verset 2) car l'ordre remarquable que le Seigneur avait voulu laisser dans son sépulcre (versets 6,7) excluait absolument l'idée d'un enlèvement opéré à la hâte par ses ennemis. Non, il crut que Jésus était ressuscité, et cette conviction l'affermit dans sa foi que Jésus était le Christ, le Fils de Dieu. (verset 31) Le verset suivant ne laisse aucun doute sur cette interprétation.

- Mais il faut remarquer ici, avec M. Godet, qu'en employant ces deux verbes au singulier : il vit et il crut, l'auteur veut rapporter une expérience qui lui est propre. "Il ne peut témoigner pour l'autre disciple ; mais il peut le faire pour lui-même. Il nous initie à un souvenir personnel incomparable."

20.9 Car ils ne comprenaient pas encore l'Ecriture qui dit qu'il devait ressusciter d'entre les morts.
  Il devait ressusciter : "Nécessité divine," comme s'exprime Meyer. (Comparer Luc 24.26)

Comme Thomas, (verset 25) les deux disciples eurent besoin de voir pour croire.

Jean marque en s'humiliant la cause de leur lenteur à croire : ils ne comprenaient pas encore, même alors, l'Ecriture qui dit que Jésus devait ressusciter d'entre les morts.

En effet, ils auraient pu trouver la résurrection du Sauveur annoncée dans des passages tels que Psaumes 16 ; Psaumes 22 ; Psaumes 110 ; Esaïe 53 etc.

Les enseignements de Jésus (Luc 24.25-27,45) et surtout la lumière du Saint-Esprit ouvrirent les yeux des apôtres sur ce point, comme sur tant d'autres. Alors ils comprirent les Ecritures. (Actes 2.25,34 ; 8.32,33 ; 13.33,35)

- Outre les révélations de l'Ancien Testament, les disciples avaient entendu les déclarations claires et nombreuses de Jésus sur sa mort et sa résurrection. (Matthieu 16.21,Luc 18.31 et suivants, et ailleurs.)

On est donc étonné que l'évangéliste ne les mentionne point ici, et la critique négative n'a pas manqué d'en inférer que ces prédictions avaient été inventées après l'événement.

Mais les évangélistes euxmêmes nous ont appris, avec une candeur et une humilité inimitables, que les disciples n'avaient pas mieux compris ces prédictions de Jésus que les Ecritures. (Luc 18.34 et surtout Marc 9.10)

Ils les entendaient dans un sens figuré parce que, selon leurs préjugés messianiques, les souffrances et la mort de Jésus leur paraissaient impossibles et sa résurrection un événement tellement inouï, que jamais il n'avait pénétré dans leur esprit.

20.11 Mais Marie se tenait près du sépulcre, en dehors, pleurant. Gomme donc elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre ;
  Marie, après avoir annoncé aux deux disciples qu'elle avait vu le tombeau vide, (verset 2) y était revenue à leur suite et lorsqu'ils s'éloignent, elle y reste pour pleurer.

Son amour la retient près de ce sépulcre vide ; elle pleure, parce qu'aucune espérance n'a encore pénétré dans son cœur. (verset 13)

20.12 et elle voit deux anges vêtus de blanc, assis au lieu où le corps de Jésus avait été couché, l'un à la tête, et l'autre aux pieds.
  Ce fait n'est point en contradiction avec l'apparition antérieure de l'ange, (Matthieu 28.2,Marc 16.5) ou des deux anges (Luc 24.4, note) aux femmes.

"Les anges ne sont pas immobiles et visibles à la façon de statues de pierre." Godet.

Il y a, en grec, le participe présent : s'asseyant, qui peut signifier qu'elle les aperçut au moment où ils vinrent s'asseoir dans le sépulcre

20.13 Et eux lui disent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis.
  Comparer verset 2 et verset 11, notes.
20.14 Ayant dit cela, elle se retourna en arrière, et elle voit Jésus qui se tenait là ; et elle ne savait pas que c'était Jésus.
  Jésus lui-même vient à cette âme qui le cherche avec amour, au sein de ses larmes et de son angoisse.

Mais pourquoi ne le reconnaît-elle pas ?

Il ne suffit pas, pour répondre à cette question, de dire, avec divers exégètes, que peut-être Marie ne le regardait pas en face ou que ses yeux remplis de larmes l'empêchaient de voir, ou que la pensée de la résurrection était trop éloignée de son esprit, ou que Jésus se présentait à elle sous un costume différent de son ordinaire.

De nombreux passages des évangiles nous montrent clairement qu'il devait s'être produit dans la personne de Jésus un grand changement, causé par ses souffrances, sa mort, et surtout sa résurrection. Ce fut là pour lui le premier degré de la glorification de son corps, dont l'ascension fut l'accomplissement suprême.

Telle a été la vraie cause du fait qui nous occupe et d'autres phénomènes semblables dans les apparitions de Jésus ressuscité. (Comparer Luc 24.16 ; Marc 16.12, notes, et voir ci-dessous Jean 20.19,26 ; 21.4)

"Il est très important d'observer que Marie-Magdelaine voit le Seigneur debout devant elle, sans le reconnaître au premier abord. C'est une preuve que la résurrection de Jésus fut un fait objectif et nullement une représentation subjective dans l'esprit des disciples. Si elle avait été une hallucination par laquelle Marie se serait imaginé voir le Seigneur vivant devant elle, sans qu'il y fût réellement cette hallucination aurait dû être produite par l'attente que le Seigneur devait ressusciter, mais cette attente n'existait à aucun degré chez les disciples. (Luc 24.21 ; Jean 20.25) Si donc Marie, et plus tard les disciples d'Emmaüs, en voyant devant eux une figure humaine, ne reconnaissent pas en elle leur Seigneur, c'est que leur imagination n'avait pas la moindre part dans cette rencontre et qu'ils ne furent convaincus que lorsque Jésus se fit clairement connaître à eux." Ebrard.

20.15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, croyant que c'est le jardinier, lui dit : Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.
  C'est avec une compassion profonde pour Marie et pour sa douleur que Jésus lui adresse cette question. Souvent il interroge ainsi les malheureux qui le cherchent, uniquement afin d'attirer sur lui leur attention et de les encourager à lui ouvrir leur cœur avec confiance et à lui demander tout ce dont ils ont besoin. (Jean 5.6 ; Marc 10.51)

Afin d'expliquer comment Marie Magdelaine prit le personnage qui se tenait là pour le jardinier, une minutieuse exégèse a supposé que Jésus avait emprunté les vêtements de celui-ci, ou qu'il apparaissait à Marie ayant pour tout vêtement la ceinture avec laquelle il avait été crucifié, ce qui fit croire à Marie qu'il était un serviteur occupé à quelque travail dans le jardin. (Jean 21.7)

Mais il était tout naturel, en voyant quelqu'un dans une propriété particulière, à cette heure matinale, de penser que c'était l'homme chargé d'en prendre soin ; et Marie s'arrête à cette supposition, sa douleur ne lui permettant pas de considérer les traits de Celui qui se présente à elle.

En effet, s'il est dit au verset 14 "Elle se retourna, et elle voit Jésus," ce ne fut qu'un regard fugitif qu'elle jeta sur lui ; elle reprit aussitôt sa position première ; cela ressort du verset 16, où, à l'appel de Jésus, elle se retourne de nouveau.

- Marie parle avec respect à cet étranger : Seigneur, lui dit elle, c'est que la souffrance et le besoin de secours rendent humble. Puis, sans nommer Jésus, elle dit : Si tu l'as emporté, je le prendrai, ne supposant pas qu'on puisse penser à nul autre qu'à Celui qui remplit son âme tout entière.

20.16 Jésus lui dit : Marie ! et elle s'étant retournée, lui dit en hébreu : Rabbouni ! c'est-à-dire : Maître !
  "Ce qu'il y a de plus personnel dans les manifestations humaines, c'est le son de la voix ; c'est par ce moyen que Jésus se fait connaître à Marie. L'accent que prend, dans sa bouche, ce nom de Marie, exprime tout ce qu'elle est pour lui, tout ce qu'il est pour elle." Godet.

Aussi est ce avec un tressaillement de joie que Marie, à son tour, pousse cette exclamation dans laquelle elle met toute son âme : Rabbouni ! Maître ! Elle ne peut en dire davantage.

Ce seul mot, prononcé dans une telle situation, a paru si important à l'évangéliste, qu'il l'a conservé dans la langue originale, et il remarque expressément pour ses lecteurs grecs qu'il le cite en hébreu.

Ce dernier mot, omis par le texte reçu, est sûrement authentique. Il se lit dans Sin., B, D, Itala, versions syriaques.

20.17 Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers le Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu.
  Les mots de Jésus : Ne me touche pas, supposent que Marie voulait se jeter à ses pieds, embrasser ses genoux. (Matthieu 28.9) Jésus le lui défend.

Quelle était donc la pensée qui inspirait l'attitude de Marie et que Jésus désapprouve ? Comment comprendre la parole par laquelle Jésus motive sa défense : car je ne suis pas encore monté vers le Père ? (Le texte reçu porte : mon Père. Sin., B, D, Itala omettent le pronom possessif.)

1° Meyer pense que Marie, en touchant le Seigneur de ses mains, voulait s'assurer qu'il était bien ressuscité, corporellement présent, qu'elle ne voyait pas une simple apparition de son esprit. Et Jésus lui donnerait cette assurance en disant : C'est bien moi, car je ne suis pas encore monté dans la gloire du Père. Mais peut-on supposer ces doutes en Marie, quand elle venait de s'écrier, pleine d'assurance et de joie : Maître ! Et d'ailleurs pourquoi Jésus refuserait-il à Marie un moyen de conviction qu'il offrait lui-même à d'autres disciples ? (Jean 20.20,27 ; Luc 24.39)

2° La pensée de Marie serait de l'adorer, et Jésus lui dirait qu'elle ne doit le faire qu'après qu'il sera entré dans sa gloire. (Lücke et d'autres.) Mais cette explication méconnaît la divinité du Fils de Dieu, aussi réelle avant son ascension qu'après, et Jésus n'a point désapprouvé cet élan d'adoration dans un autre de ses disciples. (verset 28)

3° Quelques interprètes (Bèze, Bengel) s'arrêtant surtout à la seconde parole de Jésus : "Va vers mes frères...," pensent qu'il aurait simplement voulu dire à Marie : Ne t'attarde pas maintenant à ces témoignages de ta joie, mais hâte-toi d'aller annoncer à mes frères que je monte...Cette idée ne nous paraît point convenir à la situation, et d'ailleurs elle n'explique pas les mots : car je ne suis pas encore monté vers mon Père.

4° Marie aurait voulu retenir près d'elle le Seigneur, s'assurer qu'il ne va pas la quitter de nouveau. A quoi Jésus répondrait que le moment de son départ définitif n'est pas venu et qu'elle le reverra encore. (Néander Ebrard.) Mais ce dernier motif paraît peu en harmonie avec la solennité d'un tel moment et aussi avec le message dont Jésus va charger Marie.

5° Elle aurait pensé que déjà les nombreuses promesses de Jésus concernant son retour vers les siens, telles que Jean 16.16, étaient accomplies : et elle aurait voulu s'attacher à lui et jouir pleinement de sa présence.

La parole de Jésus signifierait alors que ce n'est qu'après sa glorification qu'il sera réellement avec les siens et vivra en eux. (Calvin et, avec quelques modifications, M. Godet.)

Cette interprétation, vraie au fond, nous paraît seulement, en ce qui concerne Marie, lui supposer une trop claire intelligence des promesses du Sauveur et une trop haute spiritualité.

Nous pensons avec de Wette, Tholuck MM. Weiss, Keil, que Marie, s'élançant vers Jésus pour le toucher (comparez Luc 7.38,39) et lui témoigner son amour et sa vénération, croyait que ses rapports antérieurs et habituels avec lui allaient recommencer, sans qu'il y eût rien de changé en eux, et qu'elle se livrait tout entière, avec bonheur, à cette pensée.

Il fallait donc la tirer de cette erreur, la déprendre de ces relations terrestres avec son Maître, élever ses affections vers le moment prochain, où, soustrait à ses regards, monté vers son Père, le Sauveur entrerait avec les siens dans une communion infiniment plus intime, plus élevée, plus sainte. (Comparer 2Corinthiens 5.16)

Toucher, dit saint Augustin, c'est trouver la limite de l'idée que nous nous faisons d'un objet ; Jésus glorifié s'offre à l'âme comme l'infini qui seul la satisfait.

Je monte vers mon Père, telle est la grande pensée dont Marie doit se pénétrer et dont elle doit être la messagère auprès des "frères" de Jésus.

Mes frères, dit Jésus ; il les nomme ainsi pour la première fois, avec autant de solennité que d'amour, parce que, son œuvre maintenant achevée, il a fait d'eux des enfants de Dieu. Ils sont ses frères, par la raison que son Père est leur Père. Matthieu 28.10,Hébreux 2.11, (comparez Psaumes 22.23)

Le message de Marie doit être celui de la gloire éternelle du Sauveur à laquelle ils auront part.

Je monte vers mon Père, ce verbe au présent exprime la certitude et l'imminence de ce grand événement, peut-être aussi la pensée que l'ascension de Jésus, comme sa glorification, est graduelle et s'accomplit déjà.

- Mon Père, votre Père ; mon Dieu, votre Dieu, paroles d'une inépuisable profondeur et d'un amour infini, par lesquelles Jésus élève les siens jusqu'à son propre rapport avec Dieu. Par là aussi il leur fait part de la gloire et de la félicité où il va entrer.

"Dans le nom de Père, fait observer M. Godet, il y a l'intimité filiale ; dans celui de Dieu, la complète dépendance, et cela pour les disciples comme pour Jésus lui-même."

Désormais les disciples comprendront toute la réalité et la douceur de ce nom de Père que Jésus donnait à Dieu. (Comparer Romains 8.15 ; Galates 4.6)

- Cependant il ne dit pas : notre Père ; il ne l'a jamais dit, parce qu'il est seul Fils de Dieu, dans un sens unique, exclusif, divin.

20.18 Marie-Magdelaine vient annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses.
  Grec : arrive Marie Magdelaine annonçant aux disciples...Le présent peint vivement l'émotion et la joie de celle qui apporte une telle nouvelle et la surprise de ceux qui l'entendent. Elle a vu le Seigneur, il lui a parlé, et elle répète les choses qu'il lui a dites !

Sin., B portent : J'ai vu le Seigneur, leçon qui est adoptée par la plupart des éditeurs récents, mais qui ne peut se rendre dans la traduction, à cause de la proposition suivante : "Et qu'il lui avait dit ces choses."

Ce brusque passage du discours direct au discours indirect n'a rien d'extraordinaire en grec. Il est effacé d'ailleurs dans la variante de D : et elle leur rapporta les choses qu'il lui avait dites.

La tradition apostolique, recueillie dans Marc, (Marc 16.10,11) nous apprend comment les disciples reçurent ce message : au premier abord "ils ne le crurent point." (Comparer Luc 24.11,22-24)